Je suis abonnée au magazine féministe Causette. Dans le numéro d'octobre 2017, la chronique du Dr Kpote est consacrée à la prévention VIH dans les festivals. Et de fil en aiguille, les conversations avec les festivaliers et les festivalières ont basculé vers les agressions sexuelles subies par les femmes dans ce contexte. En cette saison de #BalanceTonPorc et autres #moiaussi, j'en ai extrait ce qui suit.

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Tout est dit dans ce court passage. Une femme pense à la façon dont elle va s'habiller selon l'endroit où elle va, comment elle y va, qui elle va y croiser MÊME si elle est accompagnée. Elle a mis un jean plutôt qu'un short. Le jeune homme est surpris et s'exclame "pourquoi ne m'as-tu rien dit ?". Déjà, elle n'a pas à valider son vêtement auprès de toi. Et ensuite, pourquoi ne lui as-tu pas demandé : "Il fait chaud non pour y aller en jean ?" Elle t'aurait certainement répondu. Il se peut que tu ne saches pas (car tu vis dans une grotte visiblement) ce que sinon toutes, au moins beaucoup de femmes ont vécu, vivent et vivront.

Le jour où elle s'est faite belle pour aller à votre premier vrai rendez-vous, peut-être a-t-elle été sifflée ou interpelée dans la rue par quelques mâles en rut qui auraient aimé prendre ta place. Peut-être aussi que lorsqu'elle va travailler, de charmants collègues lui font des remarques sur sa façon de s'habiller, racontent la dernière blague des deux putes dans l'ascenseur ou lui parlent vraiment très, très près. Peut-être même que ton pote qui t'a décrit cette "meuf super chaude, habillée comme si elle n'attendait que ça, se faire prendre au coin de la rue" parlait d'elle allant à votre premier rendez-vous.

D'ailleurs, jeune homme, quand tu dis "Je ne pensais pas que c'était aussi présent dans ta tête…", tu sais de quoi il s'agit. Tu le sais parce qu'il est possible qu'elle t'ait parlé de ces comportements ou que ton ex t'en ait parlé ou que ta sœur t'en ait parlé ou tu aies vu ce reportage à la télé, sur internet, à la radio, dans ce journal du métro. Tu le sais parce que tu as peut-être sifflé une femme dans la rue ou rit de bon cœur à l'histoire des deux putes dans l'ascenseur. Sauf que ÇA n'est pas présent dans sa tête, c'est présent dans son quotidien depuis que le premier petit camarade de maternelle lui a soulevé sa jupe. Et ça le restera jusqu'à la fin.

Sauf… si ça devient suffisamment "présent dans ta tête" pour que tu ne siffles plus de femmes dans la rue, que tu ne ris plus aux blagues salaces, que tu prennes la promotion d'une collègue pour une récompense de la qualité de son travail et rien d'autre. Tu crois que tu peux faire ça, sans chouiner ? Être un homme, un vrai ?