Gouinette parle trop

29 mars 2017

Tristesse et baguette croustillante

La nuit est tombée. Désormais, seul le dossier du siège devant moi, la tablette ouverte où reposent en désordre mon téléphone et mon livre se reflètent dans la vitre du TGV. Il faut que j'écrive. Il faut que ça sorte. C'est une petite interrogation, un doute, une vague tristesse à deviner la réponse. Je crois que le petit chat est mort... enfin... je crois que le gros chat qui trônait dans la vitrine du fleuriste n'est plus de ce monde.

grouchat

Ce monde, c'est celui de mes matins de samedi et de dimanche. Il est suffisamment tôt pour que la boutique soit encore fermée. Je vais quérir mon pain frais et il est là. Sur son trône de bois. Tout le monde n'a pas droit à un trône de fer. Il a les yeux fermés. Il ne dort pas. Il doit me deviner car il m'est arrivé de cogner à la vitre pour attirer son attention. Il serre ses paupières plus fort. Il fait son chat en son royaume. Il m'ignore. Il n'a pas besoin de moi. Chaque samedi et dimanche matin, je le regarde. Je n'ai plus d'essayé d'exister à ses yeux. Une fois, il était réveillé et a détourné le regard quand je me suis arrêtée.

Mais depuis quelques semaines, le trône est vide. La couverture a changé. Il n'y a pas le moindre poil roux sur la caisse. Un soir, en rentrant du travail, j'ai même pensé à entrer pour demander des nouvelles du roi. Et puis quoi ? Moi qui n'achète jamais de fleurs, de quel droit irais-je déranger les locataires du roi (personne n'est propriétaire d'un chat. Bien fol qui le croit) ? Et s'il n'est plus, qui suis-je pour appuyer d'une question indiscrète sur la plaie encore vive du deuil ? Quand le roi meurt, le peuple pleure. Et la baguette croustille en silence.

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26 mars 2017

Le kiki de tous les kikis

Et il est où, hein, le kiki ? Oups, pardon, je m'égare, il guette. Après mon passage aux PTT, j'ai pris le métro pour aller travailler. Car, comme l'a dit Fi(ll)on, l'homme aux costumes plaqués or, "Donc vous voulez créer de la dette ?", faut bosser les faignasses ! Assise dans une rame de métro de la ligne 12 qui dessert la station Assemblée Nationale dont je recommande la visite, avec ces zoulis écrans de télé incrustés dans le mur que je ne sais toujours pas à quoi ils servent vraiment car mon but, dans le métro, est d'en sortir rapidement. Pour les SDF peut-être. Mais comme les bancs et autres systèmes de posage de cul sont désormais étudiés pour que personne ne puisse y dormir, je ne sais pas. 

Mais je m'éloigne de mon sujet : les pubs sexistes, qu'apparemment ça gêne pas grand-monde à la RATP contrairement aux affiches d'expositions faisant apparaître des photos d'artistes morts, cigarette au bec. Je dis ça, je dis rien. Quant aux stations ou aux rames entièrement recouvertes par de la pub pour des alcools forts, c'est le silence de la mer. Arrêter de prendre le métro serait bon pour mes jambes, mon cœur et mes nerfs. Donc, j'étais assise dans ma rame. Je levai les yeux vers une affiche publicitaire sur laquelle apparaissait un enfant, à vue de cliché, un garçon, blanc, blond, déguisé en pirate avec une fine moustache dessiné au crayon. Le slogan disait quelque chose comme "ce soir, il y a chasse au trésor". Je continuai ma lecture en désordre de cette affiche, bercée par les soubresauts de la rame. Apparemment le chiard, un certain Maxime, était accompagné d'une certaine Nadia dont la fonction était de le garder.

L'entreprise commanditaire de cette jolie publicité est kikivagarderlesgossespendantqueFabiusvasquatterleConseilConstitutionnel.com. Hey les garçons ! Ne vous laissez pas faire ! Vous aussi, vous avez le droit de garder des enfants pour vous faire de la thune. Même si le site kisoccupedeTONfilspendantquonprépareledivorce.fr affiche ce qui suit en page d'accueil.

kifaichier

Il y a aussi plein de photos de jeunes femmes (exclusivement) avec des enfants (blancs exclusivement). Car il est bien connu que seuls les blancs font garder leur descendance. Les autres humains de la gamme chromatique, non.

