Gouinette parle trop

25 juin 2017

C'est fini ! Ayéééé ! C'est fini !

Nous n'allons plus voter. Enfin pas tout de suite. Mais c'est bien simple, je ne réponds même plus aux mini-sondages des réseaux sociaux du style :
"Tu trouves ce chaton
- cromeugnon
- adoraaable
- à croquer"

J'EN AI RIEN À PÉTER DU GREFFIER ! LÂCHE-MOI LES URNES !!!

Je suis tellement à fleur de peau que je m'attends toujours à voir surgir un chroniqueur prêt à m'expliquer ce que je pense. "Les Français·es veulent ceci… ou cela…". "Les Français·es savent bien qu'on ne peut plus…" Hey ! Le mentaliste à l'écharpe ! Tu me laisses penser toute seule ou bien ?

Il était temps que cette période électorale se termine. C'était violent. De la décomplexion des idées de très à droite à l'accueil du taux d'abstention. Les abstentionnistes en auront pris pour leur grade cette année. C'est la première fois (étude réalisée sur un échantillon composé de moi sur la période de ma vie dont une grosse partie avant les réseaux sociaux) que je vois, lis, entends des propos d'une telle violence sur les abstentionnistes. Certain·es battant le rappel de tou·tes les mort·es, toutes les luttes, tous les sacrifices pour avoir le droit de voter… pour Cambadélis ou d'autres ayant des casseroles au cul ou un usage extrême de la gomina. Joie, bonheur et démocratie.

À ce sujet, je rappelle que l'organisation d'élections et une forte participation ne définissent pas à elles seules une démocratie. Cf la Russie, la Chine, Cuba, etc. Et puis d'abord, si ce n'est pas à la proportionnelle, c'est représentatif de que dalle. "Aaaah mais oui mais y'aura des député·es fachos !" Qu'on n'a d'ailleurs pas eu… oups, attends… "Et ça va être le régime des partis. Y'aura des remaniements tout le temps". Ce qu'on n'a pas eu non plus. Bref ! Pour revenir à l'échantillon de notre étude et de son activité civique des dernières semaines, que constatons-nous ? Au 1er tour, la candidate choisie au milieu des 19, n'a pas atteint l'une des deux premières places. Le "choix" au 2nd tour devait se faire entre un candidat de droite (LREM) et une candidate de droite (LR) [t'as vu ? ça commence par les mêmes lettres]. Vous reprendrez bien un peu de peste pour finir votre choléra ? "Suis-je obligée de choisir ?" demanda l'échantillonne (c'est une femelle). "Parce qu'en vérité, je vous le dis, de choix je n'ai guère." Enfin si : trois. Y aller et voter blanc. Y aller et voter nul. Pas y aller.

Rapport aux sacrifices des luttes mortes passées, j'y suis allée. J'ai apporté mon bulletin fait maison histoire de faire marrer les préposé·es au dépouillement. Mon vote a été compté comme nul (alors qu'il était très bien mon bulletin). Par ce vote, j'ai voulu exprimer mon opinion politique qui n'est ni de droite, ni de droite.

vote

Petit quizz rapide : quel pourcentage ont représenté les votes blancs et nuls ? Ne triche pas, je te vois ! Tu ne sais pas ? Moi non plus. 2,98 % de blancs et 1,27 % de nuls (sur les inscrits). Mais je suis certaine que tu connais LE chiffre, celui qui a cartonné, fait le buzz : l'abstention à 57,36 % des inscrits. Il est à remarquer que l'impact sur le résultat des élections des votes blancs, nuls ou de l'abstention est le même : y'en a pas. Mais personne n'est venu gueuler sur les blanc·hes ou les nul·les. La récompense de l'effort fourni pour se rendre au bureau de vote ? Va comprendre Charles ! En tous cas, tant qu'à uriner dans les ouïes d'un instrument à cordes, la prochaine fois qu'une telle absence de choix se présentera… je crois qu'il faut que je commence à me constituer une collection de bulletins personnels.

Au fait ! Avant que j'oublie ! Toujours rapport aux mortes sacrifiées des luttes trépassées, je rappelle qu'il y en eut pléthore et moult pour construire l'ennemi de Jupiter : le code du travail. Que l'assemblée de nos représentant·es va s'empresser de disperser façon puzzle. Ça va gueuler. Je vais gueuler, faire grève, manifester. Et que va-t-on nous répondre ? "Ce n'est pas la rue qui gouverne !".

Oui, merci, j'avais remarqué. Mais j'irai quand même.

 

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16 juin 2017

La fête du caleçon sur France Inter

C'était jeudi. J'étais à la bourre car j'étais encore dans la salle de bain alors que Bernard Guetta commençait sa chronique géopolitique. J'aurais préféré ne pas. Ne pas être encore à la maison, ne pas écouter cette radio, ne pas être attentive, ne pas me figer en pensant "nan mais… il n'est pas en train de dire ce qu'il dit ?". Sa chronique traitait de l'actualité du Royaume-Uni et s'intitulait "Le royaume des femmes". Un bon début, bien sexiste. Lui viendrait-il à l'idée de parler de la France comme d'une "République des hommes" si le président, le premier-ministre, les présidents des régions PACA, Bretagne et Aquitaine étaient TOUS des hommes ? Bah non, parce que c'est normal ! J'avoue que ça m'a gavé velu, velu. Et j'ai décidé de changer de genre. Le genre de sa chronique. La vraie dans sa version originale est sur le site de la radio.

