Vous vous souvenez du débat sur le mariage pour tous en 2013 ? L'année où je suis devenue, ainsi que quelques autres pédés, fiottes, tarlouzes, gouinasses, travelos, et camionneuses, une citoyenne à part entière ? Vous vous souvenez du grand n'importe quoi sur les "ABCD de l'égalité" ? La partie réactionnaire de la société (celle qui aime émettre des vents odorants) avait agité la désormais fameuse "théorie du genre" comme menace suprême sur l'existence même de la civilisation. Et qu'on allait apprendre aux nenfants à se masturber à l'école et qu'on allait en faire des transsexuels et des zomos (qu'on les aime, hein, mais qu'on va pas en faire collection non plus). Qu'on va vendre le ventre des femmes pour que les couples de même sexe se reproduisent. Qu'une invasion de zombies était proche... Heu... ah nan ! Ca, c'est pour les réfugiés... enfin je sais plus. Les bas du front pouvaient dire tout et n'importe quoi puisqu'aucun journaliste ne les reprenait de manière systématique sur le thème des "Etudes sur le genre". Car une théorie, d'où qu'elle vient ? kiki nous l'impose ? c'est mal.
Exemple : la théorie du complot. Alors que des études, des recherches, des universitaires, bah, c'est mieux. C'est comme qui dirait des gens qui réfléchissent à plusieurs, publient leurs travaux afin qu'ils puissent être critiqués, modifiés, améliorés par tout le monde (pas moi, j'ai poney en général). Souvenons-nous que les cotisations sociales (bien) sont discrètement devenues des charges sociales (mal). Les mots (éléments de langage pour les politiques) sont importants.

Bref, ce fut une période usante et nauséabonde. Le lacrymo, c'est relou au bout d'un moment. Ainsi que la comparaison de ton être avec des trucs animaux ou pas sympas ou la hausse des agressions homophobes. Mais il faut s'y habituer ; dès qu'on questionne notre société sur sa construction même (mais vous ne trouvez pas normal qu'une femme ait les mêmes droits qu'un homme et notamment le contrôle sur son corps ?), c'est comme faire le ménage dans une cave. Chaque vieillerie retournée réveille une colonie d'animaux grouillants et puants. Débattre, expliquer, questionner, apprendre, écouter, partager, faire vivre notre société à cœur ouvert, ce serait tellement simple. La vie est courte, merde !

Avant Nowel, je suis tombée sur un article de RFI traitant du numéro américain du National Geographic entièrement consacré à la problématique du genre en mettant en Une la photo d'une fillette de 9 ans née garçon. Joie de la communauté LGBT--- (ajoute toutes les lettres qui te plaisent) et menaces de désabonnement chez une partie des abonné-e-s. Réactions outrées de la droite chrétienne (oui, celle qui gouverne maintenant avec le grand SchTrumpf à sa tête) qui hurle à l'instrumentalisation d'une enfant (alors qu'une papa, un maman, non pas du tout, ils n'instrumentalisent jamais rien. Ni les anti-IVG qui font entendre le soi-disant cri de souffrance de l'embryon lors d'un avortement). J'ai filé au kiosque du coin. Rien sauf le numéro français. Tant pis, cela attendra mon retour de vacances. Alors que je tombe sous le charme de Buenos Aires, un article concernant ledit magazine est publié sur Arrêt sur Image. Peut-être ne pourras-tu pas lire l'article car je le crois réservé aux abonné-e-s, aussi voici un résumé par son titre et sous-titre :

Enfant transgenre : la couverture de National Geographic que vous ne verrez pas en France
"Le contexte américain n'est pas le contexte français"

Où l'on découvre que Susan Goldberg, rédactrice en chef du magazine américain, a réagi et expliqué dans un édito ce qui avait amené ce numéro spécial genre (intéressant even que this is en anglais). Où l'on apprend aussi que les lecteurs italiens, allemands, estoniens, néerlandais ou roumains ont pu bénéficier de cette couverture (version enfant seul ou groupe de personnes) mais ni les espagnols, ni les français. L'édition française a préféré mettre la Russie de Poutine en une. Le dossier "Genre" apparaît en petit, en haut, au même niveau que celui sur... "Les nouvelles bergères des Pyrénées"... Mais le dossier qui, en volume de pages, est le plus important est !?... Suspense... Le "Genre". Ah ? Mais pourquoi c'est pas en Une alors ? Mystère pour Têtu à qui le National Geographic français n'a pas répondu. Et c'est bien dommage car leur intertitre "Couverture russe mais intérieur queer" est du plus bel effet. Ce qui est indiqué aussi, c'est que National Geographic France utilise Gogole-traduit-mal-on-dirait-moi.

translate_natgeo
"Mais chef ? Vous êtes sûr pour la traduction ? J'ai pas la même moi... Aïe ! pas sur la tête !"

