La présence de ma mère dans ce pays depuis plus de 50 ans n'a pas eu d'effet spectaculaire sur l'étendue de son vocabulaire. Si vous voulez vous faire une idée de sa façon de parler, lisez "Pas pleurer" de Lydie Salvayre. Ensuite, et s'il vous arrivait d'être dans la même pièce et qu'elle se lève en disant "yé vais cherrrcher oune pelle", ne paniquez pas ! Loin d'elle toute idée de vous porter un coup fatal sur la nuque et de vous enterrer sous le parquet. Tss, tss, on sent que les discours anti-immigrés vous ont marqué. Allons, allons ! Un peu de courage, que diable !

Balayez discrètement la pièce du regard pour, primo, localiser les sorties de secours ou un objet pouvant servir de bouclier (des fois que vous me l'auriez énervée), puis, dans un second temps, deviner la présence d'un brachycère de type Musca domestica. Hein ? Oui, une mouche. Comment ? Ma mère tue des mouches à coups de pelle ? Moui… presque… non, mais attendez ! Revenez ! Avec une petite pelle. Du genre tapette à mouches, quoi. J'en vois qui, bonnes âmes, tentent une explication dialectique : "c'est comme ça qu'on dit dans sa langue". Oui… mais non ! On dit "matamosques" dans la première et "matamoscas" dans la deuxième, soit "tue-mouches" dans les deux. 

Non, non, cherchez pas. Et à la réflexion, courez !