Je pense à créer un site sur l'interweb électronique universel : kikadelessenceetunbriquetquejefoutelefeuauxpanneauxpublicitaires.org

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24 mars 2017

Bougez avec la Poste

Ce matin, j'ai envoyé un colis dans un pays de l'Union européenne. Non, rien de septaculaire. Avant de rejoindre mon bureau, je me dirigeai d'un pas vif et néanmoins humide (car pour contrer les nuages, localiser le printemps en mars, c'était comme penser que la ligne Maginot allait arrêter les Allemands. Ils ont fait le tour... les nuages et les Allemands) vers le bureau de poste situé entre mon chez-moi et mon-pas-chez-moi. J'attendis patiemment que les 2 précédents usagers (oui, j'ai tendance à penser que c'est encore un service public) en aient fini pour m'approcher du guichet (que c'est plus un guichet et tant mieux parce qu'on entendait vraiment que dalle dans l'hygiaphone. A ce propos, le taux d'agent.es touché.es par la grippe a-t-il augmenté depuis la suppression de cet équipement ?) et dire sur le ton du vendredi (décontracté voire euphorique) :
"Bonjour madame, je souhaite envoyer ce (gros) livre en Etrangie-sur-UE.
- Bonjour, bien sûr. [Elle regarde la taille du pavé]. Il va falloir du L. [Elle se dirige vers les énormes cartons. Je la hèle]
- Ouh la ! Mais ne pourrait-on point le glisser dans l'une de vos magnifiques enveloppes-bulles que je vois prenant le frais sur le présentoir ?
- Si mais ce sera en Colikicourt.
- Parfait (je suis pas super dans les temps non plus), je prends."

Tandis que je règle le prix de ladite enveloppe, elle ajoute : "vous allez sur la machine pour régler l'affranchissement et récupérer l'étiquette d'envoi à coller. Choisissez 'Colis' et puis 'Monde' et puis le pays". Je hoche la tête tout en repérant à ma droite une machine libre et au moment de me diriger vers elle, la postière me dit : "Attention, celle-ci est nouvelle. Ils ont tout compliqué. Si vous avez un problème, je ne pourrai pas vous aider". Que celui ou celle qui n'a jamais tenté de stranguler la totalité du service informatique de son entreprise ayant réussi à moderniser une application tout en la rendant incompréhensible à ses usagers quotidiens me jette la première pierre, je me suis lâchement dirigée vers une vieille machine que je sais comment qu'elle marche. Lâchement aussi car lors du passage au format "boutique" des bureaux de poste, j'avais râlé dedans de moi sur le thème "ah ok, donc c'est moi qui bosse alors !?". Et puis finalement... bref, faisons comme le temps, passons.

Je pose la brique sous enveloppe sur le pèse-lettre. Je choisis, colis, monde, Etrangie-sur-UE, Colikicourt et enfin j'appuie sur "Destinataire" pour entrer mes coordonnées. J'ai d'abord le choix entre deux cases à cocher : Monsieur ou Madame. J'apprécie la disparition du Mademoiselle mais comme je m'en fous un peu, je vais directement aux champs nom et prénom et lorsque je valide, la machine me signale que je dois obligatoirement choisir un sexe. J'hésite à cocher "Monsieur" en solidarité avec les personnes intersexuées qui, du coup, ne peuvent envoyer de colis (comment ça, j'exagère ?!) et puis aussi pour faire rire la destinataire mais, je me méfie et, encore une fois, lâchement, je m'engage sur l'autoroute du genre qu'il y a deux cases et puis c'est tout, en choisissant "Madame". J'arrive au chapitre "Destinataire" et là, même topo, choix du sexe. Rebelote pour une furieuse envie de mettre "Monsieur" (c'est fou comme le vendredi me donne des envies de blagounettes) puis ma sagesse reprend le dessus (oui, chuis chiante) et je tapote d'un index péremptoire sur "Madame".