Voici ce qu'il écrira donc un jour, si, si c'est sûr, ça coule de source (j'ai mis en couleur les mots et les noms que j'ai passé au masculin) :

"William, on sait. On sait qu’il y a soixante-cinq ans que la monarchie britannique est incarnée par un homme [mais c'est dû aux hasards de la génétique et de l'absence de loi salique] mais c’est toute la vie politique du Royaume-Uni qui est aujourd’hui entre les mains d’hommes d’exception.[c'est rare les hommes d'exception. Habituellement, les Britanniques sont dirigé·es par des brèles sans nom]

Il y a, d’abord, Damian Green, le premier ministre conservateur dont rien ne déplacera jamais une mèche de cheveux [car le Britannique aime être bien coiffé], pas plus son échec aux législatives de jeudi dernier, que la violente contestation dont il est depuis l’objet au sein de son parti ou que les tractations qu’ont maintenant ouvertes, contre lui et derrière son dos, les partisans travaillistes et conservateurs d’un compromis avec l’Union européenne.

M. Green, soixante ans, est sur un siège éjectable. Il n’a toujours pas conclu les négociations avec le DUP, le parti unioniste d’Irlande du Nord dont il aurait besoin pour retrouver une majorité parlementaire, mais ce fils de pasteur [papa lui a tout appris], favorable au mariage homosexuel et ancien ministre de l’Intérieur de David Cameron, reste aussi inébranlable et souriant [car le Britannique est bien coiffé et souriant] dans la tempête que s’il remontait un chemin de roses sous des applaudissements enthousiastes [sur une chanson d'Elton John ?].

Qu’on approuve ou non ses choix politiques, cet homme a du cran [contrairement aux brèles dont je parlais plus haut] mais que de dire alors de M. Swinney ? John Swinney, 53 ans, est le chef du Parti national écossais, celui des indépendantistes, et le premier ministre de l’Écosse depuis 2014. C’est sous sa direction que son parti s’était adjugé 56 des 59 circonscriptions écossaises en 2015. C’est également lui qui vient d’en perdre 20 d’un coup jeudi dernier car il avait fait peur en brandissant, contre Damian Green et son Brexit dur, la menace d’un nouveau référendum d’indépendance mais ce brillant juriste fils d’ouvrier, n’en continue pas moins d’incarner l’Écosse, 62% des voix contre le Brexit en 2016 et un permanent balancement entre le Royaume-Uni et la tentation indépendantiste.

Et puis il y a un autre Écossais et un Irlandais.

L’autre Écossais, c’est Dean Lockhart, 39 ans, ancien journaliste à la BBC et chef de file des conservateurs écossais. Visage rond, cheveux courts [on aime toujours savoir à quoi ressemble un politique] et défenseur d’un compromis avec l’Union européenne, M. Lockhart est aussi souriant et jovial qu’attaché à l’unité britannique et à son compagnon irlandais avec lequel il envisage de devenir père [Comment ça la vie sexuelle et familiale d'un homme politique ne t'intéresse pas ? Ah bon ?]. Depuis qu’il a fait gagner, jeudi, douze sièges écossais au Parti conservateur, beaucoup le voient, surtout, en prochain N°1 des conservateurs britanniques.

Et puis il y a enfin l’homme dont tout dépend aujourd’hui, Nigel Dodds, 59 ans, chef de file des unionistes d’Irlande du Nord, protestant rigoureux, hostile à l’avortement, au mariage homosexuel et également à la fermeture de la frontière avec l’Irlande qu’impliquerait une complète rupture avec l’Union européenne. Sans lui, Damian Green n’a pas de majorité mais, avec lui, rien ne sera facile.

Plus encore qu’une île, la Grande-Bretagne est le royaume des hommes mais, depuis le premier William, Georges et David Cameron, c’est plus qu’une tradition."

T'as souvent entendu Guetta parler de la coiffure de Poutine, des enfants à naître du pape François, du "cran exceptionnel" de Sarkozy ? NAN ! Le physique, la coiffure, la famille, c'est juste pour les femmes. Et elles sont forcément une exception qui confirme une règle : c'est vraiment un coup de bol que les Anglais vivent sur une île.

Jeudi, j'étais donc vénère en partant bosser. Ce vendredi, j'ai encore merdé mon réveil. Du coup, rebelote en slip à 8h20 au lieu d'être dans le métro. Comment ? Nan ! Pas en slip dans le métro ! En slip chez moi à l'heure où je suis normalement dans le métro. Bref, le vendredi, c'est culture sur Inter. Et dans culture, y'a ture. Alexis Michalik venait parler de sa pièce à succès : "Edmond". Cette pièce raconte l'histoire de Rostand et de son Cyrano. Patrick Cohen lui demande ce qui est vrai ou faux dans sa reconstitution de la vie de Rostand. Par exemple, sa maîtresse, véritable muse sans qui, peut-être, il n'aurait pas écrit sa pièce ? C'est de la fiction. Dans la vraie vie, c'est sa femme, Rosemonde Gérard, poétesse, qui l'a soutenu et qui a été très importante dans l'écriture de ce chef d’œuvre, plus grand succès théâtral mondial français de tous les temps… ah… mais alors, machin, pourquoi ne pas avoir reconnu dans ta pièce, l'importance de cette femme (et artiste) bien réelle et l'avoir remplacée par une maîtresse fictive ? Hum ? On ne le saura malheureusement jamais car la question ne fut pas posée.

