Gouinette parle trop

04 novembre 2018

Aujourd'hui 4 novembre 2018

Nous sommes le 4 novembre 2018. Aujourd'hui, la Nouvelle-Calédonie a voté, lors d'un référendum, contre un élargissement de son autonomie, prélude à une indépendance à moyen terme.

Il reste 7 jours avant que la France, l'Europe, que dis-je le moooonde, ne commémore le centième anniversaire de la fin de la boucherie Grande Guerre (la 1ère).

En ce 4 novembre s'achève la 30ème édition du festival du film lesbien et féministe de Paris, Cineffable. Merci à toute l'équipe !

Je suis actuellement à la page 160 du livre de Jeannette Winterson, "Les oranges ne sont pas les seuls fruits", édition Points.

Que pourrais-je vous dire d'autre en ce 4 novembre ? Vous donner des résultats de football masculin, de rugby masculin. Je pourrais aussi vous dire qu'en Espagne, à ce jour et depuis le début de l'année 2018, 43 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Par contre, en ce 4 novembre 2018, en ce 308ème jour de 2018, je ne peux toujours pas vous dire combien de femmes sont mortes en France, tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en… 2017.

Capture d’écran 2018-11-04 à 16

https://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/

La Grande Cause Nationale ne vaut pas un rapport de police.

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09 octobre 2018

Silence, ça pousse

Des nouvelles de mes poils

Quoi de neuf depuis début août me demanderez-vous ? Début août, période pendant laquelle j'ai renoncé à toute intervention tranchante, brûlante ou déracinante sur mes toisons ?

J'ai cru jusqu'à il y a peu que mes fourrures n'arrêteraient jamais de se développer et qu'il me faudrait envisager la pratique de la tresse. Ce n'est pas le cas. Un poil, même le plus résistant, a un cycle de vie. Il naît, il pousse, il tombe. L'espérance de vie des miens semble être de 2 mois. Récemment, j'ai eu l'impression d'avoir viré ma cuti et de vivre avec un homme, étant donné le nombre de poils visibles sur les différentes surfaces de ma salle de bains. Plus ils sont longs, plus ils sont visibles car je ne suis toujours pas blonde.

La longueur inhabituelle de mon système pileux au niveau du mollet m'a apporté une nouvelle sensation physique. Habituée au souffle atlantique dans mes cheveux, j'ai découvert les turbulences aériennes dans mes poils. C'était l'été, il faisait chaud, j'allais court vêtue. Le vent se frayait un chemin dans mes roseaux (bah oui, oh ! c'est pas du chêne non plus !) les faisant caresser ma peau dans un léger chatouillis, bien agréable.

Autre constatation et joie non négligeable : personne (famille, ami·es, collègues) ne m'a reniée ou n'a tenté de me tondre par surprise invoquant un rapprochement culturel indu avec une membre de l'ancienne puissance invitée. Les traditions se perdent dans ce pays. Pas de jets de pierre dans la rue. Pas de hordes hurlantes à mes trousses. À croire que tout le monde s'en fout. Je sens que, telle une Icare sans plume, je m'approche de la vérité.

L'été s'en est allé. Mes vêtements recouvrent de nouveau… ben juste mes jambes. Je ne me suis pas promenée à poil tout l'été non plus, oh ! Il n'y a plus qu'à la piscine que j'expose mon intim… bah nan juste mes jambes, quoi ! En plus, la piscine, je m'en cogne un peu car finalement, la leçon personnelle que je tire de cette grève de la moisson, c'est que mon regard est bien plus inquisiteur que celui des autres. Mais comme à la piscine, je n'ai pas mes lunettes et suis donc complètement dans le flou pendant 2 heures, ben, m'en fous.

Je reviendrai vers vous plus tard dans la saison froide (si elle arrive) pour vous raconter l'effet du port du kilt avec de grandes chaussettes sur la vie de mes poils.

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01 octobre 2018

Matriochka de Pandore

Pour faciliter la compréhension du texte qui va suivre, je vous propose une rapide explication de titre. Subtile trouvaille littéraire, mélange finaud de ces poupées russes qui se contiennent l'une l'autre, de la plus petite à la plus grande et de notre bien-aimée Pandore, cousine germaine et patriarcale d'Eve.

