Gouinette parle trop

06 février 2019

Tout est question de persévérance. Ou de traverser une rue. Ou pas.

Alors j’étais tranquillement installée dans mon canapé sous mon plaid à manches et je regardais Arte… heu…Je reprends. J’étais chaudement engoncée dans mon plaid à manches et Arte me regardait dormir. Invention du diable que cette couverture polaire avec des rangements pour les bras car toute velléité de mouvement est réduite à néant. Au creux de ce sommeil borgne qui me faisant ressembler à un écran de vieille veille, j’entendais les phrases émises par la franco-allemande sans qu’elles provoquent aucune activité cérébrale réelle. Jack London… la neige… l’aventure… Jack… discipline de fer… écrire tous les jours… mille mots…

KEUWAH ??? Mille mots ! J’ouvris les yeux. 1000 mots, tous les jours ? Je pris mon carnet de notes et écrivis vingt mots. Cette suite remplit 3 lignes soit 150 lignes pour mille mots et, à 23 lignes par page, une moyenne de 6,5 pages par jour. Quand je remplis 4 pages pour un post tous les 36 du mois, c’est champagne. « Développez Gouinette ! ». C’est ce que n’ont cessé de dire mes professeurs et professoresses de français et de toute autre discipline impliquant d’écrire des dissertations. Pour éviter que d’autres enseignant·es ne me serinent cette antienne des années durant, j’ai décidé de ne pas continuer au-delà du baccalauréat. Encore que le « parle-moi » ou le « t’as rien à me dire ? » d’une relation amoureuse, finalement, c’est un peu la même chose. Mais je m’éloigne. Écrire mille mots quotidiens qui ne soient pas inutiles. Quelle ténacité ! Enfin Arte ne précise pas si cette file indienne de caractères et d’espaces était forcément utile. Ça se trouve, il y avait des recettes de cuisine ou des dessins rigolos comme dans mes comptes-rendus de réunion.

Tenir six pages et demi est peut-être question de concentration. Ou plutôt de méditation. Je vais m’appliquer à bien dessiner mes lettres en évacuant toute autre pensée qui ne soit pas la forme. La bille roule sur le papier, descend, boucle, part vers la droite. Elle décolle, retombe, boucle, s’élève, puis trace la verticale du « a ». La. Monter, boucler, descendre, remonter légèrement, boucler et partir vers la droite : b. Oui, j’écris en cursive. Je suis vieille. Combien de kilomètres ainsi parcourus sur l’espace défini d’un carnet ligné, format poche, couverture rigide, fermeture à élastique. Et si je tirais sur ce fil d’encre ? D’abord, il faudrait tout attacher pour que les lettres ne se lâchent pas. Délicatement, peut-être avec une pince à épiler, soulever le bout de la dernière lettre du dernier mot et tirer. Dérouler, défaire les boucles, descendre les « t », remonter les « p ». Une longue ligne encrée posée sur le papier depuis la page 1 jusqu’à la 192. Et au-dessus, comme des oiseaux perdus, les accents, les trémas, les apostrophes soudain inutiles, soudain libérés.

23 lignes par page que multiplie 2, soit 46 lignes de 8,5 cm de large. 391 cm d’encre par feuille. 96 feuilles, 375,36 m environ de ma vie couchée sur le papier.

Et seulement 502 mots. Enfin 506 ah non 508… Zut, 512. Oups ! Ça ne s’arrête jamais ? 520. En tous cas à mi-chemin de Jack London. Pour aujourd’hui. On verra demain.

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29 janvier 2019

Y'a kékun ?

Ça fait un moment que je ne traîne plus dans le coin. Non pas que je me sois acheté une vie mais plutôt des livres. En fait. Alors je n'écris plus trop mais je lis. C'est bien aussi. Quoi j'ai lu ? Le Sorcières de Mona Chollet, Ces hommes qui m'expliquent la vie de Rebecca Solnit, Se défendre d'Elsa Dorlin, Les femmes et le pouvoir de Mary Beard ou encore, dans les fictions La nuit des Béguines d'Alice Kiner, Le Pouvoir de Naomi Alderman et Les oranges ne sont pas les seuls fruits de Jeanette Winterson. J'ai passé de bons moments et j'ai appris des trucs. Je vous les conseille.

