Gouinette parle trop

16 décembre 2017

Alors ? Vous aussi ?

Longue pause d'écriture après la vague #BalanceTonPorc #MoiAussi. Ou, toi aussi, balance ton porc, comme vous voulez. Si je n'ai pas écrit ici, j'ai débattu ailleurs, expliqué, râlé, gueulé. J'ai été triste des réactions d'amis et en colère aussi. J'ai ouvert les yeux sur mes propres comportements. J'ai arrêté de rire aux blagues pourries (ça, ça fait longtemps) mais j'ai continué en disant "c'est sexiste ça, tu sais ?" et en finissant par "connard". À l'évidence, ce n'est pas forcément la partie la plus diplomate ni la mieux élevée de mon extraordinaire personnalité qui s'est exprimée dans ma vraie vie de récemment. Mais avant de reprendre le fil de ce blog, il fallait que la tension colère rage retombe. Bah oui, la raaaaage (toujours bien aimé Téléphone). J'écrirai plus tard sur toutes ces semaines. Un beau jour ou peut-être une nuit.

Durant cette période unique (je parle du haut de la longue expérience de mon existence : c'est la première fois que je vois ça), j'ai aussi ouvert les yeux plus grands sur moi-même. Cela a entraîné un léger strabisme mais j'ai pu voir que, derrière cette rebellitude très ancienne, j'avais été tout aussi formatée que d'autres femmes, habituée à m'adapter aux porcs, aux boulets, aux lourdingues. Ma seule chance aura été mon homosexualité car elle m'aura éjectée du trajet habituel d'une femme blanche de ce pays. Tu vois mieux le paysage depuis la nationale (c'est une métaphore, hein. Parce que certaines nationales sont très pourries). D'ailleurs, ces quelques semaines m'ont rappelée la période qui suit la sortie du placard. Tout le monde doit savoir et chacun doit se positionner vis à vis de toi. Tu n'as plus peur de rien. Tu es prête à te battre car tu as le taux d'adrénaline le plus élevé au monde. Tu sautilles poings serrés dans ton coin du ring de ta vie, t'as vu. Ouais !

Heureusement, j'ai aussi vécu de sympathiques épisodes comme celui que je vais vous conter. Tout le monde est assis ? Je me lance.

Ayant commencé l'apprentissage du catalan en septembre, je me trouvai bien dépourvue lorsque l'examen de fin de trimestre fut venu. J'étais parfaitement non préparée. Et la veille de l'interro fatidique, j'avais rêvé que je ne trouvais pas ma salle de cours dans une immense université. Aucun·e de mes coreligionnaires n'étant foutu·e de me donner le numéro de la salle. Ah. Ah. Ah. Pour apporter une jolie petite cerise sur ce gâteau d'angoisse, je préparai la courte présentation orale le matin même, bim ! Le thème étant libre, je ne savais de quoi parler et ce n'est que dos au mur du temps que je me suis dit : "bah t'es conne ! Parle d'un truc qui t'intéresse pas mal en ce moment, vu que tout ce que tu lis, regarde et écoute ne traite que de cela !".
Je décidai de faire une étude comparée ("5 mn !") sur les violences faites aux femmes en France et en Espagne. Pays proches culturellement (latins) et géographiquement (loutre des Pyrénées oblige) et que je parle les deux langues tout en étudiant une troisième ce qui me facilite le travail de récolte des données chiffrées ainsi que leur analyse ("5 mn ! t'es en niveau A1" continua de me brailler mon esprit cartésien… à moins que ce ne soit celui qui joue aux cartes…).

Je concocte quelques diapositives et intègre des images rigolotes (car le thème s'y prête) qui me serviront à détourner l'attention de mes erreurs de grammaire et de syntaxe. Ou en tous cas, essayer car les profs ont eux-mêmes utilisé ces stratégies dans leur récent passé estudiantin. Pas de panique, je ne vais pas vous piéger avec une séance diapos comme celle que vous avez vécu chez tonton Roger en octobre, à son retour de Vendée. Juste une, la dernière, qui permet de résumer ma pensée sur ce thème.

minions

Ah non ! Flûte ! C'est pas celle-là !

meurtres

Le nombre de femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint en France et en Espagne.
(cap número signifie aucun chiffre)

