On voit parfois sur les réseaux sociaux des vidéos d'enfants tendant à démontrer la forte similitude de certains de leurs comportements avec ceux d'adultes alcoolisés. Je ne suis pas loin de penser que l'inverse est tout aussi vrai.

Je m'étais auto-désignée "conductrice d'auto désignée" pour un week-end "toi aussi, marie tes ami·e·s". Appelez-moi Sam, Sam, qui je l'ai découvert à ce propos a une signification : Sans Accident Mortel. Celle qui conduit, c'est celle qui ne boit pas et donc, les accidents avec tétraplégie, elle a le droit !

Après nous être moqué, à la mairie, des deuxièmes, troisièmes et plus si aff, prénoms des témoin·e·s de manière plus ou moins pas discrète… Au fait, tant que j'y suis, les parents ! Youhou ! Vous êtes sérieux là ? On dirait qu'après vous être pris le chou pendant des mois pour le choix DU prénom du gamin, vous avez tiré les suivants au hasard dans une sorte de grande loterie improbable du "Qui perd perd" !Tata Cunégonde est très gentille, ce n'est pas le sujet. Mais une vie gâchée n'est-elle pas amplement suffisante ? Hum ? Je vous laisse y réfléchir.

Passée la cérémonie, le lancer de pétales de roses… parce qu'il paraît que si on jette du riz, en dehors d'éborgner les mariés, on peut aussi attirer les rats et tuer les pigeons. Sauf que je ne vois pas en quoi tuer des pigeons serait un crime. Surtout vu l'état lamentable de certains bisets parisiens. On se rapprocherait alors plutôt de l'euthanasie. Bref ! Nous sommes remontées dans la voiture pour aller s'arsouiller faire bombance dans un manoir alentour. Il y a dans les mariages régionaux un côté "putain mais c'est à perpette" compensé par le versant "rooh c'est joli tout ce vert et ces vieux châteaux qu'on se croirait sur le Tour de France" non négligeable.

Quelques heures auparavant, nous avions récupéré le véhicule chez le loueur. "Vous avez été surclassée" m'annonça l'employée en me voyant froncer le sourcil devant la berline japonaise. Ah ça ! Tu te commandes une petite bagnole parce que c'est moins cher et qu'en plus, en bonne parisienne, tu ne conduis pas sauf la Twingo de manman et bim ! on te surclasse. Mais pour traverser l'Atlantique en avion sans avoir les genoux dans les dents pendant 12 heures, là, tu peux bien crever ! "Bon, je vous mets les feux en mode automatique". T'as raison, j'ai du mal avec les tableaux de bord d'Airbus. Tout ça pour dire que j'étais un peu tendue en démarrant le bouzin bien qu'aidée par la place de la morte qui régla le GPS tandis que je découvrai toute ébaubie les caméras de recul ! Rooooh, c'est beau ! Aaaaah j'ai calé au feu ! "Non, le moteur se coupe et redémarre quand tu passes en première" me rassura la copilote. Bordel de modernitude.

Lorsque nous arrivâmes au manoir au milieu des champs de tournesols morts, je commençai doucement à maîtriser le paquebot… Le ou la Parisienne en goguette a tendance à confondre le "mûr" et le "mort" car les seuls tournesols qu'il ou elle connaisse sont accrochés dans un musée ou posés sur sa table de salon Kikaé. Ce qui suivit notre entrée dans la salle des fêtes ne sera connu que des seul·es initié·es. Laissons planer un voile de pudeur sur nos diverses erreurs. Vers trois heures du matin, numéro 1, l'une des quatre passagères dont un homme s'endormant sur mon bras, je commençai la chasse aux trois autres. "Bon, allez, on rentre. Bidulette est morte. Enfin… mûre. Zou, on va dire au-revoir aux marié·es !
- Ouais, je vais pisser aux toilettes et on part après ! (n°2)
- Ouais ! (n°3)
- Hummm…" (n°4 ma raisonnable copilote)