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14 juin 2017

Voici revenu le temps d'aller voter

Je ne vais pas faire ma maline vu que je ne me suis pas foulée plus que ça pour connaître la liste des 19 candidat·es (!!!!) de ma circonscription et leurs programmes respectifs en dehors de la récolte de tracts à la sortie du métro ou au coin de ma rue. Ouiiii je suis une mauvais citoyenne. Mais pire que faire le tri dans 19 candidatures, ma station de métro est située dans la circonscription voisine… Lorsque j'ai ouvert l'enveloppe officielle contenant le matériel de vote, jeudi dernier, j'ai pensé : "mais qui sont ces gens ?" Attention, je ne me plains pas. Ma station de métro a dû choisir entre 26 (???) candidats. Evidemment j'ai dû refaire le tri. Car depuis que nous vivons dans la nouvelle France plus pareille que celle d'il y a un mois, les candidats se sont lâchés non seulement en nombre mais également en flou artistique de l'appartenance politique. Avant, les candidats étaient bien rangés dans des partis. Les alliances étaient validées de manière nationale. Et fallait pas penser à côté de sa case. C'était facile mais ça, c'était avant. Du coup, la candidate que j'avais choisie dans l'autre circonscription et ben, j'avais pas les mêmes alliances dans la mienne. Pour vous la faire courte, je l'ai presque joué à pile ou face. Puis, mon choix fait, j'ai tout viré dans la poubelle papier. Car je suis une bonne citoyenne, je trie tout ce qui passe à proximité. L'un des programmes a glissé à côté. Je l'ai ramassé et…

"Oooh ? Mais ? T'es qui toi ? Je ne t'avais pas vu !" Cette photo de Jean-Marie, cette croix plantée dans un gros cœur tout rouge ? Une candidature Civitas ! Chouette ! Ma première Civitas, de toutes mes circonscriptions, de toute ma vie d'électrice ! Vite ! Lisons son programme ! Je me doutais que mes droits de femme, de lesbienne et de fille d'immigré·es en prendraient un coup. Qu'un retour en arrière était à prévoir. Je ne me doutais pas du siècle vers lequel cela me mènerait. Mais reprenons les propositions les plus "ouah la vache ! Ah ben quand même dis !".

Et c'est parti !

- 2013 : facile, abrogation de la loi "Taubira-démission" avec clause de rétroactivité (vous étiez mariés, vous ne l'êtes plus) ;
- 1975 : abrogation de la loi Veil et interdiction de l'avortement ;
- 1960 : rétablissement des travaux forcés et réouverture des bagnes. C'est les Guyanais qui vont être contents ;
- 1940-1941 : chouette, des lois vichystes ! Rétablissement des corporations professionnelles et interdiction de la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes (un jour, un complot);
- 1905 : abrogation de la loi de séparation des églises et de l'état.

6 paragraphes et hop ! 110 ans de perdus ! Méthode de rajeunissement ultra-rapide. Mais attends, ne pars pas car ce n'est pas fini. Accroche-toi à ton corset, on continue le voyage à travers le temps.

Je te mets tout le texte parce que ça vaut le détour : "votez pour mettre fin à l'immigration de grand remplacement (faudra juste me dire c'est quel visa Schengen, "grand remplacement"). Arrêt de toute immigration d'origine extra-européenne (et là, je vous jure, j'ai lu extra-terrestre, j'en ris encore). Organisation de la rémigration (mot qui n'existe pas, ne le tentez pas au scrabble. Vous allez perdre et vos ami·es vont vous demander d'où vous sortez ce vocabulaire de facho). Remplacement du droit du sol par le droit du sang. Interdiction de la double nationalité."
Ah, le droit du sol. Je l'aime bien celui-là. J'ai consulté Wikipédia (qui dit parfois de la m… mais qui le dit de manière ramassée sans que j'ai à me coltiner 1000 ans de lois républicaines ou d'édits royaux. C'est pratique). Le droit de la nationalité est régi par le code civil depuis 1804, le double droit du sol (un enfant né en France d'un parent étranger né en France) date de 1851. Et bim ! 160 ans en arrière en un paragraphe… ah mais attends, que lis-je ?

"En 1315, le roi de France Louis X le Hutin publie le 3 juillet un édit qui affirme que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc », c'est-à-dire libre. Officiellement, depuis cette date, « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ». Ainsi, les sujets passent de l'autorité du seigneur au roi, ceux qui appartiennent au royaume étant appelés « regnicoles » et les autres « étrangers » ; toutefois, les enfants nés en France de parents étrangers deviennent français dès leur naissance".

On ne peut pas faire confiance aux anciens. Que des islamo-gauchistes !

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07 juin 2017

Et toi ? Tu utilises les émojis sur ton téléphone intelligent ?

Moi oui. Par fainéantise pure : pourquoi faire des phrases quand on peut envoyer un dessin. N'est pas écrivain·e qui veut pour décrire ses pensées / sentiments / liste de course de manière précise. N'est pas Picasso qui veut non plus d'ailleurs, d'où l'intérêt du catalogue fourni avec tout téléphone décent. Sinon, ça peut donner ce qui suit (c'est moi qui l'ai fait !).