Tiens ? La folle coche n'apparaît pas. Je retape sur "Madame" (halte aux violences faites aux femmes !). Aucun résultat. Avant de m'énerver, je décide de remplir les autres champs car il se pourrait que cela réveille, débloque, débugge le sexe de la destinataire quand j'essaierai de valider et que la machine me dira "oui Nan !". Je fréquente les sexes ordinateurs depuis suffisamment longtemps pour les savoir fourbes et l'être devenue tout autant moi-même. Je valide. Il boude. J'écrase mon index sur la case et... re-rien. Merde. J'essaie sur Monsieur. Que dalle. Je me dis que la zone tactile a peut-être connu une légère migration géographique alors je tapote sur toute la zone autour du sexe de Madame ! Que pouic. Ça ne réagit pas. Je n'ai pourtant jamais eu de plaintes ! Aurais-je perdu le doigt la main ? Ai-je le choix dans la date ? Passablement perturbée, j'y fous deux doigts d'un coup sec... sans le moindre résultat. Avant que de fister finir (!) à coup de poing sur l'écran plus très tactile, je repère une autre machine, libre, annule ma demande, récupère Guerre et Paix (oups, spoiler !) et recommence la même procédure. Et là, au final, ça passe pour le sexe. Il suffisait d'en changer. J'introduis ma carte dans la fente, entre mon code et aaah ! la machine éjacule imprime mon ticket CB, l'étiquette pour l'enveloppe et un autre ticket.

Quoi ça donc ? "Preuve de dépôt" lis-je sur le papier thermique tout chaud sorti. Accessoirement il mesure 26,5 cm de long sur 6 de large. Y sont repris les destinataire et expéditrice, le type d'envoi, le poids, le prix et... "attention, n'oubliez pas de faire valider cette preuve de dépôt au guichet ou, dans le cas d'un dépôt à l'automate, de conserver le ticket qui vous sera délivré". Suit un espace blanc intitulé "Emplacement du timbre à date" (oui, y'a le mot date mais y'a pas de contrepèterie). Je plie le rouleau de papyrus et vais poser mon enveloppe sur le guichet où la même postière m'attend et comme je fais déjà demi-tour, elle m'interpelle : "Attendez ! il faut que je vous tamponne le ticket"... Je n'ai pas résisté. J'ai dit : "ah oui ! mettez un coup de tampon ! A l'ancienne !"

Voilà. Pardon.

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16 mars 2017

Le Suédois est fourbe

Ouiiii, je sais, c'est mal de dire du mal mais bon, ils ont commencé. A se la péter dans le genre "oui, ben chez nous, quand un.e politique s'achète une barre chocolatée avec la carte de son ministère, c'est la porte ! Et même que c'est la personne qui se barre toute seule devant le scandale déclenché. C'est pas chez nous qu'un candidat à la fonction suprême (de poulet) oserait se présenter alors qu'il est mis en examen". Mais que celle ou celui qui n'a jamais ramené une ramette de papier à la maison lui jette la première paire de Berluti.

Faisez pas vos malins les Suédois, moi aussi j'ai des dossiers dont vous semblez ignorer l'importance ! Je vous rappelle que vous distribuez dans le monde entier des meubles aux noms bizarres et au système de montage aléatoire. Et pas plus tard que tout à l'heure, ce matin même, Radio Paris France Inter a diffusé une page de propagande commerciale du plus mauvais goût, d'un sexisme outré et prônant scandaleusement la défense de l'enfant-roi. Tandis que j'arpentais à grandes enjambées (2) mon manoir parisien (studio), j'entendis la voix d'une femme grondant un certain Léo, enfant mal élevé de son état, qui venait de dessiner sur la housse de couette à moins que ce ne fut sur les taies d'oreiller. La mère terminait fort légèrement sa leçon en prétendant que "c'est pas grave, ils sont mignons tes dessins". Mais où va la France ? Déjà un grand coup de latte dans l'appareil dentaire du chiard et ensuite, direction le lavoir, brosse à la main pour réparer sa faute. Le message radio-diffusé se terminait par une promotion sur le linge de maison dans de grands magasins bleu et jaune.

Dites voir les Suédois ! C'est parce que la parité est presque atteinte chez vous que vous balancez des messages à caractère commercial et néanmoins sexiste à travers le monde ? Entre le "catalogue sans femme dedans parce que ça gêne les juifs orthodoxes" et la "maman qui s'occupe d'élever (mal) le gosse et de faire le linge", vous ne seriez pas un tout petit peu en train de vous foutre de notre gueule ?

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13 mars 2017

Conjugaison du verbe être à la première personne de la singulière

Je suis une femme. Je suis lesbienne. Je suis athée. Je suis féministe. Je suis fille d'immigré.e.s, ouvrier.e.s, communistes. Je suis de famille culturellement catholique. Je suis débaptisée. Je suis féministe. Je suis bachelière. Je suis une ancienne militaire. Je suis une ancienne volontaire et salariée de l'association Aides. Je suis féministe. Je suis une ancienne secrétaire médicale dans une clinique de cancérologie. Je suis fonctionnaire. Je suis dans mon bar pour écrire ce billet. Je suis féministe.

