Dialogue presque imaginaire
Maman : «Kof ! Kof ! Kof ! Jé té fais pas la bise. Jé souis prrrise a dit le doctorrr. Mais ça va mieux.
Moi : Allons bon ! T'as eu de la fièvre ?
- Non, mais jé pé plous aller voirrr ton pèrrre. C'est interrrdit. Il y a 10 malades. Tous la grrrippe.
- 10 sur 17 !?!
- Oui mais toi, tou pourrrrras y aller démain. Tou verrrrras à l'entrrrée, tou dois té désinfecter y tou mets oune masque de chirrrourrrgien. Mais tou fais la bise à perrrsonne !
- Je ne leur fais jamais la bise, maman. Y en a qui bavent et y en a même une qui mord.
- Ah oui ! Oooh, elle va pas bien elle.
- Et au fait, pourquoi j'ai le droit d'y aller ? Ils ne sont pas en quarantaine ?
- Non, toi, tou pé y aller. Pas moi. Jé sais pas pourrrquoi.
- À ton âge, la grippe, c'est dangereux. C'est normal.
- Qu'est-ce qu'il a mon âge ? Dis que jé souis vieille !
- Heu… 80 ans, c'est pas de première jeunesse. Et tu tousses encore. Donc tu ne peux pas y aller. Moi, je suis jeune. Apparemment, j'ai le droit d'être malade. Et sinon, ils étaient pas vaccinés contre la grippe ?
- Si. Mais, là, c'est oune autrrre virrrous. À chien et nain.»
Tout est question d'affichage
Ayant prévu d'aller en randonnée ferrée du côté de chez Ouam, je fus fort déçue de découvrir en commandant (Cousteau) mes billets des mois à l'avance que mon Téguévé habituel dont l'heure d'arrivée colle avec l'heure de départ de mon car, avait disparu des radars. Je fus obligée de prendre le précédent car si j,avais pris le suivant, j'aurais fini à pied… les 70 derniers kilomètres. Or, j'ai une vilaine douleur à la cuisse qui m'empêche de dépasser les 69. C'est ballot. Brèfle. Je me préparai psychologiquement à traîner une heure dans la gare, déhors, la gare, déhors.
Le jour dit, dans mon Téguévé arrivant au terminus, le contrôleur annonce les correspondances : «Correspondances pour Ailleurs, 19h45, Pas-loin-mais- quand-même, 19h50, Pas-du-tout-ma-direction, 19h55, Chez-Ouam, 19h35»
Keuwah ?!? Ils m'ont pondu un car quand j'avais quand j'avais le dos tourné ? Le changement, ce serait vraiment maintenant ? Déjà ? Les portes du TSR (train super rapide) s'ouvrent à 19h30. Je bouscule 3 vieilles, balance un enfant sur les rails et… oui ! La télé des correspondances affichent ma mienne de !
Sac à dos à dos, je galope sur le quai, dans les escaliers (pas tomber, pas tomber, pas tomber), remonte dans la ger, pousse des vieilles, décède des chiens et débouche sur la place de la gare. Au loin, un car. Je cours. Très physionnomiste en la matière, je ne reconnais pas mon 52 places. Qu'à cela ne tienne, tant qu'il me rentrer maison, on s'en fout. Cataclop, cataclop. Tout à coup, hiiiiiiiii ! Un doute m'étreint. Au-dessus du pare-brise, la destination affichée est Mais-Rien-À-Voir-Sur-Rien ! Je demande au chauffeur :
«Vous allez Chez Ouam ?
- Ah non.»
D'un regard circulaire, je scanne la zone. Rien. P'is bon, un car, c'est pas comme la Tour Eiffel où si tu jettes un regard circulaire en étant dessous, tu peux la rater. Si tu es sous un car, c'est que tu es au tiers mort ou mécano. Je retourne à la gare déjà vidée de ses retrouvailles émues et de ses «S'tu fous, chuis en double file!». Le panneau annonce toujours fièrement le car de 19h35 (alors, on arrondit à 20, divisé par 4, ça fait 5). Il est 19h40. Je clopine vers l'accueil. Un agent de service public me dit : «c'est une erreur d'affichage. On est désolé.»
Me revoilà déhors. Le soleil entame la dernière partie de son voyage dans le char d'Appolon embrasant le ciel angevin. Les nuages courent poussés par le vent d'ouest. Je m'assois sous l'abribus (ou abricar). Les hirondelles crient dans le ciel. Une ambulance évacue les chiens, les vieilles et les enfants. Et si j'écrivais un post… pour changer.
