Gouinette parle trop

24 mai 2017

A moi, comte, deux mots !

Afin de ménager la chèvre et le chou tout en faisant montre d'une volonté de fer, j'ai commencé à lutter contre mes démons, mes obsessions, en un mot comme en sang, mes drogues. Plus de Nutella qui fait mal aux orangs-outans (et à l'intérieur de mes artères). Pas plus d'une connexion par semaine à cette saleté de Facebook, qui me prend du temps pour pas grand-chose puisque j'alimente bien mieux mon addiction à l'actualité via des abonnements en bonne et due forme et ma passion des gifs animés grâce aux autres réseaux sociaux. Comme je n'ai pas d'ami·es, ça a été facile. Enfin, j'ai supprimé les applications de jeux sur mon téléphone. Puis retéléchargé. Et dégagé et récupéré et… faut que je fasse quelque chose. Bah oui ! parce que dans le métro, le réseau 4G est aussi rare qu'une place assise, alors pour lire les journaux "aune-laïne", comment je fais ? Et bien je ne fais pas. Alors je joue.

Mais ça, c'était avant. Maintenant je lis. Par exemple, je viens de terminer "Les femmes ou les silences de l'histoire" de Michelle Perrot. Très intéressant. Et avant j'avais lu "Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin" d'Eliane Vienot. Excellent. Des fois, parfois, il est arrivé que certains mots me laissent perplexe. Pour filer la métaphore, j'ai eu l'impression de me transformer en Gallus Gallus Domesticus ayant trouvé un outil tranchant comportant une lame et un manche. Disons-le tout net, les mots syllepse, holisme ou propédeutique ont freiné ma lecture. J'ai un défaut, j'aime comprendre ce que je lis. Si je suis à l'extérieur avec du réseau, clic ! un tour sur un dico en ligne et hop ! Que la lumière soit ! Si je suis dans le métro, sans réseau, hop ! Qui qu'a éteint ? 

Décision fut prise en assemblée générale avec moi-même de procéder à l'achat d'un dictionnaire moins Redford que Robert consultable par tous les temps sur le téléphone qui gère mon intelligence. Clic, clic, clic. Viens mon Roro. J'ouvre l'animal…

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Ne venez pas me dire que c'est de ma faute.

Evidemment, je suis allée voir quelle pouvait être la définition d'un jeu selon mon gros dico d'amour. Sachez que ce qui le rend fou de joie, ce sont les anagrammes (avec les lettres d'un mot, tu constitues un autre mot. Exemple, maire donne marié, patrie, partie, Aristote, Connard). J'ai une préférence pour la déclinaison bisexuelle : la bigram. Avec les lettres d'un mot, tu en reconstitues deux. Par exemple : Clarifions donne colin + frais ainsi que lions + farcis ou encore fions + clair. Avec Fillon, on obtient rends + argent. Que demande le peuple ? Apprendre en s'amusant, quelle merveille !…

Comment ? Un alibi ?! Non mais dites donc ! Nenni ! Non pas ! En aucune façon ! Et je le prouve. Dans une bigram de dix lettres dont j'avais déjà trouvé le 1er mot, j'obtins arien en 2nd. Le doute m'habita tout de go. "N'y avait-il pas un y et non point un i ?" Encore un coup de la réforme de l'orthographe me sussuré-je. Sors de ce corps, Burggraf me répondis-je. Roro ! Fais péter la définition.

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Arius ? L'hérésie arienne ? Arienne espace (ok, je sors) ? Je vérifiai aryen.

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Nom de Zeus ! Mais alors, arianisme, quoi-t-est-ce donc ?

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Conbus… Constu… Consubs… QUOI ?!?

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Si j'ai tout bien compris les mots, donc, le tenant de l'arianisme dit que papa et fiston sont différents. Sérieux ? Tout ça pour ça ? Mais… vous servez arien !

 

 

 

ps: poussez pas, j'étais dehors en premier.

 

 

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08 mai 2017

J'en pose une, je retiens rien

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Hier, en rentrant du bureau de vote, j'ai découpé toutes les lettres de tous les bulletins des candidats et tenté de reconstituer l'alphabet en majuscules et en minuscules. Comment ? Ma dépression ? Bouarf… ça va. Nan, vraiment, ça va bien mieux, je vous jure. Pourquoi !?

Dans cette tentative d'écriture de l'alphabet politique, je note rapidement que je vais l'écrire en majuscules, plus complet sauf que j'ai pas de gros Q (j'en ai un petit, c'est déjà ça). Quelles lettres manque-t-il ? K, V, W, X, Y et Z. Tous les noms zarbis avec des lettres à la con, ça va pas être possible. Pas de MICKAËL, donc.
On ne peut pas écrire ZADISTE mais FASCISTE on peut. On peut écrire BOUNA mais pas ZYED. PLATINI mais pas ZIDANE. GOUINE (\o/) mais pas GAY. CORRUPTION mais pas VERDICT. RENDS L'ARGENT, ça passe. On peut aussi écrire "UBER" mais pas "CODE DU TRAVAIL". On ne peut écrire ni À SUIVRE, ni RÉVOLUTION mais DTC, on peut s'y mettre. On peut écrire AMOUR mais pas faire AVEC. POURqUOI ?

