Je ne vais pas faire ma maline vu que je ne me suis pas foulée plus que ça pour connaître la liste des 19 candidat·es (!!!!) de ma circonscription et leurs programmes respectifs en dehors de la récolte de tracts à la sortie du métro ou au coin de ma rue. Ouiiii je suis une mauvais citoyenne. Mais pire que faire le tri dans 19 candidatures, ma station de métro est située dans la circonscription voisine… Lorsque j'ai ouvert l'enveloppe officielle contenant le matériel de vote, jeudi dernier, j'ai pensé : "mais qui sont ces gens ?" Attention, je ne me plains pas. Ma station de métro a dû choisir entre 26 (???) candidats. Evidemment j'ai dû refaire le tri. Car depuis que nous vivons dans la nouvelle France plus pareille que celle d'il y a un mois, les candidats se sont lâchés non seulement en nombre mais également en flou artistique de l'appartenance politique. Avant, les candidats étaient bien rangés dans des partis. Les alliances étaient validées de manière nationale. Et fallait pas penser à côté de sa case. C'était facile mais ça, c'était avant. Du coup, la candidate que j'avais choisie dans l'autre circonscription et ben, j'avais pas les mêmes alliances dans la mienne. Pour vous la faire courte, je l'ai presque joué à pile ou face. Puis, mon choix fait, j'ai tout viré dans la poubelle papier. Car je suis une bonne citoyenne, je trie tout ce qui passe à proximité. L'un des programmes a glissé à côté. Je l'ai ramassé et…

"Oooh ? Mais ? T'es qui toi ? Je ne t'avais pas vu !" Cette photo de Jean-Marie, cette croix plantée dans un gros cœur tout rouge ? Une candidature Civitas ! Chouette ! Ma première Civitas, de toutes mes circonscriptions, de toute ma vie d'électrice ! Vite ! Lisons son programme ! Je me doutais que mes droits de femme, de lesbienne et de fille d'immigré·es en prendraient un coup. Qu'un retour en arrière était à prévoir. Je ne me doutais pas du siècle vers lequel cela me mènerait. Mais reprenons les propositions les plus "ouah la vache ! Ah ben quand même dis !".

Et c'est parti !

- 2013 : facile, abrogation de la loi "Taubira-démission" avec clause de rétroactivité (vous étiez mariés, vous ne l'êtes plus) ;
- 1975 : abrogation de la loi Veil et interdiction de l'avortement ;
- 1960 : rétablissement des travaux forcés et réouverture des bagnes. C'est les Guyanais qui vont être contents ;
- 1940-1941 : chouette, des lois vichystes ! Rétablissement des corporations professionnelles et interdiction de la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes (un jour, un complot);
- 1905 : abrogation de la loi de séparation des églises et de l'état.

6 paragraphes et hop ! 110 ans de perdus ! Méthode de rajeunissement ultra-rapide. Mais attends, ne pars pas car ce n'est pas fini. Accroche-toi à ton corset, on continue le voyage à travers le temps.

Je te mets tout le texte parce que ça vaut le détour : "votez pour mettre fin à l'immigration de grand remplacement (faudra juste me dire c'est quel visa Schengen, "grand remplacement"). Arrêt de toute immigration d'origine extra-européenne (et là, je vous jure, j'ai lu extra-terrestre, j'en ris encore). Organisation de la rémigration (mot qui n'existe pas, ne le tentez pas au scrabble. Vous allez perdre et vos ami·es vont vous demander d'où vous sortez ce vocabulaire de facho). Remplacement du droit du sol par le droit du sang. Interdiction de la double nationalité."
Ah, le droit du sol. Je l'aime bien celui-là. J'ai consulté Wikipédia (qui dit parfois de la m… mais qui le dit de manière ramassée sans que j'ai à me coltiner 1000 ans de lois républicaines ou d'édits royaux. C'est pratique). Le droit de la nationalité est régi par le code civil depuis 1804, le double droit du sol (un enfant né en France d'un parent étranger né en France) date de 1851. Et bim ! 160 ans en arrière en un paragraphe… ah mais attends, que lis-je ?

"En 1315, le roi de France Louis X le Hutin publie le 3 juillet un édit qui affirme que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc », c'est-à-dire libre. Officiellement, depuis cette date, « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ». Ainsi, les sujets passent de l'autorité du seigneur au roi, ceux qui appartiennent au royaume étant appelés « regnicoles » et les autres « étrangers » ; toutefois, les enfants nés en France de parents étrangers deviennent français dès leur naissance".

On ne peut pas faire confiance aux anciens. Que des islamo-gauchistes !