Dans le livre de Rebecca Solnit, j'ai constaté, encore une fois, l'importance que Virginia Woolf semble avoir chez les féministes, les anglophones et vice versa. OR ! j'ai lu deux fois du Virginia et je m'ai grave fait chier pour parler poli. Alors que Jane Austen m'a plutôt fait marrer. Comme quoi ce n'est pas juste la haine de l'Anglaise. Y'a autre chose. Pour préciser, j'ai lu "Orlando" et "Mrs Dalloway" et je n'en garde pas d'autre souvenir que celui d'un ennui mortel.

Ayant constaté que la réception d'un livre pouvait bigrement changer avec l'âge l'expérience le temps… Exemple ! Enfant, j'ai lu "Les Trois Mousquetaires" et j'étais enthousiaste et je ferraillais contre les sbires du Cardinal. Si tu ne viens pas à Lagardère !… Heu… bon. Quand j'ai voulu le relire, il y a quelques années afin d'enchaîner la trilogie, le livre m'est tombé des mains. Et tous mes poils se sont hérissés en constatant que l'abruti le héros ne faisait pas la cour à Constance mais la harcelait. Joie. Pour en revenir à l'œuvre de Virginia Woolf, je me suis dit que je la lirais peut-être d'un œil différent aujourd'hui. Mais toute enduite de doute, j'ai demandé conseil à une mienne amie. Elle n'avait pas lu du Woolf mais : "Va dans une librairie ; expose ton dilemme au libraire et demande-lui conseil… truffe".

Ah ça, à force d'acheter des livres sur l'interweb ou dans des supermarchés de la culture, j'avais oublié que libraire, c'est un métier qui ne consiste pas juste à ranger les livres par ordre alphabétique. Je m'en fus donc dans une librairie à taille humaine. Quelle vie d'aventures ! "Bonjour madame la libraire. J'ai eu une relation difficile avec l'œuvre de fiction de VW mais voyant la répercussion de son œuvre dans le travail d'autrices et de chercheuses, je me dis que je rate peut-être quelque chose. Pourriez-vous me conseiller un essai sien ?" La dame fit la moue. Je ne saurais dire si ce fut pour exprimer sa déception face à l'étanchéité de mon esprit à la Woolf ou son désespoir à l'idée de trouver un livre qui ne m'assomme pas au bout de deux pages. Nous nous dirigeâmes vers le rayonnage adéquat. S'accroupissant (W, fin d'alphabet, bas de l'étagère. C'est bien rangé, je valide), elle fouilla. "Alors, 'Trois Guinées', c'est difficile… (ah bah Solnit en parle tiens mais bon, si c'est difficile…) ah, 'Une chambre à soi'" me dit-elle en me tendant le volume. Dont le petit volume me rassura comparé aux 2 autres livres bien plus épais qu'elle tenait et dont je ne me suis pas souciée de relever le titre. Se redressant, elle ajouta : "et après, si vous n'aimez pas, il ne faut pas vous forcer."

Hum… y'a pas un film qui sort bientôt ?!

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04 novembre 2018

Aujourd'hui 4 novembre 2018

Nous sommes le 4 novembre 2018. Aujourd'hui, la Nouvelle-Calédonie a voté, lors d'un référendum, contre un élargissement de son autonomie, prélude à une indépendance à moyen terme.

Il reste 7 jours avant que la France, l'Europe, que dis-je le moooonde, ne commémore le centième anniversaire de la fin de la boucherie Grande Guerre (la 1ère).

En ce 4 novembre s'achève la 30ème édition du festival du film lesbien et féministe de Paris, Cineffable. Merci à toute l'équipe !

Je suis actuellement à la page 160 du livre de Jeannette Winterson, "Les oranges ne sont pas les seuls fruits", édition Points.