Puisque les lettres ne nous aident pas, faisons dire ce qu'on veut aux chiffres.
Inscrits : 47 568 884 citoyen·nes
Votants : 35 467 223 citoyen·nes
Abstentions : 12 101 661 citoyen·nes

Soit les pourcentages suivants (spéciale dédicace à un surfeur de mon cœur : j'ai tout fait les calculs au tableur et arrondi à 2 décimales, c'est dire s'ils peuvent être faux et ne font sans doute pas 100%) : arrive en tête, le marcheur fou avec 43,63% (20 753 704), deuxième l'abstention avec 25,44% (12 101 661), troisième LeP.Haine avec 22,38% (10 643 937), quatrièmes les blancs… sans les jaunes (ça ne fait rire que moi, je sais) avec 6,33% (3 011 362), enfin cinquièmes et derniers (huhuhu), les nuls avec 2,22% (1 058 220).

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04 mai 2017

Vous faisiez quoi pendant la campagne électorale du 2ème tour des présidentielles ?

Mais non, je ne vais pas parler politique dans ce blog. Ai-je jamais abordé des sujets politiques ici ? Droits des femmes, des homos, des minorités diverses et avariées ? Rien de politikici politique ici. Du foot, à la limite, mais guère plus (tu l'aimes ma grosse mauvaise foi ?). Dans l'entre-deux tours (comme disait Ben Laden... je suis déjà dehors), j'ai beaucoup écouté des podcasts France Culture et Inter ou regardé des documentaires en replay voire en catalan. J'ai peu lu la presse. Et je me suis retenue, de justesse, de mettre un coup de hache à ma radio. De justesse car, premièrement, je n'ai pas de hache et deuxièmement, cessons de gaspiller les ressources naturelles de notre planète. J'ai quasiment abandonné Twitter et autres réseaux sociaux où le combat "vote utile - abstention" faisait rage.

Il faut vous dire, monsieur, qu'avec ces gens-là, les Collomb, Valls, Bayrou, Minc, Berger, Borloo, Estrosi (j'arrête la liste des soutiens de Macron sinon mon eczéma va revenir), on peut avoir rapidement la bave aux lèvres et courir acheter une hache à la quincaillerie du coin. Alors j'ai lu Prévert (Choses et autres) en alternance avec "Les femmes ou les silences de l'histoire" de Michelle Perrot. J'ai ri en découvrant que j'avais eu des convictions de gauche dans ma jeunesse et que les mêmes (comme Julio, elles n'ont pas changé) étaient devenues d'extrême-gauche (c'est mon pépé anarchiste qui serait content). Comme si quelqu'un avait déplacé un curseur ou tiré violemment un tapis sous mes pieds.

J'ai aussi relu des passages du "Quai de Ouistreham" de Florence Aubenas, paru en 2010 et encore tellement malheureusement d'actualité (que la maison d'édition l'offre à la liste de crétins ci-dessus ! Où t'as vu, triste sire de Collomb que dire "que la sole du Fouquet's est à 80 € alors que celle de la Rotonde n'est qu'à 48" allait aider ton poulain ? 48 € ! Est-ce que tu sais ce que ça représente pour quelqu'un au SMIC, ce salaire qui plombe l'économie française ?). Après le résultat du 1er tour, ma décision pour le 2ème était évidente même si désagréable et avec un goût amer de déjà-vu. Un merci tout spécial à Jacques "Le Bruit et L'Odeur" Chirac pour la non prise en compte des votes anti-fascistes en 2002. Front républicain, mon cul ! Maaaaiiiiis je me calme, je respire, je fais craquer une vertèbre cervicale et je reprends. Je voterai contre l'extrême-droite en glissant un bulletin de l'autre abruti l'ancien de chez Rotschild heu énarque ouh la ministre… du jeune homme qui en affichant son amour pour une femme plus âgée lutte contre les préjugés sexistes (je fais ce que je peux !). En fait, je n'ai pas à chercher de raison pour voter pour le non-fasciste. Oui, il est de droite et il va continuer une politique de droite et il faisait partie du gouvernement qui a mis en place la loi Travail 1, l'état d'urgence (toujours en cours) et la fameuse déchéance de nationalité. Ferme ta gueule Manuel Valls, ferme ta gueule !

Mais revenons à mes loisirs de cette semaine. Le 1er mai, je suis allée prendre des photos de petites fleurs. Pas les fleurs évidentes comme les roses, les tulipes, les trucs et les bidules (je ne connais pas les marques), mais les toutes petites, les minuscules dont je ne connais pas plus les noms. J'ai découvert avec la loupe de mon appareil-photo (oui, je sais, on dit macro mais en ce moment, certains mots ne passent pas ! Poussez pas mémé !) qu'elles étaient souvent magnifiques. Ensuite, je ne suis pas allée manifester. Je l'ai fait en 2002. C'est bon. J'ai donné et surtout, comme disait Emmanuel Todd, plus une population vieillit, moins elle a de tendances révolutionnaires car devant (ou derrière) la police, il faut pouvoir courir. Alors, (tu noteras la finesse de la transition), j'ai regardé l'émission d'Arrêt sur Image du 28 avril avec Emmanuel Todd (absentionniste) et Olivier Tonneau (mélenchoniste votant Macron). Ce dernier avait écrit un billet de blog que j'avais beaucoup aimé tellement il retranscrivait parfaitement toutes mes colères.