Résumés des épisodes précédents : Eve, en mangeant une pomme, enfreignit la règle de Dieu le Père tout puissant "c'est moi qui amène la bouffe". Ce dernier plongea alors l'humanité tout entière (bon, iels étaient 2 mais quand même) dans les affres du capitalisme néo-libéral. On notera le caractère un poil ronchon voire carrément psychopathique dudit Père. Sérieux, mec, une pomme ! On notera également qu'Adam (frère et concubin d'Eve) resta planqué à attendre la nourriture, qu'elle vienne du Père ou de sa femme (on voit le genre). Puis il désigna Eve et toutes les femmes à venir comme les éternelles coupables de son malheur.

Pandore est la première femme mais chez les Grecs. Elle a été créée par Zeus et sa famille pour se venger de Prométhée qui avait volé le feu aux Dieux de l'Olympe pour l'offrir aux humains. On notera qu'ici aussi les dieux ont un foutu caractère de merde et ne sont pas prêteurs. En lieu et place d'Adam, la truffe Epiméthée, frère de Pro, voleur de feu condamné à se faire dévorer le foie pour les siècles des siècles, amen. Pro, le frère d'Epi, en pleine crise de foie, avait prévenu son frère de ne JAMAIS accepter de cadeaux de Zeus. Evidemment, faible comme #AllMen, quand Zeus lui amena Pandore (femme objet déjà), Epi dit oui. Zeus ajouta une boîte (c'est gratuit, cadeau de la maison) sur laquelle une étiquette indiquait : "NE PAS OUVRIR". C'est depuis ce temps que la sagesse populaire dit "quand c'est gratuit, c'est toi le produit".

A l'intérieur de cette boîte : TOUS LES MAUX DE LA TERRE. Pandore, poussée par la curiosité qui lui avait été donnée par l'un des Dieux, l'ouvrit. EVIDEMMENT ! Il faut bien que ce soit la faute de quelqu'un Trump et le CAC40, en l'occurence de quelqu'une. L'homme, avec un tout petit h, décida alors que tant de preuves scientifiques suffisaient à valider sa décision de se méfier des femmes et de tout faire pour les priver de liberté, de droits, de clitoris voire de vie. Sans se poser une seule fois la question de savoir si les punitions divines n'étaient pas un peu cher payé pour, je le rappelle, une pomme et un briquet. Pour taper sa femme, il y a du monde mais pour faire face au patron, y'a plus personne.

Ceci posé, j'en viens au sujet brûlant de cet article : je suis Pandore et je travaille dans un service qui a inventé le concept de la boîte pleine de calamités. Parfois cette boîte est un carton d'archives, une armoire ou un logiciel de gestion de parc. Ou les trois à la fois.

Avant l'été, j'avais ouvert une armoire, découvert des matériels réformés promis à la destruction et vérifié que mes prédécesseurs n'avaient jamais songé à l'indiquer sur le logiciel. Oublis corrigés, au suivant !
Pendant l'été, sur ledit logiciel, je découvris que d'autres matériels du même type, étaient toujours indiqués comme existants dans moults services. Je partis illico presto en vacances.
A mon retour, je retroussais mes manches virtuelles, listais les matériels par service, prête à aller les traquer jusque dans les chiottes. Première ligne du tableau, 1 matériel appartenant à 1 service... disparu il y a 4 ans. Ah. Ah. Ah. Trois clics plus tard, une vingtaine d'autres éléments divers et avariés s'affichent sur mon écran pour ce service trépassé. AAAAAH !

Dans mon travail, quand tu ouvres la plus petite des Matriochkas de Pandore, tu trouves... la plus grande... le chat de Schrödinger, la pomme d'Adam et le fil d'Ariane. Surtout, surtout, surtout, ne tire jamais dessus, l'autre bout est attaché au pied du Minotaure.

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26 septembre 2018

La vérité est tailleur

Profitant d'une promotion spéciale… mois de septembre (?), ma sainte mère désira se rendre à la parfumerie afin de faire l'achat de son parfum de toute la vie. Nous sortimes le carosse la Twingo et après un bon kilomètre de trajet, nous garâmes le véhicule sur une place "15 minutes avec le disque que tu sais jamais où il est, bordel !".

Nous entrâmes dans la boutique à la porte grande ouverte. Je vais faire pareil avec une parenthèse. Les parfumeries représentent pour moi l'enfer sur terre, et avec elles, toute boutique qui vend des choses parfumées. Elles ont un effet aussi radical que systématique : me coller la nausée et un mal de crâne (je ne sais pas où traînait Sartre pour avoir les mains sales, mais bon. Je referme la parenthèse; il faudrait voir à ne pas prendre froid.