Je ne suis pas en train d'écrire une nouvelle version de la chanson de Nicole Rieu. Et pour celles et ceux qui resteraient coi.te.s voire interdit.e.s en découvrant cette chanteuse, je suis moins jeune qu'il n'y paraît. Je n'ai pas viré plus égocentrique que d'habitude dans ce blog qui parle de moi. Moi à la plage, moi sur les sites de drague, moi, ma vie, mon œuvre, mes clés... qu'est-ce que j'ai foutu de mes clés ?... hein ? Oui, mon humour aussi. Passons.

Je suis allée assister au 1er Caféministe organisé par l'association Les Effrontées au "Lieu-Dit" à Paris. Il n'y a qu'un bar parisien pour s'appeler le lieu-dit ou un troquet de campagne pour se nommer Le Parigot (je suis certaine que ça existe !). Mathilde Larrère, historienne des révolutions et de la citoyenneté et Geneviève Fraisse, philosophe y sont intervenues sur le thème "Pourquoi l'histoire des femmes a-t-elle été invisibilisée ? Comment écrire l'histoire des Femmes avec un grand F ?". La parole fut ensuite donnée au public pour questions et témoignages. Que s'est-il dit dans ce café-klatsch (ui, je suis vécue en Lorraine pendant 7 ans) ? Voici ce que j'en ai retenu.

L'Histoire est écrite par les vainqueurs et notamment par les hommes blancs. Nous, femmes, devont continuer de construire notre passé dans une continuité temporelle qu'on nous refuse ou qui nous file entre les doigts. Il n'y a pas de vagues féministes. Les combats (perdus ou gagnés) sont constants au fil du temps. Consolider notre histoire donc et aussi s'adosser aux expériences d'un passé militant plus récent pour continuer le combat féministe. Ne pas, ne plus perdre le fil. Un acquis n'est pas éternel. Nous devons toujours veiller car ce n'est comme si, en ce moment, notre droit à disposer de notre corps n'était pas attaqué de toutes parts en France et ailleurs. Ce n'est pas comme si les violences faites aux femmes étaient correctement traitées par la police, la justice et plus largement la société. Ce n'est pas comme si Denis Baupin ne menaçait pas ses victimes de porter plainte pour diffamation... Du coup, les "mais on en est encore là ?" étonnés et rageurs ne seront plus le lot de chaque génération de femmes. Croyez-moi les filles, on n'est pas sorties des ronces.

Regardons le combat pour l'abolition de l'esclavage. Le lendemain du jour où les chaînes furent ôtées aux esclaves, leur situation a-t-elle été bouleversée ? Non. Les freins racistes disséminés dans la société, la culture et les habitudes ont mis du temps à disparaître et pour certains existent toujours. Un autre exemple de la lenteur d'évolution d'une société ? Les droits des homos en France. Pendant la discussion sur le Pacs, un élu de droite demandait à ce qu'il soit signé au service vétérinaire des préfectures. Les outrances et les insultes de la Manif pour tous se sont alignées sur ce style (qui sont les humilié.e.s M. Macron ?) Pour revenir aux droits des femmes et au féminisme, voici un exemple charmant du traitement qui nous est fait jusque dans la recherche historique. Dans les années 90 a été publiée une "Histoire des femmes en Occident" en 5 volumes, sous la direction de Michelle Perrot et Georges Duby. Que je possède. Que j'ai lu. Que j'ai pas tout compris selon les volumes. Qu'il faut que je la retrouve pour y apporter une correction de taille. Sache femelle, et toi aussi le mâle, que Duby n'y a pas travaillé. Les volumes ont été écrits par : Pauline Schmitt Pantel, Christiane Klapish-Zuber, Arlette Farge, Nathalie Zemon Davis, Geneviève Fraisse, Françoise Thébaud et donc Michelle Perrot. Mais Georges, non. Sauf que... ben, ça le fait plus mieux si on met un nom d'homme pour vendre la connaissance sinon ça ne fait pas sérieux parce que vous comprenez, les femmes... 