IMG_5029Là, par exemple, on peut hésiter entre un sourire timide et une crise d'excéma avec une conjonctivite de l'œil gauche.

C'est d'ailleurs ce qui s'est passé avec la fameuse Joconde. Vinci savait faire des parkings mais pas peindre des sourires. Résultat : une bouche bizarre qui a provoqué pendant des siècles et jusqu'à nos jours des interrogations de scientifiques et de médecins tous plus ou moins psychopathes ou n'ayant rien d'autre à faire.

"Tu trouves pas qu'elle sourit bizarrement ? AVC ? Travesti ? Migraine ? Constipation ?
- … Je ne sais pas. Peut-être était-elle juste gênée de constater que le Leonardo, c'était pas une flèche en dessin et qu'il avait salopé sa bouche. Que du coup, tous les aristos allaient se foutre de sa poire ! Et si on y pense, cette fixette sur ce sourire est un peu flippante, t'avoueras !"

Mais revenons à nos dessins-tout-faits. La machine mémorise les émoticônes les plus fréquemment utilisés dans les derniers jours afin de te faciliter (et restreindre ?) leur utilisation. Fainéantise, mon amour. Tu n'y fais pas attention. Tu ne les regardes pas. Et pourtant, ces petits dessins sournois en disent beaucoup sur toi. Et crois-moi, c'est pas joli, joli. EXEEEEMPLE !

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Je te présente mon état d'esprit des derniers jours… Entourés de rouge, voici ceux qui racontent le rhume que j'ai réussi à me choper alors que les températures parisiennes tapaient le 30°. Mal de crâne, toux, usine à glaire et mauvais sommeil. Le tout vert qui va vomir n'était pas lié au rhume. Je ne me souviens plus. J'ai dû écouter une émission sur les législatives. Non, le cerf, je ne sais pas non plus. Et oui, je dois signaler souvent que je prends des douches…

En vert, mon rapport à l'argent : cramer la carte bleue en culpabilisant à mort. TRAITRE À TA CLASSE SOCIALE ! COMMENT OSES-TU ACHETER UN DIMANCHE ?!? SUPPÔT DU CAPITALIMSE !! Mais c'est un livre féministe ! Ah ? d'accord alors.

Enfin en bleu, mes états d'esprit… de base… Troubles bipolaires ou SPM, j'hésite (en mauve).

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29 mai 2017

Les viaducs

J'ai obéi à mon horoscope. Il me disait de mettre des bulles dans ma vie. Je me suis donc consciencieusement torchée au champagne. MAIS NAAN ! J'DÉCONNE ! J'ai horreur du champagne. Toutefois, comme cet horoscope sous-entendait que si je ne pétillais pas de mon plein gré, l'insu de ce dernier se prendrait des coups de pied quelque part, j'ai cédé. Car je suis profondément, intrinsèquement, entraillement lâche. Je suis allée au théâtre (prononcer "théâââtre", c'est rigolo). En vrai, j'ai vu passer un tweet de Télérama, j'ai lu, ça m'a plu. Et zu !

La pièce s'intitule "L'ombre de Stella". Elle est signée de la moitié Barillet de Barillet & Gredy (Fleur de cactus, Folle Amanda) et se joue au (attation à la prononciation) théâtre du Rond Point à Paris. Une actrice de second plan, dame de compagnie, souffre-douleur, esclave d'une ancienne vedette de cinéma des années de guerre (la deuxième), oubliée pendant l'épuration, revenue sur le devant de la scène grâce au théâtre dans les années 50-60 raconte la vie de la star, agonisant au fond de son lit. C'était drôle et triste. J'ai passé une très bonne soirée.

grandpalaisEn sortant, la douceur de l'air me caressait le visage. Il n'y avait personne à Paris. Les ponts du mois de mai. J'apercevais le Grand Palais entre les arbres.

C'est un homme qui joue le rôle de Mylène Janvier. L'excellent Denis d'Arcangelo, 53 ans. Le personnage, au moment où elle raconte sa vie pour une biographie (payée en francs), doit avoir entre 70 et 80 ans.

De rares véhicules sur les Champs Elysées ne m'ont pas empêchée de voir les derniers feux solaires se couler entre les jambes de l'Arc de Triomphe.

"Mais pourquoi un homme ?" me demandai-je. Il doit bien y avoir des comédiennes de plus de 50 ans pour jouer un personnage de vieille actrice, non ? Avec la même gouaille. Non ?

Je traversai les jardins des Champs Elysées qui jouxtent le (prononciation !) théâtre Marigny. Quelques personnes étaient assises sur les bancs ou sur la pelouse. C'était calme et silencieux.

Parce que bon, quand même, ce serait quand même très différent, joué par une femme. Non ? Dans un passage de la pièce, Mylène raconte quand Stella est entrée dans les joies de la chirurgie esthétique et comment elle lui a proposé un lifting. Mais non, Mylène garderait ses rides. C'est ça le problème ? Il n'y a pas de comédiennes de plus de 50 ans non photoshopées pour de vrai ?

N'empêche que j'aimerais bien voir cette pièce jouée par une femme.

La terre gravillonnée de l'allée crissait à peine sous mes tennis (ah bah oui, je m'habille pour aller au théâtre). Entre chien et loup, deux petites ombres se poursuivaient un peu plus loin. A mon approche, l'une se réfugia dans une haie et l'autre fila sur la pelouse. Tiens ? Des rats.