Je me vautrais donc dans mon canapé et commençais à commenter l'émission. En vieillissant, de manière célibataire évidemment, non seulement, tu ne cours plus devant ou derrière la police (ou alors vraiment si elle a un joli sourire), mais tu parles à ta radio ou à ta télé et autres animaux de compagnie. Tu commentes, tu râles, tu gueules. Du lit à la fenêtre et puis du lit au fauteuil, puis du lit au… BREL SORS DE MON BLOG !!!
Chacun présente ses arguments pour le vote En Marche (attention à ne pas déplacer l'isoloir, huhu…) ou pour l'abstention au 2ème tour. Pour Todd, le Front National représente un risque pour la démocratie mais Macron aussi cause que le peuple a un peu tendance à pas voter comme l'oligarchie qu'il représente le souhaiterait. Souviens-toi de ce que notre classe politique a fait du non au référendum sur la constitution européenne. J'écoute silencieusement (non je ne me suis pas endormie). D'après lui, mathématiquement, avec les forces en présence, même avec une forte abstention, ça devrait passer. Mais il est important qu'ils sentent le vent du boulet. Daniel Schneidermann insiste en demandant s'il n'y a pas un risque démocratique plus immédiat avec les fachos qu'avec la nidroitenigauche de Macron ? Todd dit que ce sont des risques différents, ethniques d'un côté et… "bah oui, machin, t'es gentil, mais t'es blanc et t'es un mec !" C'est sorti tout seul. Du fond de mon canapé, où, vautrée, j'attendais le 2ème tour et/ou la mort.

J'aimerais bien aussi, envoyer péter ces "pompiers pyromanes" amateurs de sole à 48 € (ou celui qui ne peut pas mettre de côté avec 25 000 € de revenus mensuels et des costards payés par des amis), faire baisser le taux de participation au minimum pour qu'ils comprennent maaaaais y'a que je suis une femme, lesbienne, mine de rien naturalisée (devant prouver à chaque changement de carte d'identité que je suis bien française). Alors je ne prendrai pas ce risque. Ni pour moi, ni pour ma famille (ma mère à accent ou ma sœur à numéro de sécu en 99), ni pour ma pote arabe (note pour plus tard : se faire aussi des ami•es noir•es).

Et le 8 mai, j'irai prendre des photos des toutes petites fleurs. Parce qu'elles sont jolies. Pour le reste, on verra.

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24 avril 2017

Moi et Monsieur D

"J'étais enfant pendant la guerre. C'était difficile mais on avait quand même l'eau courante. Je prenais un seau et j'allais au puits et je revenais en courant." Je bénis l'éducation nationale de m'avoir donné mon instituteur de CE1, Monsieur D. Pour son humour évidemment, dont je ne me souviens pas forcément des blagues les plus fines, mais celle-ci m'a beaucoup beaucoup fait rire. Je l'aime aussi parce qu'il m'a donné un stylo-plume de marque Parker qu'on devait remplir d'encre depuis un pot. J'ai toujours beaucoup aimé les stylos-plume parce que, pour moi, ce n'était pas bon marché et surtout, cela signifiait que tu entrais au collège, chez les grands. Que tu étais capable de maîtriser le bestiaud. En primaire c'était stylo-bille.

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Je l'ai toujours !

Monsieur D m'a aussi appris à nager. Parfois, il nous prenait par un bras et une jambe et nous jetait dans le grand bain. On revenait sur le bord et on en demandait encore. Quand on sautait du plongeoir de 1 m, il fallait prendre des poses. C'est la seule année où l'odeur de chlore ne m'a presque pas donné la nausée.

Monsieur D nous a inscrit à la bibliothèque municipale. Nichée dans une aile du château local, elle était pour moi une île aux trésors. Des livres par centaines. Des livres avec des photos couleurs des expéditions du Commandant Cousteau. Des portes d'entrée vers toutes les dimensions.

Monsieur D nous faisait faire des courses de dictionnaire. Un mot, trouver la définition, la lire à haute voix. Lire, écrire, s'amuser, apprendre, aimer ça.

Monsieur D nous a fait aussi fait lire "Le dormeur du Val" de Rimbaud. Et Prévert. Jacques Prévert. Que l'éducation nationale a ensuite oublié de remettre sur mon chemin. Mais le chemin vers Prévert m'avait été ouvert.

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Mon exemplaire de "Paroles"

La vie serait moins belle sans les femmes, les toutes petites fleurs et sans Prévert.

Merci Monsieur D.

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06 avril 2017

PNC aux portes, armement des toboggans, vérification de la porte opposée

Cassandra a 21 ans, elle est espagnole et vient d'être condamnée par un tribunal à 1 an de prison pour avoir tweeté des blagues sur l'amiral Carrero-Blanco, tué dans un attentat de l'ETA en 1973. D'après le tribunal, ses blagounettes étaient humillantes pour les victimes du terrorisme. Avant que des comparaisons (qui ne sont jamais raison) ne se fassent avec les attentats subis ici dans les 2 dernières années ou même avec tous les attentats de l'organisation terroriste basque réalisés après 1975, je veux replacer cet assassinat dans son contexte historique. Et comme je crains que nos programmes d'histoire n'ait pas fait la part belle à ce pays après la découverte de l'Amérique, voici un rafraîchissement historique.

En 1973, l'Espagne vit toujours sous la dictature de Franco et ce depuis 1939 et la fin de la guerre civile déclenchée par lui suite à l'élection légale en 1936 d'un front populaire de gauche. En plus d'avoir massacré toute opposition jusqu'à sa mort en 1975, je rappelle qu'il fut soutenu l'allié de Hitler et Mussolini et arriva au pouvoir grâce à leur aide. Je rappelle aussi que l'église catholique espagnole fut son soutien le plus fidèle.