Nous entrâmes donc dans la parfumerie et malgré une fréquentation plus importante que la moyenne, une vendeuse se présenta rapidement à nous. Tant mieux, je ne suis pas championne du monde d'apnée. Ma divine mère désigna le produit désiré. La dame le glissa dans un sac papier "avec un échantillon de crème de jour pour vous madame". Mon exploitrice de mère me tendit le chéquier afin que j'en déchire un spécimen et que je le tende à la dame qui continuait à remplir d'échantillons le sac. "Et cet échantillon de parfum, c'est pour vous madame" dit-elle en me regardant. Je n'y fis pas attention car je me concentrais sur mon mantra du moment : ne pas vomir, ne pas vomir.

Nous sortîmes dans la rue. J'inspirai à grandes bouffées l'oxygène purifié de la pestilence commerciale. Nous reprîmes le cours interrompu d'un samedi après-midi sur la terre. Rentrées à la maison, je vaquais à mes occupations et ma génitrice aux siennes. Dont l'une consista à vider le petit sac papier de la parfumerie et à poser l'échantillon de parfum qui m'était destiné sur mon bureau. Je n'y repensai que le lendemain. Je le pris afin de voir quel puanteur parfum j'avais inspiré à la dame.

Alien2

C'est un message Madame ?

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09 septembre 2018

Cet été…

J'ai quitté Facebook. Pour l'instant, ça va. J'ai encore des ami·es. Je crois. Peut-être que non. Je vous en reparle dans un an.

Je regarde pousser mes poils de mollets. Je ne les tonds même plus. Je profite de cette fin d'été caniculaire pour me promener jambes nues et néanmoins velues. Et j'attends. J'attends qu'ils s'arrêtent. Car ils vont s'arrêter. N'est-ce pas ? Ce ne sont pas des cheveux ! Hein ? Dites ?

J'ai lu deux Vargas, deux livres en catalan. J'ai repris "Les luttes et les rêves" que j'avais abandonnées à la fin de la première guerre mondiale. J'ai commencé "Masculin/Féminin II - Dissoudre la hiérarchie" de Françoise Héritier. Je fais des stocks d'acide. En cas de besoin.

J'ai bu un verre de Saumur Champigny de 2011 et de 14,5°. Très bon. J'ai été ivre. J'ai beaucoup ri. Je crois qu'aucune vidéo n'a été tournée. Je m'en réjouis.

J'ai acheté une anthologie de poésie d'une autrice catalane, Maria-Mercè Marçal, en VO. J'avais bien aimé un de ses poèmes. J'exagère parfois. Je me suis dotée d'espadrilles de la même origine ethnique afin de balancer des coups de pieds dans les Valls… euses.

J'ai désherbé à la main l'allée de graviers chez ma mère. Elle voulait la napalmiser, la monsantiser. J'ai dit non : ça file des cancers. Tu en as déjà plein. Cesse. Et j'ai désherbé. Parce que ce n'est pas à elle d'assumer mes positions écologiques. Constat : la terre est basse et la nature coriace. J'avais l'impression d'entendre l'herbe repousser dans mon dos. Il poussera encore du chien-dent sur nos centrales quand nous ne serons plus que poussière.

J'ai appris à jouer au jeu du cochon. J'ai ri. J'ai bu du Cacaolat. C'était bon. C'est comme la madeleine de monsieur Proust mais à moi. Le Cacaolat de Gouinette.

J'ai présenté mes excuses à ma famille de loutres Pyrénées pour l'installation de Valls en Catalogne. J'ai rappelé qu'il y était né et que tout n'était pas de notre faute. J'ai bu un excellent Moscatel du coin dans un excellent restaurant de la région. Mais comme il est livré en tonneau, je n'en ai pas rapporté. J'ai gardé l'adresse du restaurant.

J'ai repris le travail avec deux nouveaux qui ont l'air sympathiques, travailleurs et sains d'esprit. Ce n'est pas si courant dans l'administration. Je m'en réjouis donc. J'ai changé de cours de baston et j'ai déjà des courbatures. Mais je ne me suis rien cassé. J'ai visité tout Dalí. J'ai aimé. Sa femme, Gala, trouvait les radiateurs laids. Pratiques mais laids. Elle les cachait derrière des paravents d'osier. Elle a commandé à son Salvador de peindre un camouflage. Sur un paravent de bois, il a peint… un radiateur. J'ai ri.

