C'était jeudi. J'étais à la bourre car j'étais encore dans la salle de bain alors que Bernard Guetta commençait sa chronique géopolitique. J'aurais préféré ne pas. Ne pas être encore à la maison, ne pas écouter cette radio, ne pas être attentive, ne pas me figer en pensant "nan mais… il n'est pas en train de dire ce qu'il dit ?". Sa chronique traitait de l'actualité du Royaume-Uni et s'intitulait "Le royaume des femmes". Un bon début, bien sexiste. Lui viendrait-il à l'idée de parler de la France comme d'une "République des hommes" si le président, le premier-ministre, les présidents des régions PACA, Bretagne et Aquitaine étaient TOUS des hommes ? Bah non, parce que c'est normal ! J'avoue que ça m'a gavé velu, velu. Et j'ai décidé de changer de genre. Le genre de sa chronique. La vraie dans sa version originale est sur le site de la radio.

Voici ce qu'il écrira donc un jour, si, si c'est sûr, ça coule de source (j'ai mis en couleur les mots et les noms que j'ai passé au masculin) :

"William, on sait. On sait qu’il y a soixante-cinq ans que la monarchie britannique est incarnée par un homme [mais c'est dû aux hasards de la génétique et de l'absence de loi salique] mais c’est toute la vie politique du Royaume-Uni qui est aujourd’hui entre les mains d’hommes d’exception.[c'est rare les hommes d'exception. Habituellement, les Britanniques sont dirigé·es par des brèles sans nom]

Il y a, d’abord, Damian Green, le premier ministre conservateur dont rien ne déplacera jamais une mèche de cheveux [car le Britannique aime être bien coiffé], pas plus son échec aux législatives de jeudi dernier, que la violente contestation dont il est depuis l’objet au sein de son parti ou que les tractations qu’ont maintenant ouvertes, contre lui et derrière son dos, les partisans travaillistes et conservateurs d’un compromis avec l’Union européenne.

M. Green, soixante ans, est sur un siège éjectable. Il n’a toujours pas conclu les négociations avec le DUP, le parti unioniste d’Irlande du Nord dont il aurait besoin pour retrouver une majorité parlementaire, mais ce fils de pasteur [papa lui a tout appris], favorable au mariage homosexuel et ancien ministre de l’Intérieur de David Cameron, reste aussi inébranlable et souriant [car le Britannique est bien coiffé et souriant] dans la tempête que s’il remontait un chemin de roses sous des applaudissements enthousiastes [sur une chanson d'Elton John ?].

Qu’on approuve ou non ses choix politiques, cet homme a du cran [contrairement aux brèles dont je parlais plus haut] mais que de dire alors de M. Swinney ? John Swinney, 53 ans, est le chef du Parti national écossais, celui des indépendantistes, et le premier ministre de l’Écosse depuis 2014. C’est sous sa direction que son parti s’était adjugé 56 des 59 circonscriptions écossaises en 2015. C’est également lui qui vient d’en perdre 20 d’un coup jeudi dernier car il avait fait peur en brandissant, contre Damian Green et son Brexit dur, la menace d’un nouveau référendum d’indépendance mais ce brillant juriste fils d’ouvrier, n’en continue pas moins d’incarner l’Écosse, 62% des voix contre le Brexit en 2016 et un permanent balancement entre le Royaume-Uni et la tentation indépendantiste.

Et puis il y a un autre Écossais et un Irlandais.

L’autre Écossais, c’est Dean Lockhart, 39 ans, ancien journaliste à la BBC et chef de file des conservateurs écossais. Visage rond, cheveux courts [on aime toujours savoir à quoi ressemble un politique] et défenseur d’un compromis avec l’Union européenne, M. Lockhart est aussi souriant et jovial qu’attaché à l’unité britannique et à son compagnon irlandais avec lequel il envisage de devenir père [Comment ça la vie sexuelle et familiale d'un homme politique ne t'intéresse pas ? Ah bon ?]. Depuis qu’il a fait gagner, jeudi, douze sièges écossais au Parti conservateur, beaucoup le voient, surtout, en prochain N°1 des conservateurs britanniques.

Et puis il y a enfin l’homme dont tout dépend aujourd’hui, Nigel Dodds, 59 ans, chef de file des unionistes d’Irlande du Nord, protestant rigoureux, hostile à l’avortement, au mariage homosexuel et également à la fermeture de la frontière avec l’Irlande qu’impliquerait une complète rupture avec l’Union européenne. Sans lui, Damian Green n’a pas de majorité mais, avec lui, rien ne sera facile.

Plus encore qu’une île, la Grande-Bretagne est le royaume des hommes mais, depuis le premier William, Georges et David Cameron, c’est plus qu’une tradition."

T'as souvent entendu Guetta parler de la coiffure de Poutine, des enfants à naître du pape François, du "cran exceptionnel" de Sarkozy ? NAN ! Le physique, la coiffure, la famille, c'est juste pour les femmes. Et elles sont forcément une exception qui confirme une règle : c'est vraiment un coup de bol que les Anglais vivent sur une île.

Jeudi, j'étais donc vénère en partant bosser. Ce vendredi, j'ai encore merdé mon réveil. Du coup, rebelote en slip à 8h20 au lieu d'être dans le métro. Comment ? Nan ! Pas en slip dans le métro ! En slip chez moi à l'heure où je suis normalement dans le métro. Bref, le vendredi, c'est culture sur Inter. Et dans culture, y'a ture. Alexis Michalik venait parler de sa pièce à succès : "Edmond". Cette pièce raconte l'histoire de Rostand et de son Cyrano. Patrick Cohen lui demande ce qui est vrai ou faux dans sa reconstitution de la vie de Rostand. Par exemple, sa maîtresse, véritable muse sans qui, peut-être, il n'aurait pas écrit sa pièce ? C'est de la fiction. Dans la vraie vie, c'est sa femme, Rosemonde Gérard, poétesse, qui l'a soutenu et qui a été très importante dans l'écriture de ce chef d’œuvre, plus grand succès théâtral mondial français de tous les temps… ah… mais alors, machin, pourquoi ne pas avoir reconnu dans ta pièce, l'importance de cette femme (et artiste) bien réelle et l'avoir remplacée par une maîtresse fictive ? Hum ? On ne le saura malheureusement jamais car la question ne fut pas posée.