Ma mère va marcher trois kilomètres tous les matins dans un bois voisin. Comme sa meilleure amie lit le journal, elle sait à quel point ce lieu verdoyant est dangereux… Selon la règle qui dit que si c'est arrivé ailleurs, ça peut arriver ici. Je le connais ce bois car j'y suis souvent allée courir le matin. Et il est vrai que j'ai croisé d'autres coureurs, des écureuils et des promeneurs de chiens, autant dire le Bronx en 1982. Mais passons sur la capacité de la PQR (j'aime bien ce sigle parce qu'il y a la destination finale de certains de ces médias) d'affoler ses lecteurs et ses lectrices.

Ma mère, depuis que les décès de mon père et du beauceron empêchent ces derniers de l'accompagner dans sa promenade, s'est équipée : un sifflet, une canne / grosse branche / vieux parapluie qui ne lui servent pas pour la marche et une bombe à poivre. Prête à bondir. Si vous la croisez, restez prudemment en retrait.

"Ah ! Tiens, au fait !" me dit-elle un matin "cette semaine, j'ai essayé la bombe. C'est vrrrai, jé né savais pas si elle marrrchait. Alorrrs, j'ai visé un arrrbrrre". Ça marrrche." Ma mère, cette guerrière. Les écureuils n'ont plus qu'à bien se tenir. La même, un peu plus loin dans la conversation : "jé sais qu'il faut enlever les roses quand elles fânent et qu'elles ne sont plus belles. Mais elles vivent si peu de temps que je les laisse jusqu'à la fin."

Ma mère.

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