Paris.

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24 mai 2017

A moi, comte, deux mots !

Afin de ménager la chèvre et le chou tout en faisant montre d'une volonté de fer, j'ai commencé à lutter contre mes démons, mes obsessions, en un mot comme en sang, mes drogues. Plus de Nutella qui fait mal aux orangs-outans (et à l'intérieur de mes artères). Pas plus d'une connexion par semaine à cette saleté de Facebook, qui me prend du temps pour pas grand-chose puisque j'alimente bien mieux mon addiction à l'actualité via des abonnements en bonne et due forme et ma passion des gifs animés grâce aux autres réseaux sociaux. Comme je n'ai pas d'ami·es, ça a été facile. Enfin, j'ai supprimé les applications de jeux sur mon téléphone. Puis retéléchargé. Et dégagé et récupéré et… faut que je fasse quelque chose. Bah oui ! parce que dans le métro, le réseau 4G est aussi rare qu'une place assise, alors pour lire les journaux "aune-laïne", comment je fais ? Et bien je ne fais pas. Alors je joue.

Mais ça, c'était avant. Maintenant je lis. Par exemple, je viens de terminer "Les femmes ou les silences de l'histoire" de Michelle Perrot. Très intéressant. Et avant j'avais lu "Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin" d'Eliane Vienot. Excellent. Des fois, parfois, il est arrivé que certains mots me laissent perplexe. Pour filer la métaphore, j'ai eu l'impression de me transformer en Gallus Gallus Domesticus ayant trouvé un outil tranchant comportant une lame et un manche. Disons-le tout net, les mots syllepse, holisme ou propédeutique ont freiné ma lecture. J'ai un défaut, j'aime comprendre ce que je lis. Si je suis à l'extérieur avec du réseau, clic ! un tour sur un dico en ligne et hop ! Que la lumière soit ! Si je suis dans le métro, sans réseau, hop ! Qui qu'a éteint ? 

Décision fut prise en assemblée générale avec moi-même de procéder à l'achat d'un dictionnaire moins Redford que Robert consultable par tous les temps sur le téléphone qui gère mon intelligence. Clic, clic, clic. Viens mon Roro. J'ouvre l'animal…

roro
Ne venez pas me dire que c'est de ma faute.

Evidemment, je suis allée voir quelle pouvait être la définition d'un jeu selon mon gros dico d'amour. Sachez que ce qui le rend fou de joie, ce sont les anagrammes (avec les lettres d'un mot, tu constitues un autre mot. Exemple, maire donne marié, patrie, partie, Aristote, Connard). J'ai une préférence pour la déclinaison bisexuelle : la bigram. Avec les lettres d'un mot, tu en reconstitues deux. Par exemple : Clarifions donne colin + frais ainsi que lions + farcis ou encore fions + clair. Avec Fillon, on obtient rends + argent. Que demande le peuple ? Apprendre en s'amusant, quelle merveille !…

Comment ? Un alibi ?! Non mais dites donc ! Nenni ! Non pas ! En aucune façon ! Et je le prouve. Dans une bigram de dix lettres dont j'avais déjà trouvé le 1er mot, j'obtins arien en 2nd. Le doute m'habita tout de go. "N'y avait-il pas un y et non point un i ?" Encore un coup de la réforme de l'orthographe me sussuré-je. Sors de ce corps, Burggraf me répondis-je. Roro ! Fais péter la définition.

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Arius ? L'hérésie arienne ? Arienne espace (ok, je sors) ? Je vérifiai aryen.

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Nom de Zeus ! Mais alors, arianisme, quoi-t-est-ce donc ?

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Conbus… Constu… Consubs… QUOI ?!?

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Si j'ai tout bien compris les mots, donc, le tenant de l'arianisme dit que papa et fiston sont différents. Sérieux ? Tout ça pour ça ? Mais… vous servez arien !

 

 

 

ps: poussez pas, j'étais dehors en premier.

 

 

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08 mai 2017

J'en pose une, je retiens rien

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Hier, en rentrant du bureau de vote, j'ai découpé toutes les lettres de tous les bulletins des candidats et tenté de reconstituer l'alphabet en majuscules et en minuscules. Comment ? Ma dépression ? Bouarf… ça va. Nan, vraiment, ça va bien mieux, je vous jure. Pourquoi !?

Dans cette tentative d'écriture de l'alphabet politique, je note rapidement que je vais l'écrire en majuscules, plus complet sauf que j'ai pas de gros Q (j'en ai un petit, c'est déjà ça). Quelles lettres manque-t-il ? K, V, W, X, Y et Z. Tous les noms zarbis avec des lettres à la con, ça va pas être possible. Pas de MICKAËL, donc.
On ne peut pas écrire ZADISTE mais FASCISTE on peut. On peut écrire BOUNA mais pas ZYED. PLATINI mais pas ZIDANE. GOUINE (\o/) mais pas GAY. CORRUPTION mais pas VERDICT. RENDS L'ARGENT, ça passe. On peut aussi écrire "UBER" mais pas "CODE DU TRAVAIL". On ne peut écrire ni À SUIVRE, ni RÉVOLUTION mais DTC, on peut s'y mettre. On peut écrire AMOUR mais pas faire AVEC. POURqUOI ?