A Arrêt sur Image, le rédacteur en chef, M. Vrignaud a répondu : "le lecteur français est con comme un balai. Il ne faut pas l'affoler avec des photos de gens bizarres et de toute façon, y'en a pas ici". Comment ? Evidemment que je caricature. Mais ça pue du cul ses excuses (que je mets en capture d'écran ici : arretsurimage_genre). Forcément, arrivée à ce niveau de l'article et d'énervement, je fondus... fondis (?)... je galopai vers ma marchande de journaux tel un oiseau de proie dans un nuage de poussière. Grâce lui soit rendue, elle avait les deux éditions. J'ai d'abord lu la version française (my tailor is not fluent). Une adaptation au contexte local avait été faite avec une information importante : la dernière étude faite en Frrrraaaance (rouler le r et accentuer sur le "an") date de 2009. Tu m'étonnes que le contexte est pas le même ici et là-bas. Aux Staïtes, ils font des études, eux ! Et ensuite, j'ai lu l'édition américaine ou plutôt ce qui manquait sur l'édition française.

Et voici le résultat [entre crochets la traduction de notre ami Gogole-traduit-mal-on-dirait-moi]. J'ai simplifié en ne prenant que les articles ne figurant pas du tout sur la version française. Car il y a aussi quelques "Chéri, j'ai rétréci les articles".

Where in the world are women and men most -and least- equal? [Où dans le monde sont les femmes et les hommes les plus - et les moins - égaux ?]
Des chiffres du Forum économique mondial (groupement de hippies sous LSD bien connu) sur les différences hommes-femmes en matière d'éducation, de santé, politique et économique. La Frrrraaaance doit bien figurer quelque part au classement... Mais oui ! En 14ème position et devant les Amerlocains en plus !

Making a Man [Faire un homme]
Le sous-titre est : [Comment un garçon du 21e siècle atteint la virilité? Certains chemins sont plus clairs que d'autres].
Et oui, car les recherches sur le genre se font aussi sur les hommes et les obligations culturelles qui leur sont imposées dans leur éducation. Aux Stazunis, en Ukraine ou au Kenya mais pas en Frrrraaance. Soit y'a pas d'hommes, soit ils deviennent jamais adultes.


Parental leave on Dad's terms [Congé parental selon les conditions de papa]
L'article se penche sur les papas suédois à qui la société facilite la vie pour qu'ils s'occupent de leur descendance au même titre que Madame. J'adore la photo du papa passant l'aspirateur avec bébé sur le sac à dos. Et des papas, en Frrrrraaaance, y'en a pas !


American Girls [Filles américaines]
Le sous-titre est : Comment grandir en bonne santé dans l'ère du corps parfait et le harcèlement sur les réseaux sociaux? Vous vous battez.
Quand l'image des femmes reflétée dans notre société pousse des jeunes filles au suicide et/ou à l'anorexie. Photoshop, on ne te dit pas merci. De quoi parlait-on récemment en Frrrrraaaaance ? De la loi "mannequin" qui tente d'encadrer les excès de l'industrie de la mode en Frrrrraaaaance qui n'est toujours pas appliquée cause y'a quelqu'un qui n'a pas signé les décrets d'applications. Mais sinon, circulez y'a rien à voir.

It's hard to be female: the statistics [Il est difficile d'être une femme: les statistiques]
Au hasard, Balthazar, 50% des pays du monde ont été dirigés par une femme. Pas la Frrrraaaance ! Et alors, quel est le genre de problème ?


The dangerous lives of Girls [La vie dangereuse des filles]
La pauvreté, la violence, les traditions culturelles, c'est du genre mondial comme oppression des filles !
Avec la Sierra Leone comme exemple du pire endroit de la terre pour y naître fille. 90% des femmes y subissent des mutilations génitales. Ca aussi, c'est une question de genre. Parce que les mecs se font pas couper le gland que je sache !

Où t'as vu jouer ça, M. l'édition française du National Geographic que Mme l'édition américaine ne parlait que des Etats-Unis ? Pas de violences faites aux femmes en Frrraaance (en Russie, on dépénalise, c'est merveilleux) ? Pas de papas qui veulent s'occuper de leurs héritier-e-s ? Pas de mutilation génitale ici ? Pas de plafond de verre ? Pas d'homophobie ? Pas de transphobie ? Finalement, si les femmes souffrent et meurent aux Etats-Unis ou en Sierra Leone, en Inde, on s'en fout ? Si les homos brésiliens se font tués, on s'en cogne ? Combien de femmes présidentes, premier ministre ici ? Combien de dirigeantes de grandes entreprises ? Est-ce que l'accès au Viagra est menacé en France ? Non mais l'accès à l'IVG, à la contraception ? Où en sommes-t-on de la féminisation des mots avec les grabataires de l'Académie frrrrrançaise ?
Vous foutez quoi à la rédaction de votre journal ? Vous regardez le foot ou bien ? Vous trouvez du monde pour se pencher sur la jeunesse russe et les bergères des Pyrénées, deux thèmes qui passionnent et divisent la France entière. Combien de familles brisées à Noël lorsqu'ivre mort, tonton Marcel a crié "J'encule un mouton avec une bouteille de vodka !" ?
Vous vouliez faire dans le genre pédagogique sans provocation (car oui, toi le transgenre, tu provoques, tu transgresses bref tu fais chier. On est obligé d'inventer des mots pour toi, meeeerde !) mais vous oubliez la base : quand les basiques homme et femme sont construits, cadrés, dressés par nos sociétés pour rentrer dans des cases à coups de latte s'il le faut, c'est une question de genre. C'est peut-être meme la première. Et elle concerne aussi la Frrraaaance.