… pour pourrir définitivement une fin de semaine entamée dans un camping à chiens et poursuivie dans un mariage maudit. Dimanche soir, j'ai repris mon sac, mes billets SNCF et pour sortir de ma cambrousse, j'ai emprunté le car reliant la gare TGV la plus proche. Cinq pelés pour cinquante-deux places, j'ai eu le choix du positionnement de mon cul. Et je l'ai posé au premier rang, pour sortir la première (et ne pas rater mon train), contre la vitre (pour le montrer à tous les passants !) pour profiter du paysage.

C'était sans compter sur le Survivant qui de sa voix chevrotante me demanda : «pardon madame, je peux m'assoir à côté de vous ?». Je l'appelle le Survivant car, à mon humble avis, il a survécu à la tentative d'avortement post-partum qu'a dû intenter contre lui un membre de sa famille : il a un pied-bot et un de ses bras est à angle droit. À l'époque, les techniques n'étaient pas au point. La plus courante consistait à jeter le nouveau-né contre un mur, comme les chatons. Il y avait une autre manière de se défaire d'un bébé-crampon : l'électrocution. Les fameux «enfants court-jus». Mais au prix du kilowattheure…

N'ayant plus la force d'être désagréable, je l'ai laissé s'installer à mes côtés. J'ai eu tort. D'abord, il a essayé d'entamer la conversation. Pas longtemps. Parce que faudrait voir à pas me gonfler non plus. Ensuite, à cause de son bras à l'équerre et blindé, j'ai passé l'heure de voyage accrochée à l'accoudoir pour ne pas lui tomber dessus dans les virages et me fêler trois côtes. Enfin, comme il ne maîtrise pas complètement son corps, tous les passagers nous sont passés devant avant qu'il puisse manœuvrer pour sortir de sa place. Merci machin !

Heureusement, la SNCF avait tout prévu et les TGV avaient du retard. Après un orage plutôt violent, un arbre s'était abattu sur la voie du côté DU Mans. Même les arbres veulent mourir dans le coin ! Mon train avait donc du retard. Le plus difficile a été de savoir combien. Sur le panneau d'affichage, les deux lignes correspondant à mon double TGV indiquaient 20 mn de retard pour le premier et… 1 heure 15 pour le second… T'as qu'à voir la longueur du train ! Les derniers wagons arrivent une heure après la locomotive ! Sur le quai, je regarde le panneau de composition des trains et là, un seul train est affiché. Tiens, la SNCF le coupe en deux pour ne rembourser que la moitié des billets ??? Quelle chance ! C'est le mien ! Je gagne jamais au loto mais là, j'ai le bon numéro. La dame du micro précise que ce train sera sans arrêt jusqu'à Paris provoquant l'exode d'un certain nombre de passagers persuadés que ce train s'arrêtait AU Mans. Quelques minutes plus tard, deuxième message de la dame du micro, hilare, précisant que le train était direct pour Paris mais s'arrêterait au Mans… comme toutes les semaines. Et retour des passagers grognons.

Pendant ce temps, je vais me positionner sous le panneau-repère correspondant à ma voiture pour me faire enrhumer par le DOUBLE TGV arrivant en gare. Je me dirige alors fermement vers ma voiture quand quelqu'un s'écrit : «C'est pas le bon numéro de train !» Et hop ! Demi-tour direction le train n°2 mais en arrivant, au trot, à hauteur de la première porte, je constate que ce n'est pas le bon numérotage des voitures et que donc mon train, c'est celui d'où je viens. Et d'où viennent les cent personnes désirant y monter. Deuxième chassé-croisé de voyageurs au galop, valises au vent, poussettes en roues arrières… Où l'on constate que l'alcoolisme ne baisse pas dans les chemins de fer français.