Voici, à grands traits, ce que j'ai retenu. Il y eut aussi de grands questionnements sur les moyens pour diffuser l'information, la connaissance, récolter les archives. Pour nous faire entendre, devons-nous créer un parti des femmes comme il y a un parti dédié à l'écologie ? Quelques intervenantes se sont présentées comme universitaires, militantes, historiennes amenant une jeune femme à commencer sa présentation par "je ne suis pas historienne, je ne suis pas militante..." avant d'être gentiment interrompue par Geneviève Fraisse qui lui a demandé "Ne dites pas ce que vous n'êtes pas, dites ce que vous êtes !".

Je n'ai pas posé de questions ni témoigné mais ce "Dites qui vous êtes" m'a poursuivie quasiment à chacune des interventions. Le témoignage d'une Femen sur les reproches faits aux actions de cette association par des féministes "traditionnelles" (traditionalistes ?) : et hop ! retour sur la soi-disant rivalité entre Aides et Act-Up alors qu'avec d'autres militant.e.s, nous couvrions un large champ de la lutte contre le sida. "Je ne suis pas historienne" ? Moi non plus heureusement. Mes origines, mon parcours, mon angle de vue est unique et ce que j'apporte au monde en général et à la lutte féministe en particulier l'est tout autant comme j'ai besoin des autres pour me nourrir. Comment communiquer ? Un parti ? Les réseaux sociaux ? Tout ça et le reste. Tous les moyens qui permettront de diffuser largement la connaissance. La non-mixité, l'intersectionnalité ? Évidemment, je suis blanche. Comment saurais-je ce que c'est d'être noire ? Comment les hommes sauraient-ils ce que c'est qu'être une femme ? Comment les pédés sauraient-ils ce que c'est qu'être lesbienne ? Comment les bourgeoises sauraient-elles ce que c'est d'être ouvrières ou employées ?

Je suis, tu es, nous sommes uniques et nécessaires. Et le monde nous appartient.

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09 mars 2017

Parfois, il faut s'écraser...

La rue et le trottoir sont étroits. Le camion de livraison stationné laisse environ un mètre pour que les piétons passent et il empiète également sur la chaussée. La remorque est ouverte, le plateau en position haute. Un homme à l'intérieur tend un carton à un autre à terre qui disparaît ensuite dans un immeuble. Un troisième homme, de la sécurité, est placé à quelques mètres en amont du véhicule.

Je marche tranquille vers mon lieu de travail après un passage à la pharmacie où l'achat d'une bande adhésive élastique me permettra, peut-être, d'aller à mon cours de yoga sans achever mon "gueunou" qui a eu l'idée saugrenue de s'entorser, le bougre ! Soudainement, l'homme de la sécurité lève son bras gauche à angle droit m'obligeant à m'arrêter en catastrophe sauf à voir son index pointé s'enfoncer dans ma narine sans préliminaire puis il m'indique la chaussée en disant : "passez par là, ce sera plus sûr pour vous".

Passer entre le mur et le camion alors qu'aucun échange de carton n'est en cours lui paraît plus dangereux que descendre sur la chaussée d'une rue (certes à sens unique) puis de longer le véhicule sur toute sa longueur avant de remonter sur le trottoir ? Donc ?

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03 mars 2017

Le bon géant

J'entre dans le métro. Toutes les places assises sont prises y compris les strapontins de la plateforme. J'appuie mon épaule contre l'une des deux barres centrales. Sur un strapontin isolé, un géant assis téléphone. Comme il est très grand, il paraît plus assis que les autres voyageurs. Comme tassé. Assis, nous ressemblons au chiffre 4. Il faudrait inventer un autre chiffre pour les très grand.e.s. 4,444444 par exemple mais en fait, non.

A l'arrivée d'une nouvelle voyageuse, je me décolle de la barre et m'y tiens, bien droite, regardant la porte d'entrée. A l'arrêt suivant, le géant assis se déplie pour sortir. De sa main gauche il attrape la barre pour ne pas être déséquilibré par le freinage de la rame. Sa main est à hauteur de mon visage soit à environ 1,60 m du sol. La taille de cette main refermée, 4 métacarpes, est à peu près égale à la distance entre mon menton et mon front.

Je la fixe. Elle est énorme et toute proche. Je louche dessus. Ca l'agrandit peut-être.

