J'ai découvert que voyager dans un train à côté d'un adolescent n'était pas de tout repos. L'ado en groupe doit être abattu sans pitié car débile et bruyant. Quand je croise un troupeau de ce type, il me vient toujours une question à l'esprit : "mais j'étais pareille ?". Ne t'avise pas de répondre, lecteur/rice ! En opposition, l'ado isolé est timide et mal dans sa peau donc silencieux. Problème : le spécimen avec lequel j'ai voyagé était passablement enrhumé et connecté à l'interweb mondial via un téléphone BaieNoire à clavier… Oui, un truc avec des boutons dessus, un peu comme lui. Je sais, c'est mal de s'en prendre au physique, mais le mien étant irréprochable, j'ai le droit… QUOI ???
Entre 2 éternuements suivis d'un mouchage, il répondait aux nombreux messages reçus dans un cliquetis sourd (j'imagine même pas les bactéries sur l'appareil). Obligé de respirer par la bouche à cause de narines, sinus, conduits auditifs remplis, il produisait des bruits d'humain en train de mourir étouffé. Enfin, empêtré dans un corps en pleine croissance et dans un TGV 2ème classe aux sièges pourris (là, j'avoue que c'était pas beau à voir et surtout à s'assoir dedans), il changeait la position de ses jambes et de ses bras toutes les 20 secondes.
J'essayais de dormir en tenant mon dos droit afin d'éviter que ma tête ne s'affale sur un côté m'entraînant dans une suite de grognements et de filets de bave. Et ce n'est ni facile, ni confortable. Trouver le sommeil dans cette position tandis qu'à ma gauche, mon voisin éternuait, se mouchait, cliquetait, bougeait, étouffait, éternuait, se mouchait, cliquetait, bougeait n'était pas chose aisée. "JE VAIS TE TUER !!!" ai-je pensé un moment avant de m'obliger à la zenitude. Laisser entrer le calme. Découvrir le silence en soi…

C'était sans compter sur le couple de jeunes adultes trrrrès amoureux de l'autre côté de l'allée. Pensant que mes yeux fermés me rendaient sourde ainsi que le reste du wagon très silencieux (en dehors d'Atchoum), quelle ne fut pas ma surprise ensommeillée d'entendre : "si tu ne bouges pas, je vais être obligé de te caresser les seins"… Cette réflexion à peine murmurée fut suivie du rire niais de la femelle. Un désespoir profond m'envahit ainsi que l'envie furieuse de voir la science avancer à pas de géant dans ses recherches sur la téléportation. Roméo tenta ensuite de résumer à sa Juliette le film Snowpiercer. "Alors, ça se passe dans le futur. J'ai pas compris pourquoi mais l'humanité vit dans un train. Et il ne peut pas s'arrêter mais j'ai pas compris pourquoi. Les puissants sont en tête du train et les marginaux en queue et…" MONTRE-LUI LA BANDE ANNONCE, MEC ! Ce sera plus simple ! Je suis en voiture 19 coincée entre un nid à microbes et 2 boulets et je te jure que je comprends qu'on ait envie de tout défoncer pour changer de wagon !

C'est à ce moment-là que le train a ralenti, ralenti, ralenti et s'est arrêté aux abords de la gare du Mans. 1 minute passe. 2, puis 3, puis 10 ! Le contrôleur nous demande de ne pas tenter d'ouvrir les portes car nous sommes arrêtés en pleine voie. Oh tiens, j'ouvre une parenthèse. J'aimerais bien comprendre ce message récurrent dans les trains et les métros. Ça ne me viendrait pas à l'idée de descendre avant ma station ou ma gare de destination mais imaginons que des débiles le fassent. On roule portes non verrouillées ? Et des dépressifs mal voyants pilotent des avions ? Je referme la parenthèse. Et le contrôleur de continuer en indiquant que ce retard était dû à des difficultés de gestion du trafic à cause de "la forte affluence de trains"… C'est-à-dire ? Que Bison tout fûté qu'il soit se plante dans ses prévisions d'affluence automobile sur les routes (ouvertes à tous), je veux bien. Mais les trains ? Il y en avait plus que prévu ?