J'ai passé d'excellentes vacances.

Enfin.

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02 août 2018

Conseils amicaux

Profitant d'une conversation de groupe sur une application de messagerie violette, je demandai conseil à mes ami·es pour l'achat d'un casque audio filaire pour téléphone portable. Avec fil, parce que je ne désire pas mettre ma tête dans un microonde en marche pour écouter un podcast. Et un casque parce que les oreillettes m'insupportent au bout d'un très court laps de temps. Trois me répondirent dont un geek. On reconnaît ce dernier à sa réponse : "air pods". C'est-à-dire, pour les non-Pomme-parlants, qu'à "casque avec fil", il répond "oreillettes sans fil".

Le geek est une espèce à la vie passionnante. À la fois source d'informations techniques fort appréciables en cas de panne d'ordinateur, et une source d'étonnements sans fin. Il faut absolument éviter de lui poser des questions simples. Type : casque filaire. Autre exemple, autre spécimen, même humour involontaire : celui qui n'achète pas ses billets SNCF sur le site de la SNCF pour ne pas laisser ses informations personnelles.

"Mais t'as payé comment sur l'autre site ?
- Avec ma carte…"

Une amie m'a dit ce jour-là que les techniciens connaissaient leur métier, certes, mais qu'avec eux, les trucs les plus simples prenaient des plombes. Pourquoi cliquer sur "mettre à jour l'application" quand on peut le faire en code ?… Parce que c'est plus facile ?

Mais revenons à mes oreilles. Je lui fis remarquer que sa réponse ne correspondait pas vraiment à la question posée. Il me répondit de consulter les tests de la FNUCK. Oui, non… alors… en fait, si j'avais voulu des détails techniques, c'est ce que j'aurais fait : m'adresser à des pros du pot. Toutefois, ma volonté première était juste d'avoir un avis d'utilisateurs et d'utilisatrices connu·es de moi et en qui j'ai pleinement confiance. Comme qui dirait : un retour d'expérience, pour utiliser un terme un peu plus professionnel. Je reconnais que j'aurais dû affiner ma question et ce, afin de ne lui laisser aucun choix. Avez-vous ou avez-vous eu récemment un casque audio filaire ? Lequel et qu'en pensez-vous à l'usage ? Ou un QCM ? Bref.

Les deux autres ont d'ailleurs parfaitement cerné ma demande. Ils ont voulu connaître la gamme de prix, m'ont donné deux ou trois marques, ont conté leurs mauvaises expériences. Nickel, merci les gars et merci le geek, j'en ris encore.

Cependant, et tandis que je m'achetai un casque d'une autre marque non citée (oui, j'aime bien demander des conseils et ne pas les suivre. Il est très confortable, c'est cool), je me rendis compte que dans ce groupe comptant une quinzaine de personnes et paritaire à une unité près, aucune femme n'avait répondu. Or, d'après de savants calculs prenant en compte l'heure de l'échange, les vacances, l'intérêt de la question et en leur appliquant le théorème fameux du "à la louche", 1 femme aurait dû répondre à la place du geek. Sachant que toutes possèdent un téléphone portable et un appareillage d'écoute à distance filaire ou non.

Et ben rien, que dalle, nada. Encore une mission pour Super-Féminaziniste ! Mener une étude en sous-marin pour savoir qui répond à quoi.

La lutte continue mes sœurs !

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14 juillet 2018

Des nouvelles de mes poils

Mon épilateur-tondeuse a rendu son bloc mécanique à dieu. Cette panne est arrivée à point nommé. C'est comme s'il avait deviné que j'avais changé mon fusil d'épaule. Mon fusille des poils.
Comme beaucoup de femmes (oui, même des féministo-lesbico-gauchisses dans mon genre), j'ai commencé à agresser mon corps il y a longtemps. Je revois la scène : cour du collège, nous sommes 3 filles à attendre l'heure d'entrer en classe lorsque l'une d'elle s'exclame "J'ai oublié de me raser pour le sport !". Je découvre par hasard que les poils, c'est mal. Elle en a d'ailleurs bien moins que moi. La saison de la chasse s'ouvre.