Que pourrais-je vous dire d'autre en ce 4 novembre ? Vous donner des résultats de football masculin, de rugby masculin. Je pourrais aussi vous dire qu'en Espagne, à ce jour et depuis le début de l'année 2018, 43 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Par contre, en ce 4 novembre 2018, en ce 308ème jour de 2018, je ne peux toujours pas vous dire combien de femmes sont mortes en France, tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en… 2017.

Capture d’écran 2018-11-04 à 16

https://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/

La Grande Cause Nationale ne vaut pas un rapport de police.

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09 octobre 2018

Silence, ça pousse

Des nouvelles de mes poils

Quoi de neuf depuis début août me demanderez-vous ? Début août, période pendant laquelle j'ai renoncé à toute intervention tranchante, brûlante ou déracinante sur mes toisons ?

J'ai cru jusqu'à il y a peu que mes fourrures n'arrêteraient jamais de se développer et qu'il me faudrait envisager la pratique de la tresse. Ce n'est pas le cas. Un poil, même le plus résistant, a un cycle de vie. Il naît, il pousse, il tombe. L'espérance de vie des miens semble être de 2 mois. Récemment, j'ai eu l'impression d'avoir viré ma cuti et de vivre avec un homme, étant donné le nombre de poils visibles sur les différentes surfaces de ma salle de bains. Plus ils sont longs, plus ils sont visibles car je ne suis toujours pas blonde.

La longueur inhabituelle de mon système pileux au niveau du mollet m'a apporté une nouvelle sensation physique. Habituée au souffle atlantique dans mes cheveux, j'ai découvert les turbulences aériennes dans mes poils. C'était l'été, il faisait chaud, j'allais court vêtue. Le vent se frayait un chemin dans mes roseaux (bah oui, oh ! c'est pas du chêne non plus !) les faisant caresser ma peau dans un léger chatouillis, bien agréable.

Autre constatation et joie non négligeable : personne (famille, ami·es, collègues) ne m'a reniée ou n'a tenté de me tondre par surprise invoquant un rapprochement culturel indu avec une membre de l'ancienne puissance invitée. Les traditions se perdent dans ce pays. Pas de jets de pierre dans la rue. Pas de hordes hurlantes à mes trousses. À croire que tout le monde s'en fout. Je sens que, telle une Icare sans plume, je m'approche de la vérité.

L'été s'en est allé. Mes vêtements recouvrent de nouveau… ben juste mes jambes. Je ne me suis pas promenée à poil tout l'été non plus, oh ! Il n'y a plus qu'à la piscine que j'expose mon intim… bah nan juste mes jambes, quoi ! En plus, la piscine, je m'en cogne un peu car finalement, la leçon personnelle que je tire de cette grève de la moisson, c'est que mon regard est bien plus inquisiteur que celui des autres. Mais comme à la piscine, je n'ai pas mes lunettes et suis donc complètement dans le flou pendant 2 heures, ben, m'en fous.

Je reviendrai vers vous plus tard dans la saison froide (si elle arrive) pour vous raconter l'effet du port du kilt avec de grandes chaussettes sur la vie de mes poils.

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01 octobre 2018

Matriochka de Pandore

Pour faciliter la compréhension du texte qui va suivre, je vous propose une rapide explication de titre. Subtile trouvaille littéraire, mélange finaud de ces poupées russes qui se contiennent l'une l'autre, de la plus petite à la plus grande et de notre bien-aimée Pandore, cousine germaine et patriarcale d'Eve.

Résumés des épisodes précédents : Eve, en mangeant une pomme, enfreignit la règle de Dieu le Père tout puissant "c'est moi qui amène la bouffe". Ce dernier plongea alors l'humanité tout entière (bon, iels étaient 2 mais quand même) dans les affres du capitalisme néo-libéral. On notera le caractère un poil ronchon voire carrément psychopathique dudit Père. Sérieux, mec, une pomme ! On notera également qu'Adam (frère et concubin d'Eve) resta planqué à attendre la nourriture, qu'elle vienne du Père ou de sa femme (on voit le genre). Puis il désigna Eve et toutes les femmes à venir comme les éternelles coupables de son malheur.