Qui est l'amiral Luis Carrero Blanco ? Comme son titre l'indique : un militaire qui a rejoint Franco dès le début de l'insurrection en 1936. En résumé : une roulure de première pas quelqu'un avec qui il était conseillé de se fâcher sauf à être passionné de strangulation. En effet, sous Franco, la peine de mort était pratiquée par garrotage. Vous m'en direz des nouvelles. Mais revenons à cette victime du terroriste basque. Le joyeux luron en question était au jour de son décès président du gouvernement de Franco et considéré à l'époque comme le successeur désigné du dictateur, dans la ligne dure du franquisme. Cette expression de "ligne dure du franquisme" m'interroge toujours : une ligne molle du fascisme est-elle possible ? Vous avez jusqu'au 23 avril pour y réfléchir.

Pour les plus jeunes, le monde de 1973 est celui des blocs, de l'Est, de l'Ouest et les non alignés (que les Etats-Unis et l'URSS se démerdent entre elles, pour faire vite). Le 11 septembre 1973, Pinochet est arrivé au pouvoir au Chili grâce à un coup d'état soutenu par les Etats-Unis d'Amérique. Il y a 2 Allemagne, un rideau de fer. Le Portugal, l'Espagne, la Grèce sont des dictatures. La Grande-Bretagne et l'Irlande viennent d'entrer dans ce qui s'appelle encore la CEE. La France pratique toujours la peine de mort mais à la guillotine bien plus "humaine" que le garrot. Oui, on vit alors une époque formidable.

Le 20 décembre 1973, l'amiral revient comme tous les matins de la messe et sa voiture se dirige vers son bureau en suivant le même parcours (rue Claudio Coello). Il faut être sacrément sûr de sa puissance pour agir de la sorte et a posteriori, très bête. Cela fait un an que l'ETA prépare cet attentat. Les terroristes ont creusé un tunnel sous la route afin d'y installer des charges explosives. Beaucoup d'explosifs. Mais vraiment beaucoup, beaucoup. Trop peut-être. Certes, la Dodge du conn président pèse près de 2 tonnes mais quand même ! L'explosion est déclenchée au passage du véhicule ; elle crée un énorme cratère et fait atterrir la voiture, le conducteur et le passager par-dessus un immeuble sur une terrasse d'une annexe de l'église dont revient justement (coïncidence ? je ne crois pas). C'est le premier représentant franquiste de ce niveau trucidé depuis 1939. Sa mort va aussi bouleverser l'après-Franco puisque l'héritier pressenti n'est plus.

Tout est clair ? La différence entre les victimes d'ETA après la dictature et ce gars-là ? Voici maintenant 2 des blagues qui ont entraîné la condamnation de la jeune femme à de la prison. Je mets en gras et je souligne parce que faire de la taule pour une blague, même de mauvais goût, il me semble que dans nos sociétés démocratiques, c'est un peu fort de café (1 sucre, merci). C'est vrai quoi ! Est-ce qu'en France, un citoyen brandissant une pancarte avec une citation du président, au hasard, "Casse-toi pauv'con" serait condamné pour offense à sa majesté ? Oups…

"L'ETA a lancé une politique contre les voitures officielles combinée à un programme spatial."
ou
"Kissinger a offert un terrain sur la lune à Carrero Blanco. ETA lui a payé le voyage".

Il faut aussi savoir qu'elle n'est pas la seule à avoir plaisanté sur ce sujet ou d'autres et que le rendu de la justice espagnole varie selon les juges (quand un pays ne fait pas son travail de mémoire, il reste des trucs qui puent très fort). El.diario.es en est à publier un article sur "Comment faire des blagues sur Carrero Blanco sans finir au tribunal" ! Or, ce qu'il faut savoir des dictatures, c'est la capacité du peuple à rigoler en privé puisque du droit à l'expression publique il est… privé. Dès l'attentat, l'Espagnol blagouillait donc sévère sur le sujet. En ce temps-là, pour saluer le Caudillo, il fallait faire le salut nazi et crier ¡Arriba Franco! soit "En avant Franco" ou "Allez salaud Franco". "Arriba" signifie aussi "en haut", "dessus", "là-haut". La blague fut donc : ¡Arriba Franco, más alto que Carrero Blanco! "En avant haut Franco, plus haut que Carrero Blanco".

Depuis cette condamnation, l'amiral est en TT (trending topic) sur Twitter et le salon de la blague véhiculo-aérienne est ouvert :

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Compagnie aérienne Carrero Blanco, la seule compagnie au monde qui effectue des vols Madrid-Madrid

Une autre ! Une autre ! Oui, public en folie ! J'arrive !
Carrero Blanco hèle un taxi. "Rue Claudio Coello, s'il vous plaît !
- Oui, bien sûr. Je vous dépose à quelle hauteur ?"

On a les époques formidables qu'on mérite je suppose.

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03 avril 2017

La gynécologie à deux vitesses

J'aurais dû me méfier mais il reste en moi un fond de naïveté enfantine ou islamo-gauchiste qui me prépare mal aux événements du quotidien. Avoir un premier rendez-vous avec un·e gynécologue en moins d'une semaine sans demander pardon d'exister ni être marrainée par 4 amies déjà clientes, même à Paris, c'est louche. T'en souviens-tu, mamy ma mie, je te contais l'an passé ma terrible séparation d'avec ma gynéco qui a eu le toupet de prendre sa retraite. Saleté ! Egoïste ! Traître !