Puisque les lettres ne nous aident pas, faisons dire ce qu'on veut aux chiffres.
Inscrits : 47 568 884 citoyen·nes
Votants : 35 467 223 citoyen·nes
Abstentions : 12 101 661 citoyen·nes

Soit les pourcentages suivants (spéciale dédicace à un surfeur de mon cœur : j'ai tout fait les calculs au tableur et arrondi à 2 décimales, c'est dire s'ils peuvent être faux et ne font sans doute pas 100%) : arrive en tête, le marcheur fou avec 43,63% (20 753 704), deuxième l'abstention avec 25,44% (12 101 661), troisième LeP.Haine avec 22,38% (10 643 937), quatrièmes les blancs… sans les jaunes (ça ne fait rire que moi, je sais) avec 6,33% (3 011 362), enfin cinquièmes et derniers (huhuhu), les nuls avec 2,22% (1 058 220).

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04 mai 2017

Vous faisiez quoi pendant la campagne électorale du 2ème tour des présidentielles ?

Mais non, je ne vais pas parler politique dans ce blog. Ai-je jamais abordé des sujets politiques ici ? Droits des femmes, des homos, des minorités diverses et avariées ? Rien de politikici politique ici. Du foot, à la limite, mais guère plus (tu l'aimes ma grosse mauvaise foi ?). Dans l'entre-deux tours (comme disait Ben Laden... je suis déjà dehors), j'ai beaucoup écouté des podcasts France Culture et Inter ou regardé des documentaires en replay voire en catalan. J'ai peu lu la presse. Et je me suis retenue, de justesse, de mettre un coup de hache à ma radio. De justesse car, premièrement, je n'ai pas de hache et deuxièmement, cessons de gaspiller les ressources naturelles de notre planète. J'ai quasiment abandonné Twitter et autres réseaux sociaux où le combat "vote utile - abstention" faisait rage.

Il faut vous dire, monsieur, qu'avec ces gens-là, les Collomb, Valls, Bayrou, Minc, Berger, Borloo, Estrosi (j'arrête la liste des soutiens de Macron sinon mon eczéma va revenir), on peut avoir rapidement la bave aux lèvres et courir acheter une hache à la quincaillerie du coin. Alors j'ai lu Prévert (Choses et autres) en alternance avec "Les femmes ou les silences de l'histoire" de Michelle Perrot. J'ai ri en découvrant que j'avais eu des convictions de gauche dans ma jeunesse et que les mêmes (comme Julio, elles n'ont pas changé) étaient devenues d'extrême-gauche (c'est mon pépé anarchiste qui serait content). Comme si quelqu'un avait déplacé un curseur ou tiré violemment un tapis sous mes pieds.

J'ai aussi relu des passages du "Quai de Ouistreham" de Florence Aubenas, paru en 2010 et encore tellement malheureusement d'actualité (que la maison d'édition l'offre à la liste de crétins ci-dessus ! Où t'as vu, triste sire de Collomb que dire "que la sole du Fouquet's est à 80 € alors que celle de la Rotonde n'est qu'à 48" allait aider ton poulain ? 48 € ! Est-ce que tu sais ce que ça représente pour quelqu'un au SMIC, ce salaire qui plombe l'économie française ?). Après le résultat du 1er tour, ma décision pour le 2ème était évidente même si désagréable et avec un goût amer de déjà-vu. Un merci tout spécial à Jacques "Le Bruit et L'Odeur" Chirac pour la non prise en compte des votes anti-fascistes en 2002. Front républicain, mon cul ! Maaaaiiiiis je me calme, je respire, je fais craquer une vertèbre cervicale et je reprends. Je voterai contre l'extrême-droite en glissant un bulletin de l'autre abruti l'ancien de chez Rotschild heu énarque ouh la ministre… du jeune homme qui en affichant son amour pour une femme plus âgée lutte contre les préjugés sexistes (je fais ce que je peux !). En fait, je n'ai pas à chercher de raison pour voter pour le non-fasciste. Oui, il est de droite et il va continuer une politique de droite et il faisait partie du gouvernement qui a mis en place la loi Travail 1, l'état d'urgence (toujours en cours) et la fameuse déchéance de nationalité. Ferme ta gueule Manuel Valls, ferme ta gueule !

Mais revenons à mes loisirs de cette semaine. Le 1er mai, je suis allée prendre des photos de petites fleurs. Pas les fleurs évidentes comme les roses, les tulipes, les trucs et les bidules (je ne connais pas les marques), mais les toutes petites, les minuscules dont je ne connais pas plus les noms. J'ai découvert avec la loupe de mon appareil-photo (oui, je sais, on dit macro mais en ce moment, certains mots ne passent pas ! Poussez pas mémé !) qu'elles étaient souvent magnifiques. Ensuite, je ne suis pas allée manifester. Je l'ai fait en 2002. C'est bon. J'ai donné et surtout, comme disait Emmanuel Todd, plus une population vieillit, moins elle a de tendances révolutionnaires car devant (ou derrière) la police, il faut pouvoir courir. Alors, (tu noteras la finesse de la transition), j'ai regardé l'émission d'Arrêt sur Image du 28 avril avec Emmanuel Todd (absentionniste) et Olivier Tonneau (mélenchoniste votant Macron). Ce dernier avait écrit un billet de blog que j'avais beaucoup aimé tellement il retranscrivait parfaitement toutes mes colères.