J'ai l'habitude de dire que je fais du self-défense pour prendre des coups. Savoir ce que ça fait vraiment pour ne plus en avoir peur et risposter. Si la vie sait nous balancer des revers de fortune particulièrement douloureux, je ne sais pas si j'aimerais me prendre un de cette taille.

Les doigts s'ouvrent lorsque le géant sort en baissant la tête pour ne pas se cogner. J'espère que c'est un bon géant. Et je vais travailler mon sprint.

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24 février 2017

Dans la série "drague sur le oueb", je demande la boîte à outils

Quand tu t'engages sur une voie de gayrage, tu es prié.e de donner quelques renseignements. Tu n'es pas obligé.e de dire la vérité (ne mens pas trop quand même, ça va se voir au 1er rendez-vous) mais ça permet de mieux cibler tes proies les candidat.e.s au bonheur. Avertissement, si tu passes en mode payant, tu vas soudainement avoir beaucoup de succès mais il faut raison garder et te souvenir de ta vraie vie. Pourquoi galèrerais-tu moins sur le web que dehors ? Pourquoi des femmes splendides se jetteraient-elles sur ton profil alors qu'habituellement, tu ne vois que leur dos ? En résumé, c'est blindé de faux profils... Mais revenons aux informations personnelles que tu souhaites faire apparaître sur ton compte en dehors de ta photo retouchée par un.e ami.e graphiste et de ton poids d'il y a dix ans à moins que ce ne soit l'inverse.

Bienvenu.e.s dans la zone "Pratiques sexuelles" ! Personnellement, j'ai une pratique (quand j'en ai une) qu'on pourrait qualifier d'artisanale et traditionnelle, une sorte d'AOC du sexe, pas originale mais de qualité. Toutefois, pour les plus aventurières d'entre nous, 34 possibilités de choix apparaissent. Tu n'as plus qu'à faire ton marché. Comme tu peux le constater sur la capture d'écran ci-dessous, ce n'est classé ni par ordre alphabétique, ni par graduation dans la difficulté technique ou la souplesse physique. Ca n'a même aucun sens quand on constate que la 1ère proposition est la "réciprocité" mais que "Autres" arrive avant les "Préliminaires". Quant à la "Chasteté", elle est coincée entre le "Fist-fucking" et "l'Electro" (non, pas la musique). Dans cette position, je craindrais pour mon intégrité physique et morale.

sexualite

Dans le cadre de ce débat philosophique, je souhaitais apporter quelques précisions terminologiques. Quoi ça donc le "Mélangisme" ? D'après Wikipédée, il s'agit de "forme particulière de sexualité de groupe proche de l'échangisme dans laquelle les pratiquants, le plus souvent en couples mais intégrant parfois des célibataires, ont des relations sexuelles multiples au cours d'une même soirée sans pénétration hors couple." Si j'ai tout bien compris, contrairement à l'échangisme, chacun apporte ET mange son propre sandwich. Et s'il y a des célibataires, ils doivent garder les sacs à main et les vêtements des autres parce que "PAS TOUCHE A MA FEMME !" (j'écris femme parce que si je pratiquais le mélangisme, je viendrais avec ma femme. Mais comme j'ai pas de femme...). J'en déduis donc que si tu es célibataire, tu ne te mélanges pas et ce qui ne se mélange pas porte un nom : le grumeau. Vie de merde.

Dans les "Jouets et accessoires", je connais tout... de nom... sauf le chapelet. Il a fallu que j'aille faire quelques recherches sur le moteur "Qwant...auras deux minutes". Le résultat visuel est étonnant.

chapelet

Il y a comme un décalage entre les résultats web, les actus et les images... J'ai donc modifié ma recherche et tapé "chapelet sexualité".

chapelet2

Ca a l'air sympa finalement la manif pour tous, non ? Hem... Enfin bref, le bon modèle est celui situé tout à droite et non, tu ne le mets dans ton cou... sauf si tu as un problème de prononciation des "U".

Dans le prochain épisode de la série "j'ai pas de vie mais j'ai internet", nous débattrons de la meilleure manière de décliner une invitation à un plan cul par une dame ayant coché 32 des 34 options.