Pandore est la première femme mais chez les Grecs. Elle a été créée par Zeus et sa famille pour se venger de Prométhée qui avait volé le feu aux Dieux de l'Olympe pour l'offrir aux humains. On notera qu'ici aussi les dieux ont un foutu caractère de merde et ne sont pas prêteurs. En lieu et place d'Adam, la truffe Epiméthée, frère de Pro, voleur de feu condamné à se faire dévorer le foie pour les siècles des siècles, amen. Pro, le frère d'Epi, en pleine crise de foie, avait prévenu son frère de ne JAMAIS accepter de cadeaux de Zeus. Evidemment, faible comme #AllMen, quand Zeus lui amena Pandore (femme objet déjà), Epi dit oui. Zeus ajouta une boîte (c'est gratuit, cadeau de la maison) sur laquelle une étiquette indiquait : "NE PAS OUVRIR". C'est depuis ce temps que la sagesse populaire dit "quand c'est gratuit, c'est toi le produit".

A l'intérieur de cette boîte : TOUS LES MAUX DE LA TERRE. Pandore, poussée par la curiosité qui lui avait été donnée par l'un des Dieux, l'ouvrit. EVIDEMMENT ! Il faut bien que ce soit la faute de quelqu'un Trump et le CAC40, en l'occurence de quelqu'une. L'homme, avec un tout petit h, décida alors que tant de preuves scientifiques suffisaient à valider sa décision de se méfier des femmes et de tout faire pour les priver de liberté, de droits, de clitoris voire de vie. Sans se poser une seule fois la question de savoir si les punitions divines n'étaient pas un peu cher payé pour, je le rappelle, une pomme et un briquet. Pour taper sa femme, il y a du monde mais pour faire face au patron, y'a plus personne.

Ceci posé, j'en viens au sujet brûlant de cet article : je suis Pandore et je travaille dans un service qui a inventé le concept de la boîte pleine de calamités. Parfois cette boîte est un carton d'archives, une armoire ou un logiciel de gestion de parc. Ou les trois à la fois.

Avant l'été, j'avais ouvert une armoire, découvert des matériels réformés promis à la destruction et vérifié que mes prédécesseurs n'avaient jamais songé à l'indiquer sur le logiciel. Oublis corrigés, au suivant !
Pendant l'été, sur ledit logiciel, je découvris que d'autres matériels du même type, étaient toujours indiqués comme existants dans moults services. Je partis illico presto en vacances.
A mon retour, je retroussais mes manches virtuelles, listais les matériels par service, prête à aller les traquer jusque dans les chiottes. Première ligne du tableau, 1 matériel appartenant à 1 service... disparu il y a 4 ans. Ah. Ah. Ah. Trois clics plus tard, une vingtaine d'autres éléments divers et avariés s'affichent sur mon écran pour ce service trépassé. AAAAAH !

Dans mon travail, quand tu ouvres la plus petite des Matriochkas de Pandore, tu trouves... la plus grande... le chat de Schrödinger, la pomme d'Adam et le fil d'Ariane. Surtout, surtout, surtout, ne tire jamais dessus, l'autre bout est attaché au pied du Minotaure.

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26 septembre 2018

La vérité est tailleur

Profitant d'une promotion spéciale… mois de septembre (?), ma sainte mère désira se rendre à la parfumerie afin de faire l'achat de son parfum de toute la vie. Nous sortimes le carosse la Twingo et après un bon kilomètre de trajet, nous garâmes le véhicule sur une place "15 minutes avec le disque que tu sais jamais où il est, bordel !".

Nous entrâmes dans la boutique à la porte grande ouverte. Je vais faire pareil avec une parenthèse. Les parfumeries représentent pour moi l'enfer sur terre, et avec elles, toute boutique qui vend des choses parfumées. Elles ont un effet aussi radical que systématique : me coller la nausée et un mal de crâne (je ne sais pas où traînait Sartre pour avoir les mains sales, mais bon. Je referme la parenthèse; il faudrait voir à ne pas prendre froid.