J'avoue ne pas avoir été très virulente pour une brune. J'ai principalement usé du rasoir malgré ma légendaire maladresse et de la crème dépilatoire. J'ai testé une fois l'épilation à la cire en salon. C'est douloureux. Pour donner une idée de la douleur à certains garçons de ma connaissance, c'est comme enlever d'un coup sec un bout de sparadrap géant au niveau de l'aine. Mon côté masculin a râlé, je n'ai pas recommencé.

Il y a deux ans, devant quelques poils furieusement réincarnés, zombies du follicule, j'ai pensé solution fatale, sabre laser pour mon Dark maillot qu'on dirait mon père. Je me suis rendue dans une clinique aux murs défraîchis mais au service dermatologie-esthétique rutilant. Le médecin qui m'a reçue était jeune, apprêté, bien coiffé… maquillé ? Botoxé ? La première séance fut… douloureuse, what else. Lorsque je demandais des pauses, il avait l'air agacé. La cire (le sparadrap géant) arrache d'un coup. Le laser brûle le bulbe du poil. Petite zone par petite zone. Même douleur mais plus longtemps. Joie !

A la fin, il est retourné dans son bureau tandis que je me rhabillais. Je l'y rejoignis. Son bureau est design, son pc portable, pomme dernier cri, sa montre qu'il a remise à son poignet, de luxe. Il m'expédie en dix secondes vers la caisse en me conseillant le froid et la Biafine. Pour le froid, j'avais été bien servie pourtant. La deuxième séance fut aussi douloureuse physiquement et désagréable humainement. Je décidai donc de m'arrêter là. La saison de la chasse est terminée.

Armistice unilatéral. Poussez mes chéris ! On va se poiler ! Mes aisselles, mon pubis, mes mollets, soyez fièr·es, soyez flou·es ! Depuis, je ne rase plus à nu. Finie la souffrance, adieu la tête épilatoire de l'outil, bonjour la douce tondeuse. Je tonds, je rabats mes pelouses intimes. Mais attention ! Pour virer hippie de ses toisons, le choix de date (alerte contrepèterie) de début est important. Car il faudra bien tout un automne et tout un hiver pour se réhabituer à leur présence. Mais surtout à leur vue. Il n'est pire œil inquisiteur que le sien propre. Voire les deux. Toute proclamatrice de mes droits inaliénables et chasseuse de sexisme sois-je (coucou Mylène), le poison s'est insinué depuis la cour du collège, il n'est pas facile de l'évacuer.

L'hiver, tout est recouvert. C'est le bon moment pour traiter les zones à reforester aux sabots. Pas ceux d'Hélène, non, les sabots de la tondeuse. Pour passer du "nu" au "ras" puis à "quelques millimètres" jusqu'à "ooooh ! c'est agréable cette sensation de ne plus coller au niveau des aisselles car leur pelage refait son office de gestion de la transpiration". Sauf que… sur la version féminine d'une tondeuse, il y a peu de sabots. La mienne n'en avait qu'un. Mono-sabot. Licorne monopode, on ne va pas aller loin comme ça. Mais alléluïa ! la tondeuse est morte. J'ai sortie la carte bleue. Et je me suis dirigée vers le rayon homme. Car ces messieurs, chez qui le poil, n'a rien de mal mais tout du mâle (désolée), ont droit à des équipements magnifiques, solides, pratiques, qui vont sous l'eau et moins chers. Et pas roses, ce qui, personnellement, me rend folle de joie.

deuxmainsgauches

Oui, j'ai deux mains gauches.

A gauche, la version tondeuse femme vue par un ingénieur persuadé que nos mains sont plus grosses que celles des hommes. La mollette au milieu sert à changer de vitesse. Sans doute pour l'épilateur, mais personnellement, m'épiler lentement, non merci. Ça ne sert donc à rien. Juste au-dessus dans un rond gris ? Une lampe. Je suppose en cas de panne électrique générale, que tu puisses rester imberbe 7/7 - 24/24. Un seul sabot. Un seul sens pour tondre

A droite, une tondeuse pour corps d'homme et pour ma petite main de femme. 3 sabots de 3, 5 et 7 mm et double sens de tonte. Un bouton on/off. Point barre. J'adooore.

Je vous laisse ; je vais aérer mes 3 mm. Bientôt ils passeront à 5 puis 7 et puis… Bisous et prenez vraiment soin de vous.

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23 juin 2018

Où suis-je ?