Finis les régimes à la Ducon !
Ils sont trop dangereux, a dit Mme la Science. Ne manger que de la viande ou des ananas ou ne rien manger serait dangereux pour la santé. Par déduction, lire les magazines féminins dans lesquels ils prospèrent également. Vogue a d'ailleurs décidé de ne plus montrer de mannequins trop jeunes ou trop maigres. Il va même promouvoir «l'image d'un corps sain». Pour l'esprit sain, on appellera BenSixteen.
Moi, j'ai de la chance. Au travail, j'ai accès à une cantine. Chance, car pour le prix d'un sandwich dans le quartier, cela me permet de manger un repas complet. Chance également car nous allons souvent de surprises gustatives en évanouissements orthographiques à la lecture du menu affiché. Certaines innovations dans la technique culinaire (ne pas trop cuire les haricots verts fluo surgelés, par exemple, ce qui leur donne un craquant désormais légendaire) nous permettent de garder la ligne car nous finissons rarement notre assiette.
Souvent, que ce soit dans l'énoncé du plat ou dans sa réalisation, nous frôlons la poésie surréaliste. L'autre jour…
«Ah ! Mais c'est n'importe quoi !!
- Que se passe-t-il ? demandai-je à ma collègue outrée.
- Il y a du «clafoutis alsacien» !
- Heu… mais il y a des cerises en Alsace. Où est le problème ?
- Du clafoutis en plat principal ?»
C'est pas super grave en moyenne, il s'agit juste d'interpréter correctement l'appellation. Ici, comprendre «tourte à la viande». Mais «clafoutis alsacien», c'est plus zouli. Comme la fois où il y avait eu de la «bruscchettta». Ou encore le foie de veau à la tyrolienne. J'avais pas pris la sauce, de crainte d'y trouver une corde et une poulie.
Conjugue avec moi !
J'y étais, tu y étais, il/elle y était, nous y étions, vous y étiez, ils/elles y étaient. Du coup, ça faisait beaucoup de monde soigneusement parqué sur la place de la Bastille à 19h30. Nous avons essayé de contourner les différents barrages pour avoir une vue sur les écrans géants. Finalement, nous avons trouvé un endroit. Loin. Mais pas dans une zone de passage, synonyme de zone d'écrabouillage en cas de mouvement de foule. Évidemment, nous n'y étions pas seules. Lorsque 20 heures ont sonné et que le visage du nouveau président est apparu sur l'écran, j'ai vu : le sac «Hello Kiki» de la fillette sur les épaules de son père, des téléphones au bout de bras tendus pour filmer la foule, des cheveux, des dos, des épaules.
À vous faire regretter le tri du public par la taille de notre déjà-enfin-casse-toi-ancien-président.
Civisme
«Yé souis allée boter dès l'oubertourrre dou bourrreau dé bote. Mais yé crrrois qué y'étais qué la deuxième.
- À 8 heures et demi ?
- Oui ! J'y vais tôt, comme ça, s'il m'arrrribe oune patatou*, au moins, y'aurrrais boté.»
*À l'origine, le mot espagnol est «patatús» et signifie évanouissement, malaise. Ma mère comme bien des immigrés a une forte tendance à hispaniser le français et franciser l'espagnol apportant ainsi sa touche personnelle à cette grande œuvre qu'est l'esfragnol. Des immigrés qui votent. J'vous jure…
Euphémisme
User de l'euphémisme consiste à réduire l'importance, la gravité d'une situation. Souvent manié à grande échelle pour les politiques, «la crise est derrière nous… les paradis fiscaux, c'est fini», on a parfois du mal à voir la différence entre euphémisme, mensonge et foutage de gueule. C'est aussi un outil dialectique récurrent des médecins. J'en ai eu confirmation récemment à mes dépens.
Complémentée pour un problème de thyroïde défaillante depuis des années et sans que cela ait le moindre rapport avec ce qui suit, je traîne depuis des mois un tennis-elbow tenace dû à la pratique quotidienne et professionnelle du mulot électronique. Mettons le clic à l'index ! En désespoir de cause et presque au bout de mes séances de kinésithérapie, j'ai consulté un spécialiste es-vieilles articulations. D'un air sérieux, il m'a proposé un court traitement d'anti-inflammatoires.
