Dans mon travail que j'y vais tous les jours, on est à cheval sur la sécurité. Non pas que des cow-boys régissent l'existence des travailleurs mais n'importe quel pied-tendre ne peut pas baguenauder aux quatre coins de l'immeuble libre comme un indien des plaines. Nous arborons tou.te.s un badge qui permet de garder le troupeau dans les enclos adéquats en autorisant à chacun un espace vital limité à ses pérégrinations professionnelles.

Faisant partie d'un bureau de demi-dieux, j'accède à presque tout parce que mon travail de McGyver moderne consiste en partie à intervenir sur des matériels éparpillés façon puzzle dans moults services. Dans cette logique, le marshall du comté aussi connu comme le dieu Moultipass nous donne de virtuels laisser-passer. De très virtuels laisser-passer même. Tellement virtuels que nous nous retrouvons parfois entre deux bureaux, deux dimensions, deux états voire deux ronds de flan.

Les situations les plus courantes sont de deux sortes. En rouge, ce que j'aimerais répondre...

"Bonjour, pourriez-vous nous ouvrir le bureau 1012 ? Le ci-devant PC planté demande à grands cris notre intervention.
- Vous n'avez pas accès ?
- Si, mais j'aime bien faire chier les gens pendant leur journée de travail. Eh nooon ! C'est ballot."

Ou

"Bonjour, auriez-vous la clé du bureau 1515 ? Car en plus d'une ouverture au badge, il y a un verrou à clé. Clé physique. Que nous n'avons pas bien évidemment.
- Ah oui, c'est vrai. J'arrive.
- Pensez à prendre la laisse des rottweilers qui doivent nous attendre derrière la porte.
- Pardon ?
- Non rien." Ah merde, j'ai pensé tout fort.

Maintenant, entrons dans l'élevage de M. Schrödinger. Eloignez les gamins, c'est flippant.

Episode 1

"Bonjour, auriez-vous la clé du bureau 1870 qu'on n'ouvre déjà pas au badge mais qu'en plus il y a une clé que nous n'avons évidemment pas ?
- Oui, je vous accompagne. C'est très confidentiel vous savez.
- Sans déconner ? Merciiii"
On entre. On commence à bidouiller. L'accompagnateur a besoin de s'éclipser quelques minutes.
"Il faut que je passe un coup de fil. Je vous laisse, je reviens.
- D'accord...
- Oh. Oh. Mon badge n'ouvre pas dans ce sens-là.
- Comment ? (encore la tête dans les câbles, tu ne relèves qu'à moitié l'originalité de la situation)
- Je n'arrive pas à sortir.
- Keuwaaah ?! (tu réalises que tu as soudainement une fichue envie d'aller aux toilettes et pas de nourriture !)
- Non, c'est bon ! Le verrou n'est pas bloqué par le lecteur. Il tourne ! Ouf ! Ah ah !
- (pffff... soupir de soulagement et décontraction de la vessie)
- Je referme la porte sinon l'alarme se déclenche. A tout de suite ! Il faut juste que je ne vous oublie pas. Ah ah ah !
- Oui ah ah ah... connard..."
Comment peut-on entrer sans sortir ? pensé-je.

Episode 2

Au pays des demi-dieux (aussi appelés DD), il y a compétition auprès du dieu Moultipass pour obtenir les clés du fort. Mais il est sévère et tu as plus vite fait de convoquer son PassePartout que d'améliorer le niveau de sécurité de ton badge. Dans un service fraîchement vidé pour travaux, nous tentons d'entrer dans la salle où trônent encore NOS PUTAINS D'ORDIS QUE Y'A QUE NOUS QUI AVONS LE DROIT D'Y TOUCHER MERDE ! Et paf, porte fermée à clé. Il y a même non une mais 2 serrures de sécurité et un lecteur de badge. A croire qu'ils ont eu un prix auprès du fournisseur. Derrière, c'est sûr, Cerbère et Charon assis sur un missile nucléaire sol-air. Evidemment pas de clé dans le coffre prévu à cet effet et personne aux alentours, tout le monde ayant déménagé. Mon dieu, que c'est sot... agaçant...

Moi : "Ils me fatiguent, tous autant qu'ils sont..."
Mais miracle, au bout du couloir, PassePartout !
"Hey ! Le Nain divin ! Vas-y, il faut qu'on entre vérifier notre matériel au bureau 666. En aurais-tu les clés ?
- Ils n'ont pas laissé les clés, les débiles ?
- Apparemment pas...
- Grogniutudiu (PassePartout passe son temps à débloquer des portes que des collègues bloquent alors parfois, il est pas d'humeur). Aaaah ! Mais en fait, le verrou est lié au lecteur sur cette porte. Mon Moultipass divin va ouvrir."

Il n'y a pas de clé. 2 putains de serrures mais pas de clé. Dans la sécurité, apparemment, y'a pas de règles non plus.
D'un geste sec, le Nain passe le petit bout de plastique blanc devant le gros morceau de plastique noir et... clic fait le verrou... et vert fait la loupiotte. Il ouvre la porte et... WOUHOUHOUHOUHOUHOUHOU fait l'alarme... pendant 5 minutes. J'en ai encore les tympans qui sifflent.

PassePartout : "Et merde ! Faut prévenir la sécurité de n'envoyer personne ! (merde, merde, merde, j'ai pas mon gilet pare-balles) Heu... y'a plus de téléphone qui marche dans les bureaux ?
Moi : Bah non, ils ont tout déménagé !
- T'as le numéro de poste de sécurité ?
- D'après toi, je ressemble à un annuaire ? Ben non, le Nain !
- Je vais passer par le standard" s'écrit le Nain en s'éloignant du bruit de l'alarme, mobile à l'oreille.

Lorsque le calme revient et qu'il n'a toujours pas eu de correspondant ni de solution, je demande : "Pourquoi l'alarme n'est pas liée au lecteur de badge ?". Le Nain divin ne me répond pas. Comment le pourrait-il d'ailleurs ? Il n'a pas cette satanée réponse !!! Car enfin à quel responsable sécurité maudit viendrait-il l'idée d'autoriser quelqu'un à entrer quelque part mais en fait NON !! Comment peut-on entrer sans entrer ? miaulé-je faiblement. Schrödinger, sors de ce...

Et... pouik font tous les néons du couloir en s'éteignant d'un coup.