Ce matin, j'ai ouvert un œil aux forceps à 7 h 52. Je suis précise car m'étant couchée tard dans mon lit après avoir d'abord roupillé sur le canapé (j'ai une vie de rêve, je sais), je fus très étonnée de voir une alerte "Prise de sang" affichée sur l'écran du téléphone. "Mais… on est dimanche…". Ah nan, nan, on est samedi me suis-je répondu. Ah ouiiii, hier je suis allée au théâtre mais nous étions bien vendredi. Comment ? Non, je n'ai pas bu. D'ailleurs, je vous conseille la pièce. Il s'agit de l'adaptation sur scène de l'essai de Virginie Despentes "King Kong Théorie". Et c'est très bien. Et c'est au théâtre de l'Atelier (oui, à Paris). Et ce n'est que la 4ème fois que je vais la voir. Les 3 premières fois, c'était en 2014. Étonnamment, j'ai redécouvert la pièce. J'avais oublié malgré la forte impression qu'elle m'avait faite. Malgré le fait que grâce à cette pièce, j'ai tout lu Despentes. J'ai réfléchi sur ma vie, mon œuvre, le féminisme, les violences, la société machiste. Mais j'avais oublié que la pièce est fantastique (mise en scène par Vanessa Larré) et servie par des comédiennes de talent : Valérie de Dietrich et Anne Azoulay (déjà présentes en 2014) et Marie Denarnaud.

Enfin bon, c'est pas tout ça, mais il était donc 7 h 54 quand j'enfilais un jogging (je suis une princesse de conte) pour me rendre au labo du coin faire ma prise de sang en me disant : "ça va être blindé. Est-ce que je prends de la lecture ?". Je regardai mon livre d'un œil bouffi (l'autre n'étant pas ouvert) et décidai de patienter sans rien. Tiens, mon livre ! En ce moment, je lis ça :

pouvoir

C'est très très bien. C'est un pavé que je dévore et que je vous conseille.

Mais bon, hormis mes passionnants conseils culturels… aaaah ! y'a aussi un documentaire sur Arte : "Un monde sans femmes" ! Bref, je me rendis d'un pas allègre (nan, j'déconne) au laboratoire. Je poussai la porte et tombai sur une salle d'attente vide. Une femme au comptoir et face à elle, DEUX employées. J'ai failli me dire "merde, c'est fermé". Sauf que j'étais dedans. Le samedi matin, ça n'existe pas une salle d'attente de laboratoire vide. Perturbée, titubante, je me dirigeai vers l'escargot à ticket d'attente lorsque l'une des employées me dit "ne prenez pas de ticket madame".

MAIS VOUS AVEZ PAS FINI DE BOUSCULER MON MONDE !!!

La femme fait le tour de la banque pour venir à moi. Je lui tends mon ordonnance. "On a une panne informatique. Faites voir… hum… la thyroïde, c'est bon, ça se conserve. On va pouvoir vous prendre. Vous êtes déjà venue ?". Je fais oui de la tête. Comment ça, ça se conserve ? Pour faire du boudin ? Quel rapport avec la panne ? La seconde employée me fait signe d'avancer, prend mon ordonnance. "Votre nom s'il vous plaît". Elle a un papier et un crayon. "Sans l'informatique, on doit tout faire à la main". Le vampire-préleveur est déjà là, s'empare de la feuille de papier manuscrite et décrypte mon nom : "Mme Grisette ?". Ouh la !

solitaire

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13 mai 2018

Un sucre dans ton café ?

"Quand vous mettez du sucre dans votre café, demandez-vous d'où ils viennent, par qui et comment ils ont été produits."

Dès que je prends un café, j'ai l'impression de me faire engueuler par Françoise Vergès, autrice de l'excellent "Le ventre des femmes". C'est une phrase qu'elle a dite lors d'un entretien sur une des radios bolchos que j'écoute (attention, ce n'est pas une citation au mot près). Elle venait y présenter son livre sur le thème, inconnu de moi (et à mon avis, de beaucoup et c'est bien dommage), des avortements forcés subis par les femmes réunionnaises dans les années 60. C'était de Gaulle, c'était Michel Debré. C'était la France, mesdames et messieurs ! En métropole, les femmes luttaient pour accéder à la contraception et à l'avortement. Mais la République avait plus besoin d'enfants blancs que de noirs, je suppose. La réflexion de Françoise Vergès s'étend au contexte colonial, raciste et post-esclavagiste de ce que nous n'appelions pas encore nos Outre-mers.