«Ah oui, mais non. Ca me fait des trous à l'estomac.
- Je verrais bien 6 jours de corticoïdes.
- Des corticoïdes ??? (mon dieu, suis-je donc à l'agonie ?)
- Avec un complément pour protéger l'estomac.
- Des corticoïdes ??? (avant l'amputation ?)
- Bon, ça risque d'entrer en conflit avec votre traitement thyroïde mais ça serait efficace.
- Quel genre de problème ?
- Fatigue.
- Ah… bon… ok.»
Pour les non-initiés à la tare dont je suis atteinte, voici un petit précis d'hypothyroïdie : dépression chronique et flux d'énergie inférieur ou égal à celui d'une huître au soleil. Avec une tendance à l'extinction des feux sans avertissement : ça va, 10 m plus loin, ça va plus du tout. Jour, nuit. Evidemment ça complique la vie en général, les relations sociales en particulier. Attention, je ne dis pas que toutes les personnes à comportement erratique souffrent d'hypo ou d'hyperthyroïdie. Parfois, ce sont juste des psychopathes ou des cons. Il faut prendre soin de vérifier leur taux de TSH ce qui n'est pas toujours aisé en société, j'en conviens.
Quoiqu'il en soit, la fatigue, ça me connaît. Ce ne sont pas 6 jours de traitement qui vont compromettre des années de complémentations à la lévothyroxine. Pas 6, 4. Au bout de 4 jours, je me suis retrouvée éclatée sur mon rocher au soleil. Ca allait et puis plus… du tout. Fatigue : l'euphémisme est une arme de destruction massive. Heureusement, j'ai agonisé pendant mes congés et retrouvé la forme juste à temps pour aller à mon vrai travail de la vraie vie.
Agacements récents
1. François Hollande déclare qu'à l'Elysée (s'il est élu, pas s'il y passe pendant les journées du patrimoine) il n'y aura «pas autour de (lui) […] des personnes jugées et condamnées». Ah ? Mais des «responsables mais pas coupables» à qui serait déjà promis le Quai d'Orsay ? Et les autres pique-assiettes à col Mao ? Bref, tous ceux qui se nourrissent et s'abreuvent aux frais de la République depuis tellement longtemps qu'ils mourraient d'inanition s'ils n'avaient pas des places réservées dans les conseils d'administration d'entreprise de luxe dans lesquels ils peuvent papoter avec des femmes d'ancien président ?
2. La publicité Cochonou pour le saucisson 1928, à l'ancienne, comme avant quand la vie était mieux. Pourquoi 1928 ? Imagine un peu le merdier que ça a pu être pour trouver la bonne date. 1945 aurait pas été terrible vu que les tickets de rationnement ont disparu en 49. De 39 à 45, on oublie. 1929 : ben, sale date quand même. 1936 : trop à gauche. 1933 : dans la crise et bras trop tendu. Avant 28 ? Trop vieux. Et puis, comment on tuait le cochon ? Quelles étaient les normes d'hygiène, toussa ? Enfin, sachant que Cochonou, la marque, est née en 1977, on peut rigoler sur cette manie de la pub de venir nous titiller la nostalgie pour essayer de nous vendre du sauciflard.
3. France Inter et le mépris : ma radio de moins en moins préférée avait commencé à m'agacer en moquant la chanteuse Whitney Houston après sa mort en diffusant en boucle le matin le refrain de «I will always love you» pour clore un journal ou pour n'importe quoi, le tout ponctué de rires plutôt déplacés. Si t'aimes pas, t'en parles pas. J'aimais pas mais je respecte.
Depuis déjà longtemps mais encore plus pendant la campagne électorale, les petits candidats des petits partis sont traités comme on aimerait que les gros, les vieux, les puissants candidats à casseroles diverses et variées le soient de temps à autre. Encore ce matin, le début de la dernière ligne droite, la totalité des journalistes semblaient attendre avec impatience le 1er tour pour ne surtout plus avoir à recevoir telle anticapitaliste ou tel fan des hommes verts et autres «petits» qui ne représentent qu'eux-mêmes afin que commence enfin le vrai duel. Si notre pays avait un système électoral proportionnel, on se demande ce que deviendraient nos pauvres journalistes. Obligés de se rendre compte qu'il y a une vie après le périph', un truc de fou.