Cet automne, j'ai eu la chance de consulter, pour la première et dernière fois car elle partait en retraite (quand ça veut pas, ça veut pas), une dermatologue, conseillée par une amie, qui, devant mon désarroi médical et mon souhait de traiter au napalm une pilosité du maillot pléthorique, m'avait donnée l'adresse de l'Institut V. de fort bonne réputation dans ce domaine. Elle avait ajouté : "il y a toutes sortes de spécialistes. Même des gynécos. Je n'ai pas de retour sur eux mais les rendez-vous sont rapides et vous avez le choix dans les praticiens" (j'ai essayé de placer un choix dans la date, sans succès).

Avec mars est arrivé le temps d'éparpiller façon puzzle toute velléité attentatoire à l'esthétique de mon maillot par mes poils pubiens et d'aplatir mes seins dans une presse hydraulique afin d'en confier ensuite le résultat à un docteur ou une doctoresse es-matrice-et-poitrine. La première manœuvre s'est bien passée bien que le Jedi du laser pileux ait eu un comportement passablement pas aimable voire méprisant mais il fut tellement rapide que je n'eus pas le temps de vérifier que c'était bien le cas. Ensuite c'est ma CB qui a été lasérisée. En 2 factures : une pour l'institut (les loyers sont chers) et l'autre pour le Jedi (Dr Jedi et Mr Aïe). Faut vous dire, monsieur, que chez ces gens-là, on reçoit dans des locaux plaqués or. Contrairement au reste des services, bien plus modestes. Et je n'avais encore rien vu.

Un matin, je me décidai à appeler l'institut pour prendre un rendez-vous gynéco. Au secrétaire médical qui me demandais si je préférais un médecin homme ou femme, je répondis, à moitié sur le ton de la plaisanterie, que mon seul critère était qu'il ou elle ne fut pas homophobe. J'eus pour toute réponse droit à un "oh bah ça". J'aurais dû me méfier, je vous dis ! Bref, rendez-vous fut pris la semaine suivante avec la doctoresse V. Au jour J et à l'heure H, j'arrivai au service cardio / gynéco / poil au dos et plus si aff. Je pris un numéro et m'assis dans la salle d'attente. J'eus le temps d'admirer les murs jaunes. Vous savez ce jaune qu'un mur de couleur crème atteint au bout de quelques années ? Devant moi, une foultitude d'armoires métalliques de la même teinte aux tiroirs alphabétiques.

A l'appel du compteur, je me rendis de ma démarche souple au guichet 3 et tendis ma carte vitale et ma carte de mutuelle à la secrétaire. Derrière elle, deux femmes en blouse blanche discutaient. Elles me regardèrent arriver et continuèrent leur débat. Puis l'une d'elle s'approcha de la secrétaire tandis que je rangeai mes papiers. "Mme Gouinette est arrivée ?" demanda-t-elle sans me regarder. "Oui, elle est là" répondit la jeune femme en me désignant du regard. Bien élevée, elle ne me montra pas du doigt. Je compris que j'avais en face de moi, la gynécologue V. Qui devait avoir l'âge de la mère de ma retraitée. Elle fit le tour de la salle d'attente du regard avant de me regarder. Je levai la main en souriant même si intérieurement, je commençais à regretter d'être venue. Le hasard ne fait pas toujours bien les choses.

Nous entrâmes dans son cab… box du même jaune pisseux que le reste. Elle prit mon nom, mon âge.
"Quarante poueeeeeet
- Depuis quand n'avez-vous plus vos règles ?
- Je les ai toujours (m'aurait-on refilé la spécialiste es-ménopause ?)
- Ah… A quel âge les avez-vous eu pour la première fois
- (j'hésite, c'est con, il faudrait que je le note une bonne fois pour toutes) Heu… 14 ou 15 je crois. Heu (et je continue à compter sur mes doigts dans ma tête)
- Oh ce n'est pas important."
Bah alors pourquoi tu poses la question !?!
"J'ai mon dossier médical, je vous le donne ?
- Non, pas besoin"

"Vous avez eu des enfants ?
- Non
- Vous avez été opérée ?
- … (un léger silence de ma part, non pas que j'hésitais à répondre mais son refus de prendre mon dossier médical me perturbait)
- Appendicite ?
- Non, pas d'opération (je sais ce qu'est une opération. On n'est pas aux pièces !)
- Bien, passez à côté et déshabillez-vous.
Ah ben si, on est aux pièces.
"Ah oui mais en fait, j'ai une mammographie à vous montrer car ma mère a eu un cancer (dont apparemment tu te fous royalement puisque tu n'as pas fait les antécédents familiaux et tu te fous de mon dossier médical)
- Elle est récente ?
- Assez oui
- Parce qu'il faut en faire une tous les deux ans !

J'ouvre une parenthèse fréquence des mammos. Les trois dernières gynécos que j'ai consultées dans les 10 dernières années m'ont donné 3 fréquences : 18 mois, 12 mois et 24 mois. Il n'y a donc pas de règle (même si j'ai toujours les miennes !). Celle que j'apportais datant de la semaine précédente, je ne répondis pas à sa réflexion.
Elle s'emmêla les pinceaux entre la radio et l'écho et il fallut que je lui montre quel compte-rendu elle pouvait garder. Et contrairement à mon ex-gynéco, ne regarda pas à la loupe, les radios faites. Ni me demanda de précision sur le cancer mammaire et néanmoins de ma mère : tumorectomie simple et radiothérapie sans chimio. Et toujours vivante. Je n'ai pas fait médecine, mais c'est important, non ?