Au cas où j'aurais eu l'idée d'enterrer cette réflexion dans le cimetière de ma mauvais foi, Arte a produit et diffusé une série documentaire "Les routes de l'esclavage". Sucre, café, chocolat, ma vie, mon œuvre furent plantés, récoltés, expédiés grâce au travail des esclaves afin que les capitalistes puissent se faire un max de pognon et que je puisse me faire un "p'tit noir" au comptoir. Oui, c'est de l'humour amer. "Maaaais y'a plus d'esclavage !". Non, effectivement, enfin presque. L'abolition a été votée en France et dans ses colonies le 10 mai 1848. Toutefois, les structures économiques et sociales sont restées. Je n'ai pas connaissance d'une redistribution des terres, des sucreries et autres raffineries ou distilleries (parce qu'on fait du rhum avec la canne). Ni que ces dernières se fussent soudainement transformées en coopératives ouvrières, déhors les riches planteurs blancs esclavagistes !

Dans ma vie de métropolitaine blanche, j'étais passée au sucre de canne car le sucre blanc (de betterave ?), c'est mal. Et bio, dans un magasin bio parce que les marques très connues n'y ont pas droit de cité et que les Grands Groupes, c'est mal. Toutefois, tourneboulée par Françoise V et ma mauvaise conscience, je décidais de lire ma boîte de sucre en morceaux. D'où tu viens, ma petit canne ? On voit bien, grâce au dessin que c'est de la canne à sucre. Par contre pour la "suggestion de présentation" (à droite), j'ai autre chose à foutre du sucre. AAAAH ! Mais que lis-je ? Tu viens du Brésil ??? Si je me réfère au docu d'Arte, le pays est champion du monde du tir à vue sur les noirs. Sans compter… ou mieux, en ajoutant la situation politique actuelle, un peu bof-bof.

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En y regardant de plus près, ce sucre est importé du Brésil par Loiret & Häentjens, sise à Nantes depuis 1871, ville ayant fait sa fortune avec le commerce des esclaves. Je vais sur son site pour en savoir un peu plus.

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Cette entreprise appartient au groupe Tereos (actionnaire majoritaire), né en 2002 mais issu de Béghin-Say (marque très connue) dont les deux composants, Béghin et Say, sont nées au début du XIXème siècle. Say, sise à Nantes et créée en 1821, faisait du sucre de canne. Tu la sens l'économie de l'esclavage ? Et la mainmise de groupes sur la filière sucre (car c'est toujours rentable) ?? Je vous conseille la visite des sites des entreprises et des groupes car il y a une capacité à parler du sucre de canne, produit plus noble que le sucre de betterave, sans jamais évoquer (ou le moins possible) ses origines. Exemple chez Tereos… le joli dessin qui explique tout le processus de transformation de la canne en sucre… sauf… sa plantation et sa récolte. Chez Tereos, la canne pousse dans des camions.

canne-tereos

Encore mieux sur le site de Béghin-Say, ils mettent en avant les produits issus de la canne (c'est bien plus sexy qu'une betterave) mais quand tu cherches des infos sur la fabrication…

sucre-beghin

BIIIIM ! Il ne reste plus que la betterave, "racine charnue […] Cultivée principalement dans le nord de la France". Ben voyons ! Quant à l'origine de la canne, mystère. N'ayant pas de produit de cette marque sous la main, j'ai cliqué sur "Nous contacter" et j'ai demandé.

En attendant la réponse, j'ai sorti mon sucre en poudre (blanc) de la marque Saint-Louis (1865) pour un peu de lecture. Et j'ai beaucoup appris sur l'emballage et sur le fait qu'aucun psychopathe n'avait songé à mettre des lardons ou du sel dans mon sucre et que donc, il était composé à 100 % de… glucides… tadaaaah ! Direction le site internet de la marque, où comme d'habitude, on apprend beaucoup sur la betterave, son lieu de naissance, le nom du cultivateur mais rien sur la canne. Alors j'ai aussi cliqué sur "Nous contacter" pour demander d'où qu'elle vient ta came, morbleu !

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En constatant le peu d'entrain des communicants à communiquer (dans les deux, il y a… commu) sur les origines de la canne, j'ai fortement douté de jamais obtenir une réponse. Femme de peu de fois ! Pardonnez-moi Françoise parce que j'ai péché mais toujours pas pécho !
Saint-Louis (qui rendait sous un chêne, oui, c'est dégueu) m'a répondu en premier : "on se fournit à la Réunion et à Maurice (non Marlène, pas "chez" Maurice, c'est pas le même) et on change si on veut !"