Côté espagnol, la récolte des chiffres officiels commence en 2003 et ils sont disponibles en quelques clics sur le site de la Delegación del Gobierno para la Violencia de Género. Leur mise à jour est faite à chaque nouveau crime. Le président du gouvernement, M. Zapatero, a lancé une vraie politique (avec des moyens) de lutte contre les violences de genre (comme quoi ce mot ne fait pas peur dans ce pays si catholique) en 2004. Au jour de ma présentation, 46 femmes avaient été tuées chez nos voisin·es.
En France, on commence à compter en 2006. Le nombre de 122 pour 2017 (123 depuis aujourd'hui) est le fruit du travail d'un réseau de militantes féministes qui recherchent dans la presse quotidienne les articles sur ces faits divers. Aucun chiffrage officiel n'est disponible au jour le jour. Le rapport pour 2016 a été publié en septembre dernier, soit 9 mois de réflexion pour compter les cadavres. Beau bébé !
122 à 46, ça ferait une belle branlée au basket mais dans le cas qui nous occupe, c'est plutôt nous qui devrions être honteux et prendre exemple. Le nombre de crimes a baissé de 35 % en Espagne contre 24 % en France. Pour information, la France compte 1,5 fois plus d'habitants et 2,4 fois plus de victimes.
Ma conclusion : la France est bien plus sexiste et violente envers les femmes que l'Espagne.

A l'issue de cette présentation (cahotique grâce à un superbe catagnol), mes consœurs étudiantes (oui, les études de langues ou littéraires sont majoritairement féminines. Un biais sociétal ? Meuh non ! Pensez-vous) devaient me poser trois questions. Ca a viré au débat ou plus exactement ça a ouvert une longue discussion. Trois jeunes femmes espagnoles partagent mon cours, quatre en incluant la prof. Elles ont toutes exprimé la désagréable surprise que fut, à leur arrivée à Paris, la découverte du manque de respect, des gestes ou des paroles déplacées voire des insultes des hommes vis-à-vis d'elles. "Jamais je n'ai subi ça à Madrid". Puis l'une ajoute "et pourtant en Espagne, tout le monde dit que les Françaises sont libres ! Plus libres que chez nous !". J'ai acquiescé. J'ai souvent entendu ma mère dire la même chose. Mais c'est parce qu'à l'époque, l'Espagne était une dictature. Et les Français·es pensent encore que l'Espagne est un pays machiste parce que… j'en sais rien… nous sommes plus riches ? Ou moins corrompus ? Mais quand notre Président jupitérien, pour la présentation de la grande cause nationale qu'est devenue la lutte contre les violences faites aux femmes (sans 1 € de plus dans le budget) parle de délation pour #BalanceTonPorc alors qu'il s'agit de dénonciations de crimes et de délits, alors oui, nous vivons dans un pays sexiste. Et M. Macron se dit, se croit féministe. Il ne comprend même pas où est le problème. C'est dire le niveau. On n'est pas sorties des ronces.

J'espère que les étudiantes françaises ont entendu leurs consœurs venues d'ailleurs. Que, si ce n'est pas déjà fait, leurs yeux s'ouvriront encore plus grand et que l'adrénaline coulera à flots dans leurs veines. Le report scandaleux du procès pour viol de Georges Tron vient à point nommé apporter une énième preuve (car il en faut toujours et encore) du sexisme et de la culture du viol qui règnent aussi dans l'institution judiciaire.

Il va falloir que je l'écrive ce post. Moi aussi.

Posté par Gouinette à 19:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


22 octobre 2017

#BalanceTonDéputé

J'ai bien ri ce matin en écoutant France Inter. L'invité était Jean-Michel Fauvergue, député LREM. Accessoirement, il a été chef du RAID, c'est donc un policier et il venait surtout vendre son livre sur cette expérience passée. Puis Interactiv' commença.
Patricia Martin lui pose "la question de côté". L'intitulé est plutôt spectaculaire car cela concerne l'actualité d'un autre député LREM, Christophe Arend, qui est accusé de harcèlement sexuel par son ex-assistante parlementaire. Mais c'est bien les femmes ça, à poser des questions fourbes et d'actualité sur un sujet millénaire… Bande de… j'me comprends !
Ça commence à partir de la 20ème seconde pour se terminer à 3'35". Vous avez bien trois minutes à perdre, non ?