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20 février 2017

Les expressions à la con

Dans cette famille, je demande "la perle rare". Tentant vainement pour l'instant de copuler via la Voie de Gayrage, je tombe régulièrement sur cette métaphore marine sur les profils des femmes abonnées à ce réseau. Mesdames, j'aimerais en premier lieu vous rappeler qu'on trouve les perles principalement dans les huîtres et pas dans les moules (hop, celle-là, c'est fait). Ensuite, par définition, une perle, c'est rare. En trouver une, avant l'invention de la culture, revenait à génocider un nombre incalculable de mollusques avant de tomber dessus. Pour résumer, il va falloir te taper une tripotée de femmes avant de trouver celle de ta vie. Bon appétit si vous êtes à table.

Deuxième solution : la perle de culture. Sauf que dans le cas qui nous occupe, ce n'est pas possible. C'est compliqué d'ouvrir un élevage de femmes. Sachant que sur 100 femmes, environ 10 à 20 seulement seraient gouinoubi gouines ou bi sans compter les droits-de-la-femmistes qui nous empêcheraient à coup sûr de perler tranquilles.

Toujours dans la même veine, nous avons "le grand amour", l'unique, le seul, frère jumeau de cette salope d'âme sœur. Voulez-vous bien lâcher vos romans à l'eau de rose et toute l'éducation qu'on vous a sournoisement injecté dans les veines afin que vous n'alliez pas vous dévergonder à gauche à droite et que le mâle soit certain que la descendance est bien la sienne. Je t'entends râler "mais de quoi elle parle ? Quel mâle ? On est gouines !". Certes mais avant, pendant et après que tu aies décidé de faire faux bond à la société patriarcale hétéronormée (j'adore cette expression), qui a vu en boucle tous les Disney de la terre et reçu quotidiennement de fourbes injonctions sur comment se comporte une femme ? Qui a eu des jeux de filles, des vêtements de filles (ceux qui n'ont pas de poches parce que, c'est bien connu, nous n'avons pas de mains), des chaussures de filles (celles qui empêchent de courir) ou pire des magazines féminins (car nous n'avons pas de cerveau) ?

Ne nie pas ! J'ai subi la même chose alors même que ma poupée me servait de fusil, que fratrie oblige, j'héritais des vêtements de mes frères et que ma fréquentation du capilliculteur (seul endroit où j'ai accès à la littérature magazine féminine) est réduite à son plus strict minimum. Mais les films, les séries, les romans. Et avant d'accéder à Mademoiselle ou LWord ou Carol, j'en ai bouffé des œuvres \o/patriarcales hétéronormées \o/ (dans lesquelles tu apprends même qu'en tant que femme si un homme t'embrasse alors que tu ne veux pas et bien tu veux bien quand même après). Et encore, je suis de la génération dont les parents ne divorçaient que peu voire pas.
Evidemment, souvent, la relation recherchée est qualifiée de sérieuse. C'est-à-dire ? Chiante ? Et le sexe, c'est pas du sérieux ? Tu fais ça par-dessus la jambe (hop ! celle-là aussi, c'est fait) ? Bon, tout ça pour dire que le compteur est toujours à zéro.

Une mention spéciale toutefois aux profils qui cherchent une sérieuse perle rare d'âme sœur et une relation tendre et qui valident toutes les options de la rubrique sexe y compris "voyeurisme" et "menottes". Mais heu... tendre jusqu'où ?

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10 février 2017

Les journalistes doivent apprendre à écrire ou à penser. Je ne sais pas. Mais il faut faire quelque chose. C'est urgent !

Il va falloir m'expliquer qui écrit les articles des "faits divers" dans les journaux. Plus précisément qui rend compte des violences de genre ou violences faites aux femmes ou violences conjugales ?

Premièrement, on pourrait peut-être commencer par arrêter d'utiliser ce terme de "Faits divers". Si je consulte ladite rubrique sur le site de mon boulet du jour (Le Parisien, 10/02/17 à 10h46), je trouve ce qui suit (entre parenthèses mon classement) : un accident de la route dû à l'alcool (sécurité routière / alcoolisme), la prison requise contre Flosse (corruption / politique française), 2 articles sur l'affaire Théo (police / racisme / vocabulaire de merde "bamboula"), l'ex-président péruvien touchant indûment du pognon (corruption / politique internationale), l'aide aux migrants (immigration / solidarité / société civile), affaire Fillon (corruption / politique française), retraité alsacien tué au sabre (justice / meurtre / escrime), pour finir sur mon article du jour qui relate un cas de violence de genre ayant abouti au meurtre d'une femme par son mari.

