Il va falloir m'expliquer qui écrit les articles des "faits divers" dans les journaux. Plus précisément qui rend compte des violences de genre ou violences faites aux femmes ou violences conjugales ?

Premièrement, on pourrait peut-être commencer par arrêter d'utiliser ce terme de "Faits divers". Si je consulte ladite rubrique sur le site de mon boulet du jour (Le Parisien, 10/02/17 à 10h46), je trouve ce qui suit (entre parenthèses mon classement) : un accident de la route dû à l'alcool (sécurité routière / alcoolisme), la prison requise contre Flosse (corruption / politique française), 2 articles sur l'affaire Théo (police / racisme / vocabulaire de merde "bamboula"), l'ex-président péruvien touchant indûment du pognon (corruption / politique internationale), l'aide aux migrants (immigration / solidarité / société civile), affaire Fillon (corruption / politique française), retraité alsacien tué au sabre (justice / meurtre / escrime), pour finir sur mon article du jour qui relate un cas de violence de genre ayant abouti au meurtre d'une femme par son mari.

Si on jette un œil sur les mots-clés et/ou rubriques liés, on constate que le terme de "violences conjugales" arrive en 5ème position ! Après le détestable "Faits divers", le département de l'événement, la description de l'actu (mais à part dans un procès, je vois pas où tu te prends 30 ans de taule dans notre pays... Une foire aux vins ?) et l'acte (le meurtre). A leur place, j'aurais mis (on ne me demande pas mon avis, certes, mais je le donne quand même) : violences faites aux femmes (cause que la France n'est pas prête pour le genre... grrrr...), meurtre, justice, condamnation, Seine-Maritime.
J'ajoute que l'adjectif "sordide" est inutile. Cela signifie (d'après Labrune) "qui est misérable, sale, repoussant". C'est un meurtre. Et un meurtre n'est jamais très propre. Journalistiquement, il est intéressant de savoir s'il a été accompagné d'actes de torture ou de barbarie. Ce qui a été le cas. Serait-ce le viol qui amène cet étrange qualificatif ? Quant à savoir pourquoi l'auteur fait figurer le numéro de l'épouse, mystère. Parce que le meurtrier les jette après usage ? Le titre aurait pu donc être : "Violence de genre : 30 ans de prison pour le meurtre et le viol accompagné d'actes de barbarie de sa femme".

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L'illustration de l'article reste pour moi un grand mystère. Quel rapport entre une voiture de police et l'avis de l'avocat général sur le meurtrier ? Je sais qu'il faut toujours illustrer ses articles surtout sur internet mais le Parisien n'avait rien d'autre dans sa base images ? Mais le pire est à venir. Le "papier" en lui-même.

Constatons d'abord que le journaliste fait une vraie fixette sur les multiples épouses du meurtrier. Dans l'intertitre (en taille de police plus grande, donc volonté de mettre en avant cette information) on apprend que l'assassin avait déjà été violent avec ses 2 premières épouses.

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Ah bon ? Ca alors ! Encore une preuve des failles sociales, médicales, policières et judiciaires qui condamnent nos sœurs à se faire taper dessus jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Vite ! Lisons la suite... Ah non ! Voici le résumé des dernières coups en date ayant conduit au décès de la victime. Ces quelques lignes disent tout de la violence du meurtre, de la personnalité du tueur et du numéro d'arrivée de la victime. C'est une manie ce classement marital ? Au deuxième paragraphe, j'avoue avoir frôlé l'AVC. Est-ce que tabasser sa femme jusqu'à la rendre aveugle n'est-il pas déjà une forme d'acte irréparable avant même le meurtre ? Quid des services médicaux / sociaux / policiers qui ont bien dû prendre en charge cette première preuve de maltraitance ? Personne n'a rien vu ? Tu ne te poses pas la question, ô toi le journaliste dont le métier est d'enquêter et dépister les trucs pas clairs de notre société ?

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Mais si dans ta description de la nuit fatidique, tu décris fort bien le déplacement de la cuisine au salon de l'action, je te trouve un peu mou du genou pour décrire les événements quand tu parles de "dispute" et de "querelle". Relis le 1er paragraphe, tu verras que l'expert (de quoi, on ne sait pas) parle de "massacre". Tes conversations à la machine à café le lundi au siège du Parisien doivent être passionnantes :
"C'était bien ton week-end ?
- Bof... je me suis disputé avec ma femme / mon homme / les deux !
- Aaaah c'est ça le sang qui coule du coffre de ta voiture !"

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MAIS TU VAS NOUS LÂCHER LA GRAPPE OUI !!!

Ou alors explique-nous, bon sang !

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Je me demande ce qui me choque le plus entre la description du meurtre, le calme du criminel qui va se coucher après une dernière cigarette et un verre ou la disparition de la TROISIEME épouse qui apparaît enfin comme une "victime" mais est laissée, par le journaliste, baignant dans son sang dans le salon. Est-elle morte sur le coup ? Dans la nuit ? A l'hôpital ? Avait-elle des proches, des amis ? Qui a prévenu les secours ? Vite ! Allons voir ce que nous apprend l'ultime paragraphe !

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On ne saura donc rien de la femme morte sous les coups de son mari. Ne serait-ce que son prénom (interdiction juridique ?). Comme un dernier clou dans son cercueil, l'ultime phrase revient pour une 3ème fois sur les 2 premières épouses, battues pendant 12 et 15 ans sans que jamais elles ne portent plainte... Et ?

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