"Bien, vous pouvez passer à côté et vous déshabiller !"
Franchement, je n'étais pas pressée aussi en profitai-je pour lui parler de ma sexualité et l'obliger à se rassoir. Cherchant sur son visage la moindre expression… de quelque sorte qu'elle soit. Elle n'en eut aucune comme depuis le début. A croire qu'aucune partie de ma petite personne ne l'intéressait.

Ouvrons une parenthèse destinée aux soignants : de deux choses l'une, soit vous faites un interrogatoire mais alors faites en sorte qu'il soit complet, soit vous laissez parler la personne. Parce que ce que j'ai ressenti en passant enfin à côté pour me déshabiller, ce fut une absence totale de confiance sur sa qualité professionnelle. Sérieux ? Aucune question sur les antécédents de cancer ? Étais-je colère ? Non. Craignais-je le passage sur la table de torture ? Non plus. C'est de toute façon un très mauvais moment à passer. Mais surtout, j'avais sur moi l'arme fatale, ma cape de Super Woman. Et quand j'ôtai ma chemise… Je ne suis pas chiante mais il ne faut pas me chercher. Sinon on me trouve.

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Admire, c'est mon torse

Pendant l'examen de la "machine à faire des enfants" (dixit ma mère), je pensai que vu son âge, je n'avais guère de risques de la revoir un jour. Ce qui m'entraîna à penser que peut-être, elle mourrait sur scène en plein examen, la tête entre les jambes d'une femme. Hu, hu, hu. Ca m'a détendue. Ensuite, elle a palpé mes seins et j'ai encore une fois constaté la différence entre elle et sa fille mon ex. Par exemple, avec l'ancienne (huhu), il y avait le passage rigolade quand elle me tripotait les aisselles pour surveiller d'éventuels ganglions pas clair provoquant une petite séance de châtouilles (ha ha). Avec la vieille, je ne suis pas certaine d'être restée 15 minutes, examen compris. Pour une première consultation, avouons que ce fut un peu court et que son comportement ne m'a pas paru très professionnel. Certes, je n'avais pas besoin d'avancer le prix de la consultation. Certes le rendez-vous avait été rapide. Gynécologie de pauvre ? Je vous raconterai quand je chercherai, dans un an, une autre exploratrice de mon intimité si j'ai eu mieux, aussi rapide et à quel prix.

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31 mars 2017

Rennes, c'est pas Vera Cruz.

A ce propos, qui est cette Vera Cruz ? Lancée sur le tremplin de l'humour sans parachute, je prends tous les risques et je t'emmène dans l'étude comparative avancée d'un titre d'article et de son contenu. Un peu comme cette fameuse crème qui te fait gagner 20 ans dans le slogan de la pub et perdre 100 boules dans ta carte bleue (la fameuse DTC-B).

Le 21ème jour du 3ème mois de la 2017ème année après l'an 0 qu'on a mis là un peu au hasard parce qu'on ne savait pas vraiment mais qu'il fallait bien un point de départ alors voilà, on l'a ce point de départ, faites pas chier... j'ai lu un article de Ouest-France attirée telle une abeille ou une ourse par un pot de miel, un homme politique par un costume sur mesure et néanmoins gratuit ou une mouche par une... joue de femme, attirée donc par le titre. Je sais ! Il faut que je cesse de commencer les articles par le début. Ça m'enduit avec de l'erreur.

Cette œuvre journalistique avait pour intitulé : "Rennes. Onze nouveaux noms de femmes sur les plaques de rues" Keuwah !? 11 femmes mises à l'honneur d'un seul coup d'un seul dans les rues de la capitale bretonne où qu'il y a le parlement mais pas le château des ducs de Bretagne vu qu'il est à Nantes. Cessez les 35 ! 44 vaincra !
Tu vas me dire qu'onze femmes, c'est pas bézef vu le nombre de rues d'Auvergne, avenue des merisiers et autres square du chou-fleur que l'on trouve si facilement dans nos villes et villages. Des noms de régions ou de plantes avant des noms de femmes. Sinon à part ça, notre pays n'est pas sexiste. Nenni ! Scandale ! Complot ! Brest Bref ! Nos villes sont quadrillées par des hommes, des soldats, des dictateurs (oui, Napoléon 1 et 3 n'étaient pas des démocrates !), les différents rois qui ont gouvernés à coup de pelle ce pays, des saints et des saintes et donc, fort logiquement, des plantes et des moules. Mais de femmes point. Ou peu. Alors 11 dans une grande ville ! Youhou ! C'est fête. Passé cet intense moment de joie et de fierté féministe, j'ai commencé à lire.

Alors bon... Quand sur les 11 femmes, 6 vont avoir leur rue dans une ZAC en cours d'aménagement... Ce n'est pas que cela douche l'enthousiasme mais un peu quand même. Fourbe comme je suis, j'ai voulu situer ces rues rendant hommage aux grandes femmes. Et voici le résultat en image. J'ai entouré le centre historique de rouge.

Rennes_femmes

Elles sont un peu loin du centre mais Rennes n'est pas si grand pour ceux qui s'aiment d'un si grand amour... On eut pourtant pu débaptiser des noms de rues de plantes ou de régions et donner aussi des noms de femmes aux rues nouvelles. On pourrait ainsi communiquer sur le parcours de ces femmes qui détrônerait le verger, les oliviers et autre Saint Tromblon de la branche de houx rendu célèbre et fêté comme il se doit pour sa recette du chouchen de survie réalisé à base de beurre et de granit.

