C'est bizarre mais dès que je dois me rendre devant un guichet de la SNCF avec un être humain derrière, j'ai l'impression d'assister à un sketch. Je n'ai plus mis les pieds à la sécu depuis belle lurette mais je suppose que ce doit être kif-kif bourricot (vous aussi, placez des expressions de votre enfance dans la conversation et amusez-vous des regards d'incompréhension de vos interlocuteurs et trices). Je n'ai pas pu régler mon problème sur les internets. Comme je suis une cliente fidèle avec une carte du même type, il a fallu que je me déplace. Ah. Ah… Nan, c'est faux mais j'ai eu le malheur de devoir imprimer mon billet et hop ! bonne pour la zone d'attente.

Profitant de mes derniers jours de vacances, je me rends en gare Montparnasse où un premier accueil humain me renvoie vers un second accueil où l'on me redirigera vers le bon espace. J'enfile ma combinaison de cosmonaute. "Ground control to major Tom", le deuxième humain d'accueil déserte son poste en criant de prendre un ticket, seul·es comme des grand·es, sur la machine dont c'est la fonction. Voyons voir… départ aujourd'hui, un autre jour, espace pro. Magnifique ! c'est pour un remboursement de billet annulé pour cause de grève. Par élimination, je choisis "départ un autre jour".

Je regarde mon ticket : 3063. Je regarde l'affichage des numéros d'appel : 3018. Que 45 personnes devant moi… Oooh ! et que des cheveux blancs (quand il en reste). Evidemment, qui n'utilise pas les outils "modernes" et a le temps d'aller prendre un billet dans une gare devant un être humain ? Bref, dans ce type de salle d'attente, il n'y a pas forcément une personne au bout de chaque numéro. D'une part, il faut compter avec un·e parkinsonnien·ne qui a pu prendre de 2 à 3 tickets d'un coup. D'autre part, il y a ceux dont le voyage s'arrêtera sur le fauteuil de la salle. RIP. C'est pratique. On peut espérer 20 % de pertes entre la machine à tickets et le guichet.

Pour évaluer correctement son temps d'attente, il faut aussi compter avec la lenteur de déplacement de l'usager entre le bip sonore de nouveau numéro et l'arrivée à bon port, et ce pour cause d'arthrose, canne ou déambulateur. D'autres voient mal le numéro (la lecture sur écran est difficile. Essayez de lire "Guerre et paix" sur votre télé, vous m'en direz des nouvelles). D'autres encore ne voient pas bien le numéro qui pend au-dessus du guichet et rebondissent du 22 vers le 19 avant de finir sur le 26 comme des boules de flipper… mais lentes.

J'avise une place libre. Je m'assois ; je sors mon carnet et mon crayon et j'écris. "C'est bizarre mais dès que je dois me rendre devant un guichet de la SNCF…"

 

 

post scriptum : il ne m'aura fallu que 45 minutes pour être remboursée avec un accueil aimable. Je soutiens la grève SNCF, le service public. Et je vous encourage à lire ceci : https://www.revue-ballast.fr/linjonction-au-courage/