Lorsque j'apprends le suicide d'une personne, célèbre ou pas, proche ou pas, je suis toujours un peu déstabilisée. Je comprends mieux le cancer que le suicide.

"Je me suiciderais bien, là…
- Ah bon ? Tu ne préfères pas un petit lymphome ?"

Aussi profond qu'il me soit arrivé de descendre dans le mal être ou la déprime, il n'est jamais arrivé que je pense à l'éventualité de prendre un raccourci vers la sortie. Aux pires moments de mon adolescence… correction… le pire moment de ma vie que fut mon adolescence ne m'a jamais amenée à considérer le suicide comme une option. Comprenez-moi bien, je n'en tire aucune fierté. Je me dis juste que pour envisager cette solution, il faut avoir dépassé des Everest de souffrance, traversé des années-lumière de désespoir pour faire sauter le verrou animal de l'instinct de survie. Ce truc rivé à notre cerveau reptilien. Autant préciser également que rien de ce que j'écris n'a été testé scientifiquement. Je ne fais que coucher sur le papier (arf… c'est un écran…) mon ressenti, mes interrogations. Parce qu'à chaque fois que j'apprends un suicide, je me sens au bord d'un précipice, une vague nausée face au vide. 

Si la personne était aimée, avait une famille, un travail (pas chez Orange), j'imagine une balance avec d'un côté tout l'amour et de l'autre, toute la douleur. Énorme, monstrueuse, emportant tout sous son poids.

Et si c'était un salop ? Il y a longtemps, on m'a appris le suicide d'un vrai salop. Pas un suicide à la Hitler, façon "vous ne m'aurez pas vivant", non, non. Quequ'un qu'aucune armée n'encerclait, qu'aucun procès ne menaçait et qui avait passé une grosse partie de son existence à faire le mal autour de lui. Sur sa balance, côté amour, il ne devait pas y avoir grand chose et de l'autre, côté souffrance ? Je l'imaginais vide. Les salops ne souffrent pas. Ils font souffrir les autres. J'ai demandé pourquoi au messager de bon augure. "On s'en fout" m'a-t-il répondu. The witch is dead, bien fait. Qu'est-ce qui a bien pu te tuer, salop?

Les amis, les amours, les ciels bleu ou gris, les feuilles mortes, les fleurs, la musique, les livres, la cuisine, le ronronnement d'un chat, la calandre d'une Maseratti, la Joconde, le silence, les rires. La 1ère gorgée de bière, des yeux bleu-vert, un rendez-vous raté, une incompréhension, les cheveux coupés qui grattent dans le cou, une main effleurée par hasard, une photo, un souvenir. Rien ne les retient. Un abîme de douleur que toute la vie ne peut combler. Un puits sans fond.

"Tu es vraiment sûr que tu ne préfères pas un cancer ?"