Je fatigue.

 

Quelques chiffres gentiments fournis par la ville : les femmes représentent 11,46% du total des rues. On est passé de 32 noms de femmes en 1977 à 128 de nos jours.

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29 mars 2017

Tristesse et baguette croustillante

La nuit est tombée. Désormais, seul le dossier du siège devant moi, la tablette ouverte où reposent en désordre mon téléphone et mon livre se reflètent dans la vitre du TGV. Il faut que j'écrive. Il faut que ça sorte. C'est une petite interrogation, un doute, une vague tristesse à deviner la réponse. Je crois que le petit chat est mort... enfin... je crois que le gros chat qui trônait dans la vitrine du fleuriste n'est plus de ce monde.

grouchat

Ce monde, c'est celui de mes matins de samedi et de dimanche. Il est suffisamment tôt pour que la boutique soit encore fermée. Je vais quérir mon pain frais et il est là. Sur son trône de bois. Tout le monde n'a pas droit à un trône de fer. Il a les yeux fermés. Il ne dort pas. Il doit me deviner car il m'est arrivé de cogner à la vitre pour attirer son attention. Il serre ses paupières plus fort. Il fait son chat en son royaume. Il m'ignore. Il n'a pas besoin de moi. Chaque samedi et dimanche matin, je le regarde. Je n'ai plus d'essayé d'exister à ses yeux. Une fois, il était réveillé et a détourné le regard quand je me suis arrêtée.

Mais depuis quelques semaines, le trône est vide. La couverture a changé. Il n'y a pas le moindre poil roux sur la caisse. Un soir, en rentrant du travail, j'ai même pensé à entrer pour demander des nouvelles du roi. Et puis quoi ? Moi qui n'achète jamais de fleurs, de quel droit irais-je déranger les locataires du roi (personne n'est propriétaire d'un chat. Bien fol qui le croit) ? Et s'il n'est plus, qui suis-je pour appuyer d'une question indiscrète sur la plaie encore vive du deuil ? Quand le roi meurt, le peuple pleure. Et la baguette croustille en silence.

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26 mars 2017

Le kiki de tous les kikis

Et il est où, hein, le kiki ? Oups, pardon, je m'égare, il guette. Après mon passage aux PTT, j'ai pris le métro pour aller travailler. Car, comme l'a dit Fi(ll)on, l'homme aux costumes plaqués or, "Donc vous voulez créer de la dette ?", faut bosser les faignasses ! Assise dans une rame de métro de la ligne 12 qui dessert la station Assemblée Nationale dont je recommande la visite, avec ces zoulis écrans de télé incrustés dans le mur que je ne sais toujours pas à quoi ils servent vraiment car mon but, dans le métro, est d'en sortir rapidement. Pour les SDF peut-être. Mais comme les bancs et autres systèmes de posage de cul sont désormais étudiés pour que personne ne puisse y dormir, je ne sais pas. 

Mais je m'éloigne de mon sujet : les pubs sexistes, qu'apparemment ça gêne pas grand-monde à la RATP contrairement aux affiches d'expositions faisant apparaître des photos d'artistes morts, cigarette au bec. Je dis ça, je dis rien. Quant aux stations ou aux rames entièrement recouvertes par de la pub pour des alcools forts, c'est le silence de la mer. Arrêter de prendre le métro serait bon pour mes jambes, mon cœur et mes nerfs. Donc, j'étais assise dans ma rame. Je levai les yeux vers une affiche publicitaire sur laquelle apparaissait un enfant, à vue de cliché, un garçon, blanc, blond, déguisé en pirate avec une fine moustache dessiné au crayon. Le slogan disait quelque chose comme "ce soir, il y a chasse au trésor". Je continuai ma lecture en désordre de cette affiche, bercée par les soubresauts de la rame. Apparemment le chiard, un certain Maxime, était accompagné d'une certaine Nadia dont la fonction était de le garder.

L'entreprise commanditaire de cette jolie publicité est kikivagarderlesgossespendantqueFabiusvasquatterleConseilConstitutionnel.com. Hey les garçons ! Ne vous laissez pas faire ! Vous aussi, vous avez le droit de garder des enfants pour vous faire de la thune. Même si le site kisoccupedeTONfilspendantquonprépareledivorce.fr affiche ce qui suit en page d'accueil.

kifaichier

Il y a aussi plein de photos de jeunes femmes (exclusivement) avec des enfants (blancs exclusivement). Car il est bien connu que seuls les blancs font garder leur descendance. Les autres humains de la gamme chromatique, non.