Nous entrâmes donc dans la parfumerie et malgré une fréquentation plus importante que la moyenne, une vendeuse se présenta rapidement à nous. Tant mieux, je ne suis pas championne du monde d'apnée. Ma divine mère désigna le produit désiré. La dame le glissa dans un sac papier "avec un échantillon de crème de jour pour vous madame". Mon exploitrice de mère me tendit le chéquier afin que j'en déchire un spécimen et que je le tende à la dame qui continuait à remplir d'échantillons le sac. "Et cet échantillon de parfum, c'est pour vous madame" dit-elle en me regardant. Je n'y fis pas attention car je me concentrais sur mon mantra du moment : ne pas vomir, ne pas vomir.

Nous sortîmes dans la rue. J'inspirai à grandes bouffées l'oxygène purifié de la pestilence commerciale. Nous reprîmes le cours interrompu d'un samedi après-midi sur la terre. Rentrées à la maison, je vaquais à mes occupations et ma génitrice aux siennes. Dont l'une consista à vider le petit sac papier de la parfumerie et à poser l'échantillon de parfum qui m'était destiné sur mon bureau. Je n'y repensai que le lendemain. Je le pris afin de voir quel puanteur parfum j'avais inspiré à la dame.

Alien2

C'est un message Madame ?

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09 septembre 2018

Cet été…

J'ai quitté Facebook. Pour l'instant, ça va. J'ai encore des ami·es. Je crois. Peut-être que non. Je vous en reparle dans un an.

Je regarde pousser mes poils de mollets. Je ne les tonds même plus. Je profite de cette fin d'été caniculaire pour me promener jambes nues et néanmoins velues. Et j'attends. J'attends qu'ils s'arrêtent. Car ils vont s'arrêter. N'est-ce pas ? Ce ne sont pas des cheveux ! Hein ? Dites ?

J'ai lu deux Vargas, deux livres en catalan. J'ai repris "Les luttes et les rêves" que j'avais abandonnées à la fin de la première guerre mondiale. J'ai commencé "Masculin/Féminin II - Dissoudre la hiérarchie" de Françoise Héritier. Je fais des stocks d'acide. En cas de besoin.

J'ai bu un verre de Saumur Champigny de 2011 et de 14,5°. Très bon. J'ai été ivre. J'ai beaucoup ri. Je crois qu'aucune vidéo n'a été tournée. Je m'en réjouis.

J'ai acheté une anthologie de poésie d'une autrice catalane, Maria-Mercè Marçal, en VO. J'avais bien aimé un de ses poèmes. J'exagère parfois. Je me suis dotée d'espadrilles de la même origine ethnique afin de balancer des coups de pieds dans les Valls… euses.

J'ai désherbé à la main l'allée de graviers chez ma mère. Elle voulait la napalmiser, la monsantiser. J'ai dit non : ça file des cancers. Tu en as déjà plein. Cesse. Et j'ai désherbé. Parce que ce n'est pas à elle d'assumer mes positions écologiques. Constat : la terre est basse et la nature coriace. J'avais l'impression d'entendre l'herbe repousser dans mon dos. Il poussera encore du chien-dent sur nos centrales quand nous ne serons plus que poussière.

J'ai appris à jouer au jeu du cochon. J'ai ri. J'ai bu du Cacaolat. C'était bon. C'est comme la madeleine de monsieur Proust mais à moi. Le Cacaolat de Gouinette.

J'ai présenté mes excuses à ma famille de loutres Pyrénées pour l'installation de Valls en Catalogne. J'ai rappelé qu'il y était né et que tout n'était pas de notre faute. J'ai bu un excellent Moscatel du coin dans un excellent restaurant de la région. Mais comme il est livré en tonneau, je n'en ai pas rapporté. J'ai gardé l'adresse du restaurant.

J'ai repris le travail avec deux nouveaux qui ont l'air sympathiques, travailleurs et sains d'esprit. Ce n'est pas si courant dans l'administration. Je m'en réjouis donc. J'ai changé de cours de baston et j'ai déjà des courbatures. Mais je ne me suis rien cassé. J'ai visité tout Dalí. J'ai aimé. Sa femme, Gala, trouvait les radiateurs laids. Pratiques mais laids. Elle les cachait derrière des paravents d'osier. Elle a commandé à son Salvador de peindre un camouflage. Sur un paravent de bois, il a peint… un radiateur. J'ai ri.

