Quand j'étais enfant, notre instituteur de CE1 a emmené toute notre classe à la bibliothèque municipale pour nous faire découvrir ce lieu et nous y inscrire d'office. Il y avait des livres à la maison. Principalement ceux que mes aînés avaient eu à lire pendant leur scolarité. Quelques-uns que mon père avaient achetés. Ceux que de généreux mécènes avaient pu nous donner. Le livre était pour nous un produit de luxe. Aussi, entrer dans l'aile du château qui abritait les rayonnages quasi infinis de la bibliothèque fut pour moi comme entrer dans la caverne d'Ali Baba. La salle réservée aux enfants ne m'attirait que parce qu'y étaient rangés quelques beaux livres sur la nature et les animaux. Ceux en couleurs, avec des photos, des jungles équatoriales ou des fonds sous-marins bleus d'où seul ressortait le bonnet rouge du Commandant Cousteau brillant sur le papier glacé. Un nouveau monde s'ouvrait à chaque page tournée. Je n'ai jamais remercié mon instituteur pour m'avoir fait ce cadeau.

Ce soir, j'ai posé sur mes genoux le lourd et magnifique livre tiré du film «Océans», tourné toutes les pages remplies de photos océanes, d'otaries alanguies et de requins blancs. Mon studio a pris des airs de château et par ce texte, je voulais juste remercier ma très chère et très tendre mécène.