Je suis allée au cinéma aux Halles (voir "Mademoiselle" de Park Chan-Wook, une merveille, précipitez-vous !). Arrivant au Forum depuis la rue de Rivoli, j'ouvrai machinalement mon sac à main pour le présenter à l'agent de sécurité présent à cette entrée. Je pris ensuite mon ticket et fis la queue devant ma salle. Derrière moi, deux femmes parlaient. Assez haut pour que j'entende. "Ils vérifient pas les sacs, t'as vu ? Alors qu'à la Fnuck, oui. C'est n'importe quoi ! L'année dernière, j'avais râlé et l'agent de sécurité m'avait dit 'c'est à cause de gens comme vous qu'il y a des attentats.' Ca m'avait mise en rage !"

Il est clair que les mesures de sécurité visibles établies depuis les attentats du 13 paraissent totalement à côté de la plaque si on les compare aux modes d'action des étronistes ou tas-de-merde (je les appellerai pas autrement). En effet, ils n'ont pas essayé d'entrer dans un magasin en cachant leur kalachnikov dans leur sac à main. Ils sont arrivés en voiture, ont défouraillé et tiré sur la foule dehors ou sont entrés au Bataclan mais en tirant. Ca ouvre beaucoup de portes. Et ils avaient en option une ceinture d'explosifs. Un autre a écrasé des gens avec un camion. Et les seules femmes ayant tenté quelque chose ont entassé des bouteilles de gaz dans une voiture à laquelle elles ont essayé de mettre le feu. Toujours pas de sac à main de la mort dans l'affaire.

Parce qu'on est tou.te.s très, très con.ne.s, ces mesures visibles sont donc supposées nous rassurer. Comme l'état d'urgence qui a, de l'aveu même du président, surtout servi à mater quelques écolos agités. Quant à l'armée qui sillonne les rues, les métros et les gares de Paris, je rappelle que ces jeunes gens ne sont pas une force de police et qu'ils ne peuvent pas ouvrir le feu sans un ordre de leur hiérarchie. Dans une démocratie, c'est plutôt une bonne chose. Mais on en déduit qu'à part à de l'affichage pour le peuple, leur présence est inutile. Voilà, voilà.

Les commémorations sont bien utiles comme on le voit. Elles permettent de repenser les choses, de faire resurgir des questions, de remettre les choses en perspective. Les services hospitaliers ont-ils suffisamment de personnels pour bien fonctionner (y'a pas eu grève récemment) ? Les policiers ont-ils un matériel en état de fonctionnement (le bouclier de protection Ramsès utilisé au Bataclan et donc endommagé a été récemment remplacé) ? Sont-ils formés ? Et la réponse (terrifiante) est donnée par un policier à son procès "Prison avec sursis requise pour le policier qui avait frappé un ado": "J'ai fait mon métier, mais nous ne sommes pas formés aux missions de maintien de l'ordre. Nous n'avons pas, non plus, le matériel adéquat."

Pour le matériel donc, c'est toujours le foutoir (et le goût de nos forces de l'ordre pour les flash-ball n'arrange rien) mais surtout pas de formation des policiers au maintien de l'ordre. Mais ne serait-ce pas l'une de leurs missions premières ? Ou bien ? Je nous laisse méditer là-dessus.