J'ai passé d'excellentes vacances.

Enfin.

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02 août 2018

Conseils amicaux

Profitant d'une conversation de groupe sur une application de messagerie violette, je demandai conseil à mes ami·es pour l'achat d'un casque audio filaire pour téléphone portable. Avec fil, parce que je ne désire pas mettre ma tête dans un microonde en marche pour écouter un podcast. Et un casque parce que les oreillettes m'insupportent au bout d'un très court laps de temps. Trois me répondirent dont un geek. On reconnaît ce dernier à sa réponse : "air pods". C'est-à-dire, pour les non-Pomme-parlants, qu'à "casque avec fil", il répond "oreillettes sans fil".

Le geek est une espèce à la vie passionnante. À la fois source d'informations techniques fort appréciables en cas de panne d'ordinateur, et une source d'étonnements sans fin. Il faut absolument éviter de lui poser des questions simples. Type : casque filaire. Autre exemple, autre spécimen, même humour involontaire : celui qui n'achète pas ses billets SNCF sur le site de la SNCF pour ne pas laisser ses informations personnelles.

"Mais t'as payé comment sur l'autre site ?
- Avec ma carte…"

Une amie m'a dit ce jour-là que les techniciens connaissaient leur métier, certes, mais qu'avec eux, les trucs les plus simples prenaient des plombes. Pourquoi cliquer sur "mettre à jour l'application" quand on peut le faire en code ?… Parce que c'est plus facile ?

Mais revenons à mes oreilles. Je lui fis remarquer que sa réponse ne correspondait pas vraiment à la question posée. Il me répondit de consulter les tests de la FNUCK. Oui, non… alors… en fait, si j'avais voulu des détails techniques, c'est ce que j'aurais fait : m'adresser à des pros du pot. Toutefois, ma volonté première était juste d'avoir un avis d'utilisateurs et d'utilisatrices connu·es de moi et en qui j'ai pleinement confiance. Comme qui dirait : un retour d'expérience, pour utiliser un terme un peu plus professionnel. Je reconnais que j'aurais dû affiner ma question et ce, afin de ne lui laisser aucun choix. Avez-vous ou avez-vous eu récemment un casque audio filaire ? Lequel et qu'en pensez-vous à l'usage ? Ou un QCM ? Bref.

Les deux autres ont d'ailleurs parfaitement cerné ma demande. Ils ont voulu connaître la gamme de prix, m'ont donné deux ou trois marques, ont conté leurs mauvaises expériences. Nickel, merci les gars et merci le geek, j'en ris encore.

Cependant, et tandis que je m'achetai un casque d'une autre marque non citée (oui, j'aime bien demander des conseils et ne pas les suivre. Il est très confortable, c'est cool), je me rendis compte que dans ce groupe comptant une quinzaine de personnes et paritaire à une unité près, aucune femme n'avait répondu. Or, d'après de savants calculs prenant en compte l'heure de l'échange, les vacances, l'intérêt de la question et en leur appliquant le théorème fameux du "à la louche", 1 femme aurait dû répondre à la place du geek. Sachant que toutes possèdent un téléphone portable et un appareillage d'écoute à distance filaire ou non.

Et ben rien, que dalle, nada. Encore une mission pour Super-Féminaziniste ! Mener une étude en sous-marin pour savoir qui répond à quoi.

La lutte continue mes sœurs !

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14 juillet 2018

Des nouvelles de mes poils

Mon épilateur-tondeuse a rendu son bloc mécanique à dieu. Cette panne est arrivée à point nommé. C'est comme s'il avait deviné que j'avais changé mon fusil d'épaule. Mon fusille des poils.
Comme beaucoup de femmes (oui, même des féministo-lesbico-gauchisses dans mon genre), j'ai commencé à agresser mon corps il y a longtemps. Je revois la scène : cour du collège, nous sommes 3 filles à attendre l'heure d'entrer en classe lorsque l'une d'elle s'exclame "J'ai oublié de me raser pour le sport !". Je découvre par hasard que les poils, c'est mal. Elle en a d'ailleurs bien moins que moi. La saison de la chasse s'ouvre.