Je me vautrais donc dans mon canapé et commençais à commenter l'émission. En vieillissant, de manière célibataire évidemment, non seulement, tu ne cours plus devant ou derrière la police (ou alors vraiment si elle a un joli sourire), mais tu parles à ta radio ou à ta télé et autres animaux de compagnie. Tu commentes, tu râles, tu gueules. Du lit à la fenêtre et puis du lit au fauteuil, puis du lit au… BREL SORS DE MON BLOG !!!
Chacun présente ses arguments pour le vote En Marche (attention à ne pas déplacer l'isoloir, huhu…) ou pour l'abstention au 2ème tour. Pour Todd, le Front National représente un risque pour la démocratie mais Macron aussi cause que le peuple a un peu tendance à pas voter comme l'oligarchie qu'il représente le souhaiterait. Souviens-toi de ce que notre classe politique a fait du non au référendum sur la constitution européenne. J'écoute silencieusement (non je ne me suis pas endormie). D'après lui, mathématiquement, avec les forces en présence, même avec une forte abstention, ça devrait passer. Mais il est important qu'ils sentent le vent du boulet. Daniel Schneidermann insiste en demandant s'il n'y a pas un risque démocratique plus immédiat avec les fachos qu'avec la nidroitenigauche de Macron ? Todd dit que ce sont des risques différents, ethniques d'un côté et… "bah oui, machin, t'es gentil, mais t'es blanc et t'es un mec !" C'est sorti tout seul. Du fond de mon canapé, où, vautrée, j'attendais le 2ème tour et/ou la mort.

J'aimerais bien aussi, envoyer péter ces "pompiers pyromanes" amateurs de sole à 48 € (ou celui qui ne peut pas mettre de côté avec 25 000 € de revenus mensuels et des costards payés par des amis), faire baisser le taux de participation au minimum pour qu'ils comprennent maaaaais y'a que je suis une femme, lesbienne, mine de rien naturalisée (devant prouver à chaque changement de carte d'identité que je suis bien française). Alors je ne prendrai pas ce risque. Ni pour moi, ni pour ma famille (ma mère à accent ou ma sœur à numéro de sécu en 99), ni pour ma pote arabe (note pour plus tard : se faire aussi des ami•es noir•es).

Et le 8 mai, j'irai prendre des photos des toutes petites fleurs. Parce qu'elles sont jolies. Pour le reste, on verra.

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24 avril 2017

Moi et Monsieur D

"J'étais enfant pendant la guerre. C'était difficile mais on avait quand même l'eau courante. Je prenais un seau et j'allais au puits et je revenais en courant." Je bénis l'éducation nationale de m'avoir donné mon instituteur de CE1, Monsieur D. Pour son humour évidemment, dont je ne me souviens pas forcément des blagues les plus fines, mais celle-ci m'a beaucoup beaucoup fait rire. Je l'aime aussi parce qu'il m'a donné un stylo-plume de marque Parker qu'on devait remplir d'encre depuis un pot. J'ai toujours beaucoup aimé les stylos-plume parce que, pour moi, ce n'était pas bon marché et surtout, cela signifiait que tu entrais au collège, chez les grands. Que tu étais capable de maîtriser le bestiaud. En primaire c'était stylo-bille.

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Je l'ai toujours !

Monsieur D m'a aussi appris à nager. Parfois, il nous prenait par un bras et une jambe et nous jetait dans le grand bain. On revenait sur le bord et on en demandait encore. Quand on sautait du plongeoir de 1 m, il fallait prendre des poses. C'est la seule année où l'odeur de chlore ne m'a presque pas donné la nausée.

Monsieur D nous a inscrit à la bibliothèque municipale. Nichée dans une aile du château local, elle était pour moi une île aux trésors. Des livres par centaines. Des livres avec des photos couleurs des expéditions du Commandant Cousteau. Des portes d'entrée vers toutes les dimensions.

Monsieur D nous faisait faire des courses de dictionnaire. Un mot, trouver la définition, la lire à haute voix. Lire, écrire, s'amuser, apprendre, aimer ça.

Monsieur D nous a fait aussi fait lire "Le dormeur du Val" de Rimbaud. Et Prévert. Jacques Prévert. Que l'éducation nationale a ensuite oublié de remettre sur mon chemin. Mais le chemin vers Prévert m'avait été ouvert.

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Mon exemplaire de "Paroles"

La vie serait moins belle sans les femmes, les toutes petites fleurs et sans Prévert.

Merci Monsieur D.

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06 avril 2017

PNC aux portes, armement des toboggans, vérification de la porte opposée

Cassandra a 21 ans, elle est espagnole et vient d'être condamnée par un tribunal à 1 an de prison pour avoir tweeté des blagues sur l'amiral Carrero-Blanco, tué dans un attentat de l'ETA en 1973. D'après le tribunal, ses blagounettes étaient humillantes pour les victimes du terrorisme. Avant que des comparaisons (qui ne sont jamais raison) ne se fassent avec les attentats subis ici dans les 2 dernières années ou même avec tous les attentats de l'organisation terroriste basque réalisés après 1975, je veux replacer cet assassinat dans son contexte historique. Et comme je crains que nos programmes d'histoire n'ait pas fait la part belle à ce pays après la découverte de l'Amérique, voici un rafraîchissement historique.