Pour résumer : il a sorti les rames et se les est prises sur la gueule.

Argument numéro 1 : C'est un problème important. Pas nouveau. C'est bien que la parole se soit libérée (heu non, c'est juste que ça gueule plus fort que d'habitude parce qu'en plus grand nombre et que ça vous interdit de ne pas entendre) mais attention car il y a aussi des, je cite, "paroles moins vraies" ou "plus vagues"… Fantastique quand même, le gars sait que s'il dit "y'a des gonzesses qui mentent", il va se faire défoncer à la hache (comme Le Maire qui n'aime pas dénoncer… aïe pas la tête, ok, pardon, bien sûr qu'il faut dénoncer !). Alors il parle de paroles moins vraies, plus vagues. Garçon, tu vas me définir rapidement ce qu'est une parole moins vraie ou plus vague. Ce que j'ai lu sur les réseaux sociaux depuis le début, ce sont des faits racontés précisément. Et qui plus est, ici, il y a plainte.
Brèfle, il en arrive finalement au fameux "la police et la justice doivent faire leur travail". Il n'a donc rien lu et non plus rien vu dans sa précédente carrière sur le fonctionnement du système policier et judiciaire qui broie les victimes dès l'arrivée au commissariat. Par exemple avec des posters des femmes nues au mur. Par exemple en remettant en causant d'entrée leur parole.
La journaliste le reprend "on sait connard !" (non elle ne l'a pas dit mais elle l'a pensé, j'en suis certaine). "Vous en parlez à la buvette ? Même avec les députées ?"

Argument numéro 2 : ah bah justement, des femmes y'en a beaucoup plus depuis nous… "C'est pas ma question, vil faquin" le coupe Patricia Martin. Et pan, une rame dans ta face. Il ressort le "oui mais non mais bien sûr, nous avons conscience que c'est grave mais attation" : "Il y a des hommes qui ne le font pas !" Réponse : "bah évidemment, on n'a jamais dit le contraire". Bim, 2ème rame sur ta gueule. Ce type ne lit aucun article de Médiapart ou du Monde ou d'ailleurs, ni de posts Facebook, ni de tweets. Ou alors, il ne les comprend pas puisqu'il ressort les mêmes arguments hors-sujet qu'ont ressorti dès le début de #BalanceTonPorc les buses masculinistes.

Puis le mâle de service sur Inter reprend la parole parce que, la question de côté, ça va bien 3 minutes.

Quid des mesures mises en place au sein de LREM : formations, rappel à la loi, voire médiateur et médiatrice pour que les femmes victimes (et aussi des hommes, qui sait ?) puissent venir dénoncer ces actes et être protégées ? Nous n'en saurons rien. Parce qu'il n'y a pas mort d'homme, je suppose. A ce propos, à ce jour, 103 femmes ont été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l'année.

Enfin : "Il y a des hommes qui ne le font pas". Cette phrase me paraît juste hallucinante. Puisqu'elle sous-entend que contrairement à la majorité, il y a des hommes qui ne le font pas. Qui ne font pas quoi ? Des remarques sur les vêtements des femmes. Du mansplaining, du manspreading, des blagues sexistes, des remarques machistes. Ce qui est la base avant même la main au cul. En voulant défendre ses compères, au lieu de dire "la majorité des hommes ne le font pas", il dit "il y a des hommes qui ne le font pas". Acte manqué ? En tous, merci
#slowclap

Posté par Gouinette à 10:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 octobre 2017

Vous vivez où et y'a quoi dans votre tête, les mecs ?

Je suis abonnée au magazine féministe Causette. Dans le numéro d'octobre 2017, la chronique du Dr Kpote est consacrée à la prévention VIH dans les festivals. Et de fil en aiguille, les conversations avec les festivaliers et les festivalières ont basculé vers les agressions sexuelles subies par les femmes dans ce contexte. En cette saison de #BalanceTonPorc et autres #moiaussi, j'en ai extrait ce qui suit.

harcelement-mec

Tout est dit dans ce court passage. Une femme pense à la façon dont elle va s'habiller selon l'endroit où elle va, comment elle y va, qui elle va y croiser MÊME si elle est accompagnée. Elle a mis un jean plutôt qu'un short. Le jeune homme est surpris et s'exclame "pourquoi ne m'as-tu rien dit ?". Déjà, elle n'a pas à valider son vêtement auprès de toi. Et ensuite, pourquoi ne lui as-tu pas demandé : "Il fait chaud non pour y aller en jean ?" Elle t'aurait certainement répondu. Il se peut que tu ne saches pas (car tu vis dans une grotte visiblement) ce que sinon toutes, au moins beaucoup de femmes ont vécu, vivent et vivront.