J'avoue ne pas avoir été très virulente pour une brune. J'ai principalement usé du rasoir malgré ma légendaire maladresse et de la crème dépilatoire. J'ai testé une fois l'épilation à la cire en salon. C'est douloureux. Pour donner une idée de la douleur à certains garçons de ma connaissance, c'est comme enlever d'un coup sec un bout de sparadrap géant au niveau de l'aine. Mon côté masculin a râlé, je n'ai pas recommencé.

Il y a deux ans, devant quelques poils furieusement réincarnés, zombies du follicule, j'ai pensé solution fatale, sabre laser pour mon Dark maillot qu'on dirait mon père. Je me suis rendue dans une clinique aux murs défraîchis mais au service dermatologie-esthétique rutilant. Le médecin qui m'a reçue était jeune, apprêté, bien coiffé… maquillé ? Botoxé ? La première séance fut… douloureuse, what else. Lorsque je demandais des pauses, il avait l'air agacé. La cire (le sparadrap géant) arrache d'un coup. Le laser brûle le bulbe du poil. Petite zone par petite zone. Même douleur mais plus longtemps. Joie !

A la fin, il est retourné dans son bureau tandis que je me rhabillais. Je l'y rejoignis. Son bureau est design, son pc portable, pomme dernier cri, sa montre qu'il a remise à son poignet, de luxe. Il m'expédie en dix secondes vers la caisse en me conseillant le froid et la Biafine. Pour le froid, j'avais été bien servie pourtant. La deuxième séance fut aussi douloureuse physiquement et désagréable humainement. Je décidai donc de m'arrêter là. La saison de la chasse est terminée.

Armistice unilatéral. Poussez mes chéris ! On va se poiler ! Mes aisselles, mon pubis, mes mollets, soyez fièr·es, soyez flou·es ! Depuis, je ne rase plus à nu. Finie la souffrance, adieu la tête épilatoire de l'outil, bonjour la douce tondeuse. Je tonds, je rabats mes pelouses intimes. Mais attention ! Pour virer hippie de ses toisons, le choix de date (alerte contrepèterie) de début est important. Car il faudra bien tout un automne et tout un hiver pour se réhabituer à leur présence. Mais surtout à leur vue. Il n'est pire œil inquisiteur que le sien propre. Voire les deux. Toute proclamatrice de mes droits inaliénables et chasseuse de sexisme sois-je (coucou Mylène), le poison s'est insinué depuis la cour du collège, il n'est pas facile de l'évacuer.

L'hiver, tout est recouvert. C'est le bon moment pour traiter les zones à reforester aux sabots. Pas ceux d'Hélène, non, les sabots de la tondeuse. Pour passer du "nu" au "ras" puis à "quelques millimètres" jusqu'à "ooooh ! c'est agréable cette sensation de ne plus coller au niveau des aisselles car leur pelage refait son office de gestion de la transpiration". Sauf que… sur la version féminine d'une tondeuse, il y a peu de sabots. La mienne n'en avait qu'un. Mono-sabot. Licorne monopode, on ne va pas aller loin comme ça. Mais alléluïa ! la tondeuse est morte. J'ai sortie la carte bleue. Et je me suis dirigée vers le rayon homme. Car ces messieurs, chez qui le poil, n'a rien de mal mais tout du mâle (désolée), ont droit à des équipements magnifiques, solides, pratiques, qui vont sous l'eau et moins chers. Et pas roses, ce qui, personnellement, me rend folle de joie.

deuxmainsgauches

Oui, j'ai deux mains gauches.