Si on jette un œil sur les mots-clés et/ou rubriques liés, on constate que le terme de "violences conjugales" arrive en 5ème position ! Après le détestable "Faits divers", le département de l'événement, la description de l'actu (mais à part dans un procès, je vois pas où tu te prends 30 ans de taule dans notre pays... Une foire aux vins ?) et l'acte (le meurtre). A leur place, j'aurais mis (on ne me demande pas mon avis, certes, mais je le donne quand même) : violences faites aux femmes (cause que la France n'est pas prête pour le genre... grrrr...), meurtre, justice, condamnation, Seine-Maritime.
J'ajoute que l'adjectif "sordide" est inutile. Cela signifie (d'après Labrune) "qui est misérable, sale, repoussant". C'est un meurtre. Et un meurtre n'est jamais très propre. Journalistiquement, il est intéressant de savoir s'il a été accompagné d'actes de torture ou de barbarie. Ce qui a été le cas. Serait-ce le viol qui amène cet étrange qualificatif ? Quant à savoir pourquoi l'auteur fait figurer le numéro de l'épouse, mystère. Parce que le meurtrier les jette après usage ? Le titre aurait pu donc être : "Violence de genre : 30 ans de prison pour le meurtre et le viol accompagné d'actes de barbarie de sa femme".

violencesdegenre

 

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L'illustration de l'article reste pour moi un grand mystère. Quel rapport entre une voiture de police et l'avis de l'avocat général sur le meurtrier ? Je sais qu'il faut toujours illustrer ses articles surtout sur internet mais le Parisien n'avait rien d'autre dans sa base images ? Mais le pire est à venir. Le "papier" en lui-même.

Constatons d'abord que le journaliste fait une vraie fixette sur les multiples épouses du meurtrier. Dans l'intertitre (en taille de police plus grande, donc volonté de mettre en avant cette information) on apprend que l'assassin avait déjà été violent avec ses 2 premières épouses.

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Ah bon ? Ca alors ! Encore une preuve des failles sociales, médicales, policières et judiciaires qui condamnent nos sœurs à se faire taper dessus jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Vite ! Lisons la suite... Ah non ! Voici le résumé des dernières coups en date ayant conduit au décès de la victime. Ces quelques lignes disent tout de la violence du meurtre, de la personnalité du tueur et du numéro d'arrivée de la victime. C'est une manie ce classement marital ? Au deuxième paragraphe, j'avoue avoir frôlé l'AVC. Est-ce que tabasser sa femme jusqu'à la rendre aveugle n'est-il pas déjà une forme d'acte irréparable avant même le meurtre ? Quid des services médicaux / sociaux / policiers qui ont bien dû prendre en charge cette première preuve de maltraitance ? Personne n'a rien vu ? Tu ne te poses pas la question, ô toi le journaliste dont le métier est d'enquêter et dépister les trucs pas clairs de notre société ?

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Mais si dans ta description de la nuit fatidique, tu décris fort bien le déplacement de la cuisine au salon de l'action, je te trouve un peu mou du genou pour décrire les événements quand tu parles de "dispute" et de "querelle". Relis le 1er paragraphe, tu verras que l'expert (de quoi, on ne sait pas) parle de "massacre". Tes conversations à la machine à café le lundi au siège du Parisien doivent être passionnantes :
"C'était bien ton week-end ?
- Bof... je me suis disputé avec ma femme / mon homme / les deux !
- Aaaah c'est ça le sang qui coule du coffre de ta voiture !"

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MAIS TU VAS NOUS LÂCHER LA GRAPPE OUI !!!

Ou alors explique-nous, bon sang !

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Je me demande ce qui me choque le plus entre la description du meurtre, le calme du criminel qui va se coucher après une dernière cigarette et un verre ou la disparition de la TROISIEME épouse qui apparaît enfin comme une "victime" mais est laissée, par le journaliste, baignant dans son sang dans le salon. Est-elle morte sur le coup ? Dans la nuit ? A l'hôpital ? Avait-elle des proches, des amis ? Qui a prévenu les secours ? Vite ! Allons voir ce que nous apprend l'ultime paragraphe !

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On ne saura donc rien de la femme morte sous les coups de son mari. Ne serait-ce que son prénom (interdiction juridique ?). Comme un dernier clou dans son cercueil, l'ultime phrase revient pour une 3ème fois sur les 2 premières épouses, battues pendant 12 et 15 ans sans que jamais elles ne portent plainte... Et ?

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Posté par Gouinette à 20:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]