Je pense à créer un site sur l'interweb électronique universel : kikadelessenceetunbriquetquejefoutelefeuauxpanneauxpublicitaires.org

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24 mars 2017

Bougez avec la Poste

Ce matin, j'ai envoyé un colis dans un pays de l'Union européenne. Non, rien de septaculaire. Avant de rejoindre mon bureau, je me dirigeai d'un pas vif et néanmoins humide (car pour contrer les nuages, localiser le printemps en mars, c'était comme penser que la ligne Maginot allait arrêter les Allemands. Ils ont fait le tour... les nuages et les Allemands) vers le bureau de poste situé entre mon chez-moi et mon-pas-chez-moi. J'attendis patiemment que les 2 précédents usagers (oui, j'ai tendance à penser que c'est encore un service public) en aient fini pour m'approcher du guichet (que c'est plus un guichet et tant mieux parce qu'on entendait vraiment que dalle dans l'hygiaphone. A ce propos, le taux d'agent.es touché.es par la grippe a-t-il augmenté depuis la suppression de cet équipement ?) et dire sur le ton du vendredi (décontracté voire euphorique) :
"Bonjour madame, je souhaite envoyer ce (gros) livre en Etrangie-sur-UE.
- Bonjour, bien sûr. [Elle regarde la taille du pavé]. Il va falloir du L. [Elle se dirige vers les énormes cartons. Je la hèle]
- Ouh la ! Mais ne pourrait-on point le glisser dans l'une de vos magnifiques enveloppes-bulles que je vois prenant le frais sur le présentoir ?
- Si mais ce sera en Colikicourt.
- Parfait (je suis pas super dans les temps non plus), je prends."

Tandis que je règle le prix de ladite enveloppe, elle ajoute : "vous allez sur la machine pour régler l'affranchissement et récupérer l'étiquette d'envoi à coller. Choisissez 'Colis' et puis 'Monde' et puis le pays". Je hoche la tête tout en repérant à ma droite une machine libre et au moment de me diriger vers elle, la postière me dit : "Attention, celle-ci est nouvelle. Ils ont tout compliqué. Si vous avez un problème, je ne pourrai pas vous aider". Que celui ou celle qui n'a jamais tenté de stranguler la totalité du service informatique de son entreprise ayant réussi à moderniser une application tout en la rendant incompréhensible à ses usagers quotidiens me jette la première pierre, je me suis lâchement dirigée vers une vieille machine que je sais comment qu'elle marche. Lâchement aussi car lors du passage au format "boutique" des bureaux de poste, j'avais râlé dedans de moi sur le thème "ah ok, donc c'est moi qui bosse alors !?". Et puis finalement... bref, faisons comme le temps, passons.

Je pose la brique sous enveloppe sur le pèse-lettre. Je choisis, colis, monde, Etrangie-sur-UE, Colikicourt et enfin j'appuie sur "Destinataire" pour entrer mes coordonnées. J'ai d'abord le choix entre deux cases à cocher : Monsieur ou Madame. J'apprécie la disparition du Mademoiselle mais comme je m'en fous un peu, je vais directement aux champs nom et prénom et lorsque je valide, la machine me signale que je dois obligatoirement choisir un sexe. J'hésite à cocher "Monsieur" en solidarité avec les personnes intersexuées qui, du coup, ne peuvent envoyer de colis (comment ça, j'exagère ?!) et puis aussi pour faire rire la destinataire mais, je me méfie et, encore une fois, lâchement, je m'engage sur l'autoroute du genre qu'il y a deux cases et puis c'est tout, en choisissant "Madame". J'arrive au chapitre "Destinataire" et là, même topo, choix du sexe. Rebelote pour une furieuse envie de mettre "Monsieur" (c'est fou comme le vendredi me donne des envies de blagounettes) puis ma sagesse reprend le dessus (oui, chuis chiante) et je tapote d'un index péremptoire sur "Madame".

Tiens ? La folle coche n'apparaît pas. Je retape sur "Madame" (halte aux violences faites aux femmes !). Aucun résultat. Avant de m'énerver, je décide de remplir les autres champs car il se pourrait que cela réveille, débloque, débugge le sexe de la destinataire quand j'essaierai de valider et que la machine me dira "oui Nan !". Je fréquente les sexes ordinateurs depuis suffisamment longtemps pour les savoir fourbes et l'être devenue tout autant moi-même. Je valide. Il boude. J'écrase mon index sur la case et... re-rien. Merde. J'essaie sur Monsieur. Que dalle. Je me dis que la zone tactile a peut-être connu une légère migration géographique alors je tapote sur toute la zone autour du sexe de Madame ! Que pouic. Ça ne réagit pas. Je n'ai pourtant jamais eu de plaintes ! Aurais-je perdu le doigt la main ? Ai-je le choix dans la date ? Passablement perturbée, j'y fous deux doigts d'un coup sec... sans le moindre résultat. Avant que de fister finir (!) à coup de poing sur l'écran plus très tactile, je repère une autre machine, libre, annule ma demande, récupère Guerre et Paix (oups, spoiler !) et recommence la même procédure. Et là, au final, ça passe pour le sexe. Il suffisait d'en changer. J'introduis ma carte dans la fente, entre mon code et aaah ! la machine éjacule imprime mon ticket CB, l'étiquette pour l'enveloppe et un autre ticket.

Quoi ça donc ? "Preuve de dépôt" lis-je sur le papier thermique tout chaud sorti. Accessoirement il mesure 26,5 cm de long sur 6 de large. Y sont repris les destinataire et expéditrice, le type d'envoi, le poids, le prix et... "attention, n'oubliez pas de faire valider cette preuve de dépôt au guichet ou, dans le cas d'un dépôt à l'automate, de conserver le ticket qui vous sera délivré". Suit un espace blanc intitulé "Emplacement du timbre à date" (oui, y'a le mot date mais y'a pas de contrepèterie). Je plie le rouleau de papyrus et vais poser mon enveloppe sur le guichet où la même postière m'attend et comme je fais déjà demi-tour, elle m'interpelle : "Attendez ! il faut que je vous tamponne le ticket"... Je n'ai pas résisté. J'ai dit : "ah oui ! mettez un coup de tampon ! A l'ancienne !"

Voilà. Pardon.

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