J'ai découvert il y a longtemps déjà l'étrange attraction du sous-sol du BHV sur ma personne. Pour les non-Parisiens, le niveau -1 du Bazar de l'Hôtel de Ville, c'est le rayon bricolage. Je ne sais pas si c'est à cause de la lumière des néons qui a tendance à agir sur moi comme le pendule d'un hypnotiseur ou le manque d'oxygène ou l'absence d'horizon vu que tes yeux se cognent constamment à des stands, des étalages, des étagères, des gondoles remplis, blingés, ras la gueule d'objets multicolores, multi-usages qui coupent, scient, vissent, cognent, pendent, collent, poncent, cousent, fixent, défixent, cassent, réparent. Comme si tu vivais soudainement dans une énorme boîte à outils.

Cette attirance bizarre pour cet amoncellement d'outils et matériaux dont je ne connais pas l'utilité de la moitié du commencement d'un comme dirait l'autre a été souvent refroidie par le rapport extrêmement dangereux que j'ai avec l'action de bricoler. Bricoler, c'est m'auto-mutiler à un moment ou à un autre. Et pas qu'avec des objets dangereux comme le cutter, le marteau ou le papier de verre. Je me suis coupée en posant de la tapisserie !! J'ai eu droit à 2 points de suture un dimanche après m'être tranché un doigt sur le côté du carrelage que je venais d'exploser au marteau. Durée de la séance bricolage ce jour-là ? 10 mn montre en main, les 9 premières minutes, ce n'est pas moi qui tenait le marteau… Si j'aimais le sado-masochisme, je ne pourrais pas le pratiquer sans risquer ma vie. Ce serait pousser le bouchon un peu loin, Maurice !

C'est même pas comme si je réussissais des œuvres magnifiques malgré le sang et la sueur. Non ! Dès le collège et ces p... foutus cours d'éducation manuelle et technique, mes objets étaient approximatifs. Soit parce que je n'avais pas pris les bonnes mesures sur les plans, soit parce que j'avais merdoyé dans la construction. En 5ème, on avait construit un planeur en balsa. Un planeur en balsa, ça a les ailes relevées. Le mien ressemblait à un chasseur. Les ailes vers le bas. Attention, il volait. Mais bon, il s'est fait fout' de sa tronche à l'aérodrome.

Alors malgré ce désir malsain de ce qui crouitche et qui zouingue, mon instinct de survie animal me garde de rapporter à la maison ce type d'animaux de compagnie. Mais parfois, nécessité fait loi et je dois (dans l'œil) m'équiper. J'avais besoin d'une paire de ciseaux et de colle à tissu. Je ne sais pas comment… enfin si je sais… je tournicotais en regardant, la bave aux lèvres, les alignements de tournevis lorsque j'ai vu le panneau "Cordonnerie". "Tiens ?, y'a un stand "Cordonnerie" ?" me dis-je, toute excitée. Je ne me concocte pas de chaussures dans mon temps de loisir mais… j'aime aussi les objets de la cordonnerie… Vous avez déjà vu le stand "Cordonnerie" du BHV ? Sérieux !! Le truc de malade ! Tu peux effectivement t'équiper pour fabriquer tes chaussures. Y'a des mallettes de cirage en cuir de toute beauté ! À 80 € pièce. 80 nouveaux euros, hein. Des brosses de toutes sortes avec des poils de tous types. Des milliards de lacets. Des peaux de toutes les couleurs pour te tailler des mocassins de Pocahontas pour l'été ! Des cirages en veux-tu, en voilà ! Des œillets pour les trous des lacets, des fermetures à cartable, des… fiouuuuu… respire… Ca va passer… pffff… Je m'en suis sortie sans trop de dégâts. Mais maintenant, je me coiffe avec une brosse à chaussures.