De retour des toilettes, n°2 rejoint la piste de danse en criant "après celle-là !" Ma mâchoire se crispe tandis que n°1 sourit bêtement, debout à mes côtés. J'ai perdu de vue n°3 et 4. Le morceau s'achève et je me dirige droit vers n°2 "bon, on y va. Va dire au-revoir". Je fonce sur la mariée : "on y va. Merci pour tout, bisou". Je lance le radar à boulets puis file sur ma proie. Je tape sur l'épaule de n°3 "va dire au-revoir, on y va" et de même pour n°4. J'entraîne n° 1 tandis que je cherche le marié des yeux. Il est dehors, tant mieux, la voiture aussi. "Hey bidule, merci pour tout, super sympa tout ça machin, on y va ! On s'appelle, on se fait une bouffe ! Bisous".

Dehors, la nuit est belle, elle est sauvage. Une lune presque pleine éclaire le chemin de gravillons blancs sur lequel l'ombre des arbres s'allonge. La fraîcheur nocturne me fouette les sangs. N° 2 n'est pas loin. "GOUINEEEETTE !" entends-je hurler derrière moi. "On te voit plus !" Je me retourne. N°1 et 3 sont à une dizaine de mètres. N°3 porte encore les lunettes de soleil qu'elle n'a plus quitté depuis les 2,5 grammes environ. "C'est une trop bonne idée les soirées en lunettes de soleil". Je repars vers le parking en pensant "et merde". Je déverrouille les portes et ouvre le coffre afin que les sacs à 2ème paire de chaussures et autres trousses à maquillage rejoignent leur emplacement de l'aller. "Nan, je le garde avec moi" décident n° 1 et 3. N°2 est à monté à l'avant. Changement de copilote.

Bon sang ! Où est n°4 ??? J'entre dans la cabine de pilotage et lance les réacteurs. Ca va me laisser le temps d'entrer l'adresse de l'hébergement sur le GPS. "Faut attendre n° 4 ! Elle est pas là" me hurle-t-on depuis la banquette arrière. Car, c'est scientifiquement prouvé, l'alcool rend sourd. Saleté d'écran pas plus tactile que la Reine d'Angleterre ! "Ah ça y est ! N°4 est là !"
- Partez pas sans moi !!"

Ne me provoque pas…

"Hey on fait un selfie" s'écrit n° 2. Ça remue dans le fond pour se caler dans le cadre. Je valide l'adresse puis lance les essuie-glaces pour nettoyer le pare-brise des restes des averses de la soirée. "Ah Gouinette, bravo, tu fais la gueule sur la photo ! Merci !" Je ne réponds pas. "Hey tu veux que je conduise ?" me propose n° 2 (3,8 g). Je ne réponds pas.

"Tout le monde a mis sa ceinture ?
- Ouiiii" me répond le chœur d'arsouilles. Mais on ne me la fait pas ; je n'ai pas entendu le nombre de clics réglementaires à l'arrière. Je répète ma question à qui personne ne répond à cause du bordel ambiant dû à la surdité alcoolique. Je fais donc marche arrière puis m'avance vers la sortie et PILE COMME UNE SAUVAGE ! J'ai droit à une seconde de silence avant un concert de protestations. "Tout le monde a mis sa ceinture ?
- Nan mais je trouve pas…
- Attends je vais t'aider…
- Vous vouliez partir sans moi !
- Tu veux que je conduise ?"

Qu'est-ce que j'ai fait au bon dieu ?… Oh ça va, hein ! Ne répondez pas ! La nuit étant toujours belle mais néanmoins un peu sombre, je mets les pleins phares (comme dans la Twingo) mais ne réussit qu'à faire un appel. Merde ! C'est où encore ? J'enclenche le strabisme divergent : un œil sur la route, l'autre qui parcourt le volant et ses alentours à la recherche d'un indice. N° 3 "Une fois j'ai failli mourir dans un taxi. Il conduisait comme un taré ; je me suis dit : 'je vais mourir dans un taxi'. " Et patati et patata. Bonne ambiance. Bon, je vais laisser en feux de croisement. "On peut mettre la musique ?"

Je vais les laisser dans un fossé.