Notre peuple est-il lâche ?
Sommes-nous pourris, gâtés, incapables d'une action de courage qui ne viserait pas notre individualité ?
C'est la question que je me pose, secouée par les cahots du métro qui m'emmène au turbin. Oui, grand question philosophique à une heure bien matinale. Mais la philo, c'est comme Justin B., y a pas d'heure pour en manger. Tout ça, c'est la faute à Aubrac, Raymond Aubrac. Résistant de la 1ère heure à qui est rendu un hommage national aujourd'hui aux Invalides. À l'annonce de son décès, les hommages se suivaient longs comme un jour sans pain. Et puis, bing, pif, paf, aïe ! on avait dit «pas la tête». Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin, au détour d'un article de Libé sur Aubrac, Raymond Aubrac, balance : «Je pense que c'est le moment de rappeler comment se sont comportés l'ensemble des Français […] Les Français ont été des lâches et très peu ont été courageux. Les Aubrac le furent.»
J'ai été projetée tout soudain dans «Le chagrin et la pitié». Au milieu des volutes de fumées des interviewés et des intervieweurs, s'y dessine la France de 1969. Derrière le décor coco-gaulliste d'un pays de résistants apparaît une France bien différente de la légende. Les anciens résistants, les toujours pétainistes, les planqués vivent côte à côte dans un épais silence. Les dénoncés voisins de leurs dénonceurs. Des haines sourdes, acides. De quoi vous dissoudre n'importe quelle fondation.
Qu'est-ce que résister : «Surveiller ce qui se passe, essayer de comprendre ce qui se passe dans la société qui nous entoure. Et quand on a le sentiment qu'on est devant une injustice, réagir à l'injustice et ne pas se contenter de la constater mais essayer de faire quelque chose. Pour moi c'est ça la Résistance, ça couvre des petits gestes et aussi quelques aventures», disait Aubrac, Raymond Aubrac.
Pour écouter des trucs intéressants, la Suisse (pas celle des banques) : http://www.rts.ch/info/monde/3916740-raymond-aubrac-figure-de-la-resistance-en-france-est-decede.html
Quand le bâtiment va, tout va.
Etant donné ce que j'ai vu dans le quartier, je peux en déduire que rien ne va plus. En effet, ILS ont rasé les 3 HLMs à Rom's au coin de la rue. Un HLM à roms (ou sdf, ça dépend) à Paris, ça s'appelle une cabine téléphonique. Une famille y avait élu domicile tout l'hiver. 3 pièces cabines (à carte…) pour loger un couple et leur 3 enfants. En journée, l'endroit déserté par la famille, le petit commerce reprenait ses droits avec l'installation du rasta vendeur d'herbes de sa Provence. Ambiance assurée.
Récemment, la campagne «Paris met les pollueurs à l'amende» avait planté un panneau juste devant le HLM, ce qui faisait un peu bizarre. 35 € de loyer, ça faisait cher.

Tout ça, c'est terminé. Le dealer ira dealer ailleurs ou pas, service au client oblige. Les sans toits le sont toujours mais plus là. Les trois groupes de trois cabines ont disparu, remplacés par des téléphones publics sans cabine autour. Sans doute un pigeon viendra s'y poser et déposer quelques fientes sur le combiné. Gare vil volatile, c'est 35 boules la crotte.
L'exception confirme la règle
Ce week-end, c'est Pâques. Aujourd'hui encore. Certaines boutiques affichaient, samedi, des feuilles A4 sur leur porte indiquant : «Lundi, le magasin sera exceptionnellement fermé.»
Mon biomagasin précisait lui : «Lundi, le magasin sera ouvert.»
Du temps où le temps de travail était de 39 heures hebdomadaires, on ne trouvait rien d'ouvert le lundi (hors gross Paris). On est passé à 35 et certains magasins sont «exceptionnellement» fermés le lundi de Pâques. L'exception qui confirme la règle qu'il n'y a plus de règles ?
PS : J'ai tout mangé mon chocolat dimanche et j'ai failli tout le vomir car il semble que mon système digestif n'était pas en phase avec l'actualité brûlante des lapins, des poulets, des œufs et des tablettes.
Aujourd'hui, donc, c'est Carême ! Exceptionnellement, mon estomac ne recevra pas de nourriture ayant un rapport même lointain avec la fêve de cacao.













