lutte

2ème jour de grève du mois, 2ème manifestation. Échaudée par la précédente manifestation, je ne suis pas arrivée en avance. Je n'ai donc attendu qu'une heure, place de la Bastille, avant de défiler. Et encore ai-je défilé en louve solitaire. Les tovaritches de la cégété de chez moi ne décollaient pas. Sous des prétextes avariés: «Y a Machin qui va arriver !», «Y a Machine qui doit venir !», «Y a deux cortèges, le nôtre a pas démarré !», «On va défiler avec les gars de la Météo !» C'en était trop ! On venait de se prendre un orage ; hors de question que je défile avec des suppôts du capitalisme.

sarko_pile

J'ai rendu mon fanion et commencé à gambader dans la manifestation. J'ouvre une parenthèse. Au début… il y avait une boule de matière dont la pression était si forte que pouf ! Big Bang ! Quelques temps après, on devait faire Bastille-Concorde. Et pouf ! Bastille-Denfert. Pourquoi ? On n'a pas eu les autorisations. Pourquoi ? Je te reconnais bien là, ami-e des Régions peu au fait de la géographie parisienne. Concorde est à un jet de pavé de l'Assemblée Nationale, à une charge de CRS de Matignon et d'une volée de ministères. Alors, Bastille-Denfert et pas de discussion. Les syndicats sont très polis. Je referme la parenthèse.

Dans mon voyage au centre de la demi-manif, une minifestation en quelque sorte, j'ai pu récolter moults tracts et auto-collants qui vont faire trop cool sur mon cartable. J'ai récolté doublé défilé avec la CFTC, le NPA, la Fédération (alternative sociale et écolo. Je les connais pas non plus), l'Intervention communiste (parti marxiste-léniniste en construction visant l'union de tous les communistes, la sortie de l'OTAN et de l'UE et taxant -ah, la hausse des impôts- l'actuel PCF de révisionnisme…), les… heu… la… je sais plus. Bref, dans la dernière ligne droite, j'ai fait manger de la poussière à la FSU puis à la police avant de finir mon échappée solitaire à Denfert où l'autre moitié de manif (estation, donc) était déjà là.

Une banderole du Théâtre du Soleil citait Shakespeare (Macbeth, Acte V, scène II) :
«Now does he feel
His secret murders sticking on his hands;
Now minutely revolts upbraid his faith-breach;
Those he commands move only in command,
Nothing in love: now does he feel his title
Hang loose about him, like a giant's robe
Upon a dwarfish thief.»

sarko_face

Il sent maintenant ses meurtres secrets blesser ses propres mains. À chaque instant de nouvelles révoltes viennent lui reprocher son manque de foi. Ceux qu'il commande n'obéissent qu'à l'autorité, et nullement à l'amour. Il commence à sentir la dignité souveraine l'embarrasser de son ampleur inutile, comme la robe d'un géant volée par un nain.