A gauche, la version tondeuse femme vue par un ingénieur persuadé que nos mains sont plus grosses que celles des hommes. La mollette au milieu sert à changer de vitesse. Sans doute pour l'épilateur, mais personnellement, m'épiler lentement, non merci. Ça ne sert donc à rien. Juste au-dessus dans un rond gris ? Une lampe. Je suppose en cas de panne électrique générale, que tu puisses rester imberbe 7/7 - 24/24. Un seul sabot. Un seul sens pour tondre

A droite, une tondeuse pour corps d'homme et pour ma petite main de femme. 3 sabots de 3, 5 et 7 mm et double sens de tonte. Un bouton on/off. Point barre. J'adooore.

Je vous laisse ; je vais aérer mes 3 mm. Bientôt ils passeront à 5 puis 7 et puis… Bisous et prenez vraiment soin de vous.

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23 juin 2018

Où suis-je ?

Ce matin, j'ai ouvert un œil aux forceps à 7 h 52. Je suis précise car m'étant couchée tard dans mon lit après avoir d'abord roupillé sur le canapé (j'ai une vie de rêve, je sais), je fus très étonnée de voir une alerte "Prise de sang" affichée sur l'écran du téléphone. "Mais… on est dimanche…". Ah nan, nan, on est samedi me suis-je répondu. Ah ouiiii, hier je suis allée au théâtre mais nous étions bien vendredi. Comment ? Non, je n'ai pas bu. D'ailleurs, je vous conseille la pièce. Il s'agit de l'adaptation sur scène de l'essai de Virginie Despentes "King Kong Théorie". Et c'est très bien. Et c'est au théâtre de l'Atelier (oui, à Paris). Et ce n'est que la 4ème fois que je vais la voir. Les 3 premières fois, c'était en 2014. Étonnamment, j'ai redécouvert la pièce. J'avais oublié malgré la forte impression qu'elle m'avait faite. Malgré le fait que grâce à cette pièce, j'ai tout lu Despentes. J'ai réfléchi sur ma vie, mon œuvre, le féminisme, les violences, la société machiste. Mais j'avais oublié que la pièce est fantastique (mise en scène par Vanessa Larré) et servie par des comédiennes de talent : Valérie de Dietrich et Anne Azoulay (déjà présentes en 2014) et Marie Denarnaud.

Enfin bon, c'est pas tout ça, mais il était donc 7 h 54 quand j'enfilais un jogging (je suis une princesse de conte) pour me rendre au labo du coin faire ma prise de sang en me disant : "ça va être blindé. Est-ce que je prends de la lecture ?". Je regardai mon livre d'un œil bouffi (l'autre n'étant pas ouvert) et décidai de patienter sans rien. Tiens, mon livre ! En ce moment, je lis ça :

pouvoir

C'est très très bien. C'est un pavé que je dévore et que je vous conseille.

Mais bon, hormis mes passionnants conseils culturels… aaaah ! y'a aussi un documentaire sur Arte : "Un monde sans femmes" ! Bref, je me rendis d'un pas allègre (nan, j'déconne) au laboratoire. Je poussai la porte et tombai sur une salle d'attente vide. Une femme au comptoir et face à elle, DEUX employées. J'ai failli me dire "merde, c'est fermé". Sauf que j'étais dedans. Le samedi matin, ça n'existe pas une salle d'attente de laboratoire vide. Perturbée, titubante, je me dirigeai vers l'escargot à ticket d'attente lorsque l'une des employées me dit "ne prenez pas de ticket madame".

MAIS VOUS AVEZ PAS FINI DE BOUSCULER MON MONDE !!!

La femme fait le tour de la banque pour venir à moi. Je lui tends mon ordonnance. "On a une panne informatique. Faites voir… hum… la thyroïde, c'est bon, ça se conserve. On va pouvoir vous prendre. Vous êtes déjà venue ?". Je fais oui de la tête. Comment ça, ça se conserve ? Pour faire du boudin ? Quel rapport avec la panne ? La seconde employée me fait signe d'avancer, prend mon ordonnance. "Votre nom s'il vous plaît". Elle a un papier et un crayon. "Sans l'informatique, on doit tout faire à la main". Le vampire-préleveur est déjà là, s'empare de la feuille de papier manuscrite et décrypte mon nom : "Mme Grisette ?". Ouh la !

solitaire

Posté par Gouinette à 10:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]