Hier soir, je ne rêvais que de retrouver mon canapé. Manger chaud. Déposer ma journée de labeur dans le panier à linge sale de la vie. Et ma ligne de métro se traînait. Même pas spécialement pleine. Même pas d’explication sur les arrêts inopinés dans les tunnels ou le stationnement prolongé en station. Un homme grand, très grand, ployait sous l’étroitesse verticale de la rame. Descendant à ma station, il me fraya un chemin de son grand corps au milieu des autres corps fatigués.

Tandis que je montai les escaliers vers la nuit enneigée du grand nord parisien, l’annonce de la RATP retentit derrière moi : « Le trafic est ralenti sur l’ensemble de la ligne. Cela fait suite à l’arrêt des bus dû aux conditions météorologiques ».

Paris humilié, Paris martyrisé mais Paris enneigé. Vous n’avez pas fini de manger du Parisien tout perdu parce qu’il neige en hiver. Voici ma pierre à l’édifice de la légende du « Parigot tête de veau ».

Ce matin, à la vue de la neige dans la cour de mon immeuble, épaisse, immaculée, recouvrant les fleurs et les arbres (y’en a qu’un mais ça sonne mieux au pluriel), une légère excitation enfantine s’empara de mon être. Puis, je consultai l’application RATP et mon âme parisienne revint à la raison. Bravant le blizzard (nan j’déconne), équipée de pied en cape (ça c’est vrai, c’est pas si souvent que je sors les équipements neige), je me propulsaaaiii aaahh… je marchai jusqu’à la station de métro où je m’engouffraaaaiii… je descendis précautionneusement.

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J’en ressortis aussi sec voire aussi sèche à l’arrivée de la première rame dans laquelle marinaient 3 couches de voyageurs et de voyageuses. « Mais profite donc de ce jour déjà levé, de cette neige écrasée et surtout de l’absence des bus qui ralentissent le métro et du nombre sacrément diminué de bagnoles, les quelques rescapées roulant de manière civilisée et marche ma fille ! » Au bout d’une cinquantaine de mètres, une boule de neige atterrit 2 mètres devant moi, lancée depuis l’autre côté de la rue par un.e des élèves d’un collège. « Oh les jeunes ! Je me prends une boule et neige et vous allez manger grave. Vous allez prendre pour tous les autres, la manif pour tous, le gouvernement, la faim dans le monde et les métros ralentis par les bus qui ne roulent plus… (vous rangez les bus dans les tunnels du métro la RATP?) ! Non mais ! Saletés ! ». Je marchai, je marchai et comme une philosophe des temps anciens qui profitait de sa déambulation pour exercer son esprit, je me pris à rêver d’un Paris où 10 cm de neige ne seraient pas synonymes de fin du monde.

Quand je pense qu’on pourrait sauver Paris en équipant tous les immeubles avec 1 outil simple et pas cher :

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Ami.es parisien.nes, ceci est une pelle à neige

Sur le chemin du bureau, j’ai vu le Parigot au boulot de déneigeage.

  • Le « payé pour », bien équipé mais pas assez nombreux pour dégager les passages piéton qui se transforment rapidement en passage de la mort à cause de la neige (noire, beurk) fondue formant une énorme mare entre le trottoir et la route, obligeant à bondir d’un endroit qui glisse vers un autre endroit qui glisse. Pourquoi ça ne s'évacue pas ? Les égouts sont pleins ? La RATP a rangé ses bus dedans ?

  • « L’efficace pragmatique » pas équipé.e du fameux outil mais utilisant son cerveau, enlevant la neige avec une pelle à poussière et la déposant dans un seau afin de la jeter ailleurs, là où ça ne dérangera pas.

  • Le « fourbe » balayant avec une raclette et lissant ainsi parfaitement la neige piétinée et translucide (la soupe) qui ne manquera pas de se transformer en patinoire après une nuit de gel devant sa vitrine de… pharmacie. Dis donc ! Tu crois qu’on ne t’a pas vu, vil faquin ! Tu fais des soldes sur les plâtres et les attelles ???

Parisiennes, Parisiens, nous devrions nous réjouir. Car il faut rappeler que 40° à Paris en été, un automne sans pluie, puis des pluies (c’est dur à dire, je sais) sans fin et 11° en janvier, ce n’est pas normal. Mais la neige en février au nord de la Loire, si. Roulons... Achetons-nous des pelles pour passer l’hiver au chaud !

Et un grand merci à la RATP et à la SNCF pour leurs annonces sinon farfelues du moins... nan, si, farfelues.