J'entre rarement dans une église. De mon plein gré, veux-je dire. Les mariages, les baptêmes, les enterrements sont les seules occasions qui me font passer le seuil de ces édifices religieux. Ainsi que l'obligation sociale d'accompagner un·e ami·e touriste. Les deux autres exceptions à ma règle "je n'entre pas dans les églises" sont : la météo et "entrer en courant en pleine messe en hurlant 'ASIIIIILE !' pour voir la réaction des gens". En ce qui concerne cette dernière, j'espère pouvoir l'accomplir avant ma mort, un rainbow flag ceint autour de la taille. Tout juste avant ma mort si je vise Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

J'entre donc dans les églises quand il fait une chaleur de gueux. Il y fait toujours frais (en tous cas, dans celles bâties avec des grosses pierres et dont les corps des ouvriers morts ont servi de mortier… quoi ?). On peut s'y asseoir sans que quiconque ne vienne vous demander ce que vous voulez boire. Virginie Despentes (cœur avec les doigts Virginie ! mais bon, le 3ème tome de Vernon, t'aurais pas dû) dit que c'est le seul lieu public où l'on peut pleurer tranquille. Hormis son canapé… qui n'est pas un lieu public… de manière générale… Bref !

Pendant mes vacances, un après-midi où le soleil cognait fort et où tous les bancs publics (bancs publics, bancs publics… dégage Brassens !) de la ville étaient ignorés de l'ombre, j'entrai dans l'église-gare Saint Lazare du centre historique et m'assis sur un banc près de la porte. Je constatai alors, comme à chaque fois, que le banc était particulièrement inconfortable. Qui fait ça ? Existe-t-il un CAP "Banc d'église qui fait mal au cul" ? Ne vous étonnez plus, ami·es catholiques, du vide de vos églises. Rester plus d'une demi-heure assise sur de pareils engins est une épreuve sportive qu'on devrait inscrire au programme des JO. C'est durissime. L'assise et le dossier sont à angle droit et je rappelle que la taille moyenne des habitants de ce pays était d'1,40 m en 1512 ! Aujourd'hui, une assise de plus de 10 cm de profondeur arrangerait bien des choses.

Toutefois, je n'allais pas ramener ma fraise sur la décoration intérieure d'un lieu de culte dont j'ai renié le baptême et au denier duquel je ne cotise pas… au-delà de la part de mes impôts qui va à l'entretien du patrimoine. J'étais au frais. J'étais bien. Et puis, un coccyx de perdu… un coccyx de perdu.

Enfin quand même, l'Eglise, au niveau de la com', déjà que tes idées sur les femmes, les pédés-gouines et les qui pensent pas comme toi, représentent l'équivalent à vendre d'un accident nucléaire, tu pourrais faire un effort pour qu'on soit bien assis, merde ! Re-bref ! J'étais au frais ! J'ÉTAIS BIEN, BORDEL !

J'étais (presque) seule surveillant du coin de l'œil les trois pigeons qui volaient d'un pilier à une statue de Marie. Les voies du Saigneur (non je ne l'écrirai pas autrement) étant impénétrables, une fiente divine eut pu punir mon athéisme bravache et suant. Dies ire, tout ça machin. J'étais au frais. J'étais bien… lorsque, baissant les yeux (vers mon portable pas pour prier), je vis une inscription sur le dossier du banc devant moi.

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Les derniers bancs étaient réservés pour les orphelins ? Et les chaises près de l'autel pour les notables, je suppose ?

Evangile de Christ, Jésus Christ selon Mireille Mathieu (ou JJ Goldman, je sais plus) : "Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers." Mais y'aura pas de la place pour tout le monde.