En 1973, l'Espagne vit toujours sous la dictature de Franco et ce depuis 1939 et la fin de la guerre civile déclenchée par lui suite à l'élection légale en 1936 d'un front populaire de gauche. En plus d'avoir massacré toute opposition jusqu'à sa mort en 1975, je rappelle qu'il fut soutenu l'allié de Hitler et Mussolini et arriva au pouvoir grâce à leur aide. Je rappelle aussi que l'église catholique espagnole fut son soutien le plus fidèle.

Qui est l'amiral Luis Carrero Blanco ? Comme son titre l'indique : un militaire qui a rejoint Franco dès le début de l'insurrection en 1936. En résumé : une roulure de première pas quelqu'un avec qui il était conseillé de se fâcher sauf à être passionné de strangulation. En effet, sous Franco, la peine de mort était pratiquée par garrotage. Vous m'en direz des nouvelles. Mais revenons à cette victime du terroriste basque. Le joyeux luron en question était au jour de son décès président du gouvernement de Franco et considéré à l'époque comme le successeur désigné du dictateur, dans la ligne dure du franquisme. Cette expression de "ligne dure du franquisme" m'interroge toujours : une ligne molle du fascisme est-elle possible ? Vous avez jusqu'au 23 avril pour y réfléchir.

Pour les plus jeunes, le monde de 1973 est celui des blocs, de l'Est, de l'Ouest et les non alignés (que les Etats-Unis et l'URSS se démerdent entre elles, pour faire vite). Le 11 septembre 1973, Pinochet est arrivé au pouvoir au Chili grâce à un coup d'état soutenu par les Etats-Unis d'Amérique. Il y a 2 Allemagne, un rideau de fer. Le Portugal, l'Espagne, la Grèce sont des dictatures. La Grande-Bretagne et l'Irlande viennent d'entrer dans ce qui s'appelle encore la CEE. La France pratique toujours la peine de mort mais à la guillotine bien plus "humaine" que le garrot. Oui, on vit alors une époque formidable.

Le 20 décembre 1973, l'amiral revient comme tous les matins de la messe et sa voiture se dirige vers son bureau en suivant le même parcours (rue Claudio Coello). Il faut être sacrément sûr de sa puissance pour agir de la sorte et a posteriori, très bête. Cela fait un an que l'ETA prépare cet attentat. Les terroristes ont creusé un tunnel sous la route afin d'y installer des charges explosives. Beaucoup d'explosifs. Mais vraiment beaucoup, beaucoup. Trop peut-être. Certes, la Dodge du conn président pèse près de 2 tonnes mais quand même ! L'explosion est déclenchée au passage du véhicule ; elle crée un énorme cratère et fait atterrir la voiture, le conducteur et le passager par-dessus un immeuble sur une terrasse d'une annexe de l'église dont revient justement (coïncidence ? je ne crois pas). C'est le premier représentant franquiste de ce niveau trucidé depuis 1939. Sa mort va aussi bouleverser l'après-Franco puisque l'héritier pressenti n'est plus.

Tout est clair ? La différence entre les victimes d'ETA après la dictature et ce gars-là ? Voici maintenant 2 des blagues qui ont entraîné la condamnation de la jeune femme à de la prison. Je mets en gras et je souligne parce que faire de la taule pour une blague, même de mauvais goût, il me semble que dans nos sociétés démocratiques, c'est un peu fort de café (1 sucre, merci). C'est vrai quoi ! Est-ce qu'en France, un citoyen brandissant une pancarte avec une citation du président, au hasard, "Casse-toi pauv'con" serait condamné pour offense à sa majesté ? Oups…

"L'ETA a lancé une politique contre les voitures officielles combinée à un programme spatial."
ou
"Kissinger a offert un terrain sur la lune à Carrero Blanco. ETA lui a payé le voyage".

Il faut aussi savoir qu'elle n'est pas la seule à avoir plaisanté sur ce sujet ou d'autres et que le rendu de la justice espagnole varie selon les juges (quand un pays ne fait pas son travail de mémoire, il reste des trucs qui puent très fort). El.diario.es en est à publier un article sur "Comment faire des blagues sur Carrero Blanco sans finir au tribunal" ! Or, ce qu'il faut savoir des dictatures, c'est la capacité du peuple à rigoler en privé puisque du droit à l'expression publique il est… privé. Dès l'attentat, l'Espagnol blagouillait donc sévère sur le sujet. En ce temps-là, pour saluer le Caudillo, il fallait faire le salut nazi et crier ¡Arriba Franco! soit "En avant Franco" ou "Allez salaud Franco". "Arriba" signifie aussi "en haut", "dessus", "là-haut". La blague fut donc : ¡Arriba Franco, más alto que Carrero Blanco! "En avant haut Franco, plus haut que Carrero Blanco".

Depuis cette condamnation, l'amiral est en TT (trending topic) sur Twitter et le salon de la blague véhiculo-aérienne est ouvert :

aerolineas-carreroblanco

Compagnie aérienne Carrero Blanco, la seule compagnie au monde qui effectue des vols Madrid-Madrid

Une autre ! Une autre ! Oui, public en folie ! J'arrive !
Carrero Blanco hèle un taxi. "Rue Claudio Coello, s'il vous plaît !
- Oui, bien sûr. Je vous dépose à quelle hauteur ?"

On a les époques formidables qu'on mérite je suppose.

Posté par Gouinette à 20:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]