SaintLouis-reponse

Mon Béghin, ma Delphine m'a répondu sur un ton plus sautillant "de la Réunion, c'est trop bien le sucre !".

beghin-reponse

J'en suis là de ma réflexion sucrière. Je choisis de la betterave hexagonale non bio ? De la canne bio qui vient de l'autre bout du monde pas en bateau à voile et dont j'ignore si les planteurs sont des descendants d'esclavagistes ou quelles sont les conditions de travail et de rémunération des ouvrier·es ? Remplacer par du miel ? Exploiter les abeilles, c'est mal. L'agave ? Les mêmes questions d'impact écologique et social se posent. C'est comme la fois où j'ai entendu une personne non allergique ou intolérante aux œufs dire qu'elle avait remplacé l'œuf de ses gâteaux par de la banane. Explique-moi comment faire venir une banane de nos Outre-mers ou d'ailleurs dans le monde, mais dans tous les cas, LOIN, c'est mieux qu'utiliser des œufs de poupoules gambadant dans la campagne d'un élevage bio ?

Quand je pense que je n'ai pas encore attaqué le café…

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28 avril 2018

Je soutiens la grève SNCF

C'est bizarre mais dès que je dois me rendre devant un guichet de la SNCF avec un être humain derrière, j'ai l'impression d'assister à un sketch. Je n'ai plus mis les pieds à la sécu depuis belle lurette mais je suppose que ce doit être kif-kif bourricot (vous aussi, placez des expressions de votre enfance dans la conversation et amusez-vous des regards d'incompréhension de vos interlocuteurs et trices). Je n'ai pas pu régler mon problème sur les internets. Comme je suis une cliente fidèle avec une carte du même type, il a fallu que je me déplace. Ah. Ah… Nan, c'est faux mais j'ai eu le malheur de devoir imprimer mon billet et hop ! bonne pour la zone d'attente.

Profitant de mes derniers jours de vacances, je me rends en gare Montparnasse où un premier accueil humain me renvoie vers un second accueil où l'on me redirigera vers le bon espace. J'enfile ma combinaison de cosmonaute. "Ground control to major Tom", le deuxième humain d'accueil déserte son poste en criant de prendre un ticket, seul·es comme des grand·es, sur la machine dont c'est la fonction. Voyons voir… départ aujourd'hui, un autre jour, espace pro. Magnifique ! c'est pour un remboursement de billet annulé pour cause de grève. Par élimination, je choisis "départ un autre jour".

Je regarde mon ticket : 3063. Je regarde l'affichage des numéros d'appel : 3018. Que 45 personnes devant moi… Oooh ! et que des cheveux blancs (quand il en reste). Evidemment, qui n'utilise pas les outils "modernes" et a le temps d'aller prendre un billet dans une gare devant un être humain ? Bref, dans ce type de salle d'attente, il n'y a pas forcément une personne au bout de chaque numéro. D'une part, il faut compter avec un·e parkinsonnien·ne qui a pu prendre de 2 à 3 tickets d'un coup. D'autre part, il y a ceux dont le voyage s'arrêtera sur le fauteuil de la salle. RIP. C'est pratique. On peut espérer 20 % de pertes entre la machine à tickets et le guichet.

Pour évaluer correctement son temps d'attente, il faut aussi compter avec la lenteur de déplacement de l'usager entre le bip sonore de nouveau numéro et l'arrivée à bon port, et ce pour cause d'arthrose, canne ou déambulateur. D'autres voient mal le numéro (la lecture sur écran est difficile. Essayez de lire "Guerre et paix" sur votre télé, vous m'en direz des nouvelles). D'autres encore ne voient pas bien le numéro qui pend au-dessus du guichet et rebondissent du 22 vers le 19 avant de finir sur le 26 comme des boules de flipper… mais lentes.

J'avise une place libre. Je m'assois ; je sors mon carnet et mon crayon et j'écris. "C'est bizarre mais dès que je dois me rendre devant un guichet de la SNCF…"

 

 

post scriptum : il ne m'aura fallu que 45 minutes pour être remboursée avec un accueil aimable. Je soutiens la grève SNCF, le service public. Et je vous encourage à lire ceci : https://www.revue-ballast.fr/linjonction-au-courage/

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