User de l'euphémisme consiste à réduire l'importance, la gravité d'une situation. Souvent manié à grande échelle pour les politiques, «la crise est derrière nous… les paradis fiscaux, c'est fini», on a parfois du mal à voir la différence entre euphémisme, mensonge et foutage de gueule. C'est aussi un outil dialectique récurrent des médecins. J'en ai eu confirmation récemment à mes dépens.

Complémentée pour un problème de thyroïde défaillante depuis des années et sans que cela ait le moindre rapport avec ce qui suit, je traîne depuis des mois un tennis-elbow tenace dû à la pratique quotidienne et professionnelle du mulot électronique. Mettons le clic à l'index ! En désespoir de cause et presque au bout de mes séances de kinésithérapie, j'ai consulté un spécialiste es-vieilles articulations. D'un air sérieux, il m'a proposé un court traitement d'anti-inflammatoires.

«Ah oui, mais non. Ca me fait des trous à l'estomac.
- Je verrais bien 6 jours de corticoïdes.
- Des corticoïdes ??? (mon dieu, suis-je donc à l'agonie ?)
- Avec un complément pour protéger l'estomac.
- Des corticoïdes ??? (avant l'amputation ?)
- Bon, ça risque d'entrer en conflit avec votre traitement thyroïde mais ça serait efficace.
- Quel genre de problème ?
- Fatigue.
- Ah… bon… ok.»

Pour les non-initiés à la tare dont je suis atteinte, voici un petit précis d'hypothyroïdie : dépression chronique et flux d'énergie inférieur ou égal à celui d'une huître au soleil. Avec une tendance à l'extinction des feux sans avertissement : ça va, 10 m plus loin, ça va plus du tout. Jour, nuit. Evidemment ça complique la vie en général, les relations sociales en particulier. Attention, je ne dis pas que toutes les personnes à comportement erratique souffrent d'hypo ou d'hyperthyroïdie. Parfois, ce sont juste des psychopathes ou des cons. Il faut prendre soin de vérifier leur taux de TSH ce qui n'est pas toujours aisé en société, j'en conviens.

Quoiqu'il en soit, la fatigue, ça me connaît. Ce ne sont pas 6 jours de traitement qui vont compromettre des années de complémentations à la lévothyroxine. Pas 6, 4. Au bout de 4 jours, je me suis retrouvée éclatée sur mon rocher au soleil. Ca allait et puis plus… du tout. Fatigue : l'euphémisme est une arme de destruction massive. Heureusement, j'ai agonisé pendant mes congés et retrouvé la forme juste à temps pour aller à mon vrai travail de la vraie vie.