Le week-end commençait bien. Je découvrais le très bel édifice de la Philharmonie de Paris et l'exposition Barbara que je vous conseille (faites vite, ça se termine fin janvier). J'apprenais également que c'était la première expo dédiée à une femme… Mais c'était le week-end, je n'allais pas déjà m'énerver. Vieux motard que j'aimais, tout ça.

Dans l'après-midi, je décidais de bouleversifier ma bibliothèque suédoise parce qu'à force de faire le vide des DVD que je ne regarderai plus et des livres que je ne relirai jamais, l'agencement de son contenu laissait à désirer. Ce qu'en informatique, on appelle une défragmentation.
Mais avant cela, je regardais un épisode de la série britannique Luther que j'aime (Luther, inspecteur de police noir aux méthodes parfois un peu limites. Ah bah si, tenir quelqu'un au-dessus du vide pour lui faire avouer un truc, c'est très limite. Déjà il faut être plutôt costaud -mais c'est le gardien du Bifröst dans Thor qui joue Luther donc ça aide- et les vêtements du malfaiteur doivent être bien résistants). La vie quotidienne m'ayant habitué à des comportements policiers très très très limites (ah bah si, détruire des tentes de migrants qui n'ont rien fait de mal sauf migrer, c'est limite), je prenais plaisir à regarder ce début de saison mettant en scène un assassin en série de… femmes (fatigue…). Certes, les sériol kileuw (les quoi ?) existent. Toutefois si qu'on compte bien, les femmes sont plutôt tuées par leur compagnon, ex-compagnon, amant. Ah. Ah. J'ai dit que je me détendais en regardant Luther, alors je me détends, merde !

La première victime rentre le soir chez elle en jetant des regards inquiets autour d'elle, dans la rue, au moment d'ouvrir sa porte. Elle a tout bien fait, tout bien vérifié et peut se coucher l'esprit tranquille. Nous la voyons endormie lorsque le meurtrier sort de sous son lit. Ah merde ! Elle n'avait pas vérifié sous le lit. Erreur de débutante : il ne faut jamais avoir un lit où un sérieul kilow (un quoi ?) peut se planquer dessous. L'enquête commence. Je ne vous raconte pas tout car l'épisode est encore visible pendant 3 jours sur le site de France Télé. Nous arrivons à la 2ème victime. Elle vit en couple avec un homme. Ils vont se coucher lorsqu'un bruit les fait s'arrêter dans leur début de relation sexuelle. Elle veut appeler la police sur son portable. Le mâle dit "attends, écoute" (l'homme a l'ouïe fine sauf quand c'est le bébé qui pleure) et l'on entend un miaulement. Le chat est coincé dans le grenier. Comment a-t-il pu arriver là se demande la dame inquiète ? Il s'est faufilé par le toit dont une tuile doit être cassée répond le mari-je-maîtrise-la-situation-mais-là-ton-explication-est-pourrie. J'ouvre une parenthèse. En Britannie, il pleut tout le temps. Si une tuile du toit est pétée, tu le sais très vite grâce à un dégât des eaux. Je referme la parenthèse (appelez-moi le scénariste !).

Le monsieur monte dans le grenier via une trappe et un escalier que l'on déplie. Evidemment c'était un piège et il se fait attaquer par le sewiol kileurre (le quoi ?). Grosse bagarre car il se défend le bougre. Pendant ce temps, madame jaillit de son lit tout en appelant la police depuis son portable puis court à l'extérieur en hurlant pour alerter le voisinage et trouver refuge. La police intervient rapidement, le mari est gravement blessé mais ses jours ne sont pas en danger. L'assassin est arrêté et sa série s'arrête à 1 victime comme la saison à 1 épisode. Alors, évidemment que non, ça ne s'est pas passé comme ça. La dame qui voulait appeler la police pour un bruit dans le grenier, en entendant les bruits d'une bagarre (et son mari qui ne pense même pas à lui gueuler d'appeler Luther), se recroqueville sur le lit en tremblant puis en voyant la tête de son mari passer au travers du plafond se lève enfin, passe devant la trappe du grenier sans même la refermer puis entre dans un placard… Que croyez-vous qu'il arriva ? Toi aussi, apprends à être une victime bien comme il faut dans les séries.

Je rangeai ma bibliothèque et le dimanche vint. Je m'en fus me promener dans le Marais profitant du soleil pour marcher dans les rues animées de Châtelet. J'assistais au ballet géant des gens qui faisaient les soldes lorsque mon regard fut attiré par une patrouille de soldats (rien qu'écrire ça, c'est bizarre non ?). Depuis les dernières tentatives d'attentat qui ont visé des militaires, je sens monter une légère tension quand je croise une patrouille car je me dis qu'elle pourrait attirer plus sûrement les agissements d'abruti·es terroristes qu'une rame de métro bondée. Je sais qu'ils sont là pour nous rassurer mais en fait, je suis plus rassurée en sachant que des enquêtes sont menées en amont que par la présence de membres des forces de l'ordre et de militaires à tous les coins de rue sauf en cas d'événement public important, type enterrement de vieux chanteur ou par la fouille systématique des sacs à l'entrée des magasins qui ne repèrent JAMAIS mon couteau-suisse. Alors que je pourrais désorbiter des yeux avec le tire-bouchon. Bref. Les soldats attendaient de traverser. Les 4 militaires s'étaient répartis par binôme à chaque bout du passage piéton, dos à dos, tenant leur arme de façon non équivoque, c'est-à-dire, prêts à faire feu. Autour d'eux, la foule des soldard·es vaquait à l'incinération systématique de ses moyens de paiement, s'entretuant pour le dernier exemplaire d'un jean taille 40. Chacun sa guerre comme dirait ma grand-mère.

Après avoir fait l'acquisition de ce que je croyais être un magazine et qui s'est avéré être une revue de 400 pages (ça m'apprendra à écouter France Culture), je me goinfrais d'une part de tarte tatin-qui-tue-sa-race me réjouissant d'avoir commandé la dernière en entendant poindre la déception d'une cliente face à l'annonce fatale du serveur, qui, le fourbe, me fit un clin d'œil complice. Je rentrais chez moi en fin d'après-midi pour tomber un peu plus tard, sur l'annonce de la publication dans Libération d'une tribune de Catherine Deneuve, répondant à la tribune de féministes sur France Info répondant à la tribune des 100 femmes dont Catherine D. publiée dans Le Monde à propos du "droit" (????) d'être importunée (ou opportunée selon les cas, Nadine, on t'aime. Nan j'rigole). Attention, je vais interpeller !
Oh les médias ! Ça vous arracherait le clavier de publier des enquêtes ? Le thème des violences faites aux femmes n'est pas assez porteur que vous profitiez de la célébrité de certaines pour faire du buzz à bas coût ? C'est trop clivant ou impactant (je hais ces mots) ? Ça ne concerne que les femmes (au point que le Parisien publie dans sa section "la Parisienne" un article sur des victimes hommes !!) ? Etudier des rapports annuels, interroger la police, la justice, des associations de soutiens aux victimes, des avocat·es ? Faire votre boulot quoi !

Je m'énerve pas, j'explique !