Le jour où elle s'est faite belle pour aller à votre premier vrai rendez-vous, peut-être a-t-elle été sifflée ou interpelée dans la rue par quelques mâles en rut qui auraient aimé prendre ta place. Peut-être aussi que lorsqu'elle va travailler, de charmants collègues lui font des remarques sur sa façon de s'habiller, racontent la dernière blague des deux putes dans l'ascenseur ou lui parlent vraiment très, très près. Peut-être même que ton pote qui t'a décrit cette "meuf super chaude, habillée comme si elle n'attendait que ça, se faire prendre au coin de la rue" parlait d'elle allant à votre premier rendez-vous.

D'ailleurs, jeune homme, quand tu dis "Je ne pensais pas que c'était aussi présent dans ta tête…", tu sais de quoi il s'agit. Tu le sais parce qu'il est possible qu'elle t'ait parlé de ces comportements ou que ton ex t'en ait parlé ou que ta sœur t'en ait parlé ou tu aies vu ce reportage à la télé, sur internet, à la radio, dans ce journal du métro. Tu le sais parce que tu as peut-être sifflé une femme dans la rue ou rit de bon cœur à l'histoire des deux putes dans l'ascenseur. Sauf que ÇA n'est pas présent dans sa tête, c'est présent dans son quotidien depuis que le premier petit camarade de maternelle lui a soulevé sa jupe. Et ça le restera jusqu'à la fin.

Sauf… si ça devient suffisamment "présent dans ta tête" pour que tu ne siffles plus de femmes dans la rue, que tu ne ris plus aux blagues salaces, que tu prennes la promotion d'une collègue pour une récompense de la qualité de son travail et rien d'autre. Tu crois que tu peux faire ça, sans chouiner ? Être un homme, un vrai ?

Posté par Gouinette à 10:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 octobre 2017

Pourquoi regardez-vous ONPC ?

Clash en "pas direct", sortie du studio coupée au montage et vague de protestations sur les réseaux sociaux. Notamment à l'encontre de Christine Angot dont le comportement aurait été lamentable. J'utilise le conditionnel car je ne regarde pas ONPC. Pourquoi ? Zemmour y a été chroniqueur pendant des années et Philippe Poutou, ouvrier de son état, y a été moqué pendant la campagne présidentielle. Racisme, sexisme et mépris de classe, 3 raisons de ne pas gâcher mes soirées.

Je n'ai pas regardé non plus l'extrait pas coupé au montage d'Angot (victime d'inceste, violée à de multiples reprises par son père) s'en prenant à Sandrine Rousseau (victime d'agressions sexuelles par Denis Baupin). Je ne l'ai pas regardé parce qu'évidemment, tout ça, comme d'habitude, c'est fait pour faire le buzz comme on dit maintenant, pour faire parler, pour attirer le chaland et vendre du temps de cerveau disponible (comme il n'y a plus de pub, on se demande par quoi ou qui il est récupéré). Et puis, j'avais déjà passé l'après-midi à m'en prendre plein la tête, je voulais être au calme.

Si je ne regarde pas ONPC, il m'arrive d'aller me cultiver à des Caféministes, organisés par l'association féministe "Les Effronté·es" sur des thèmes féministes (oui, ça fait trois fois le mot féministe, c'est beaucoup, mais je m'en fous). Samedi, comme de par hasard qu'il fait bien les choses, le thème était : les féminicides et plus généralement, les violences notamment sexuelles faites aux femmes. L'invitée était Muriel Salmona, psychiatre spécialiste de psycho-traumatologie et fondatrice de l'association "Mémoire traumatique et victimologie".

J'y ai appris le mécanisme biologique de défense qui se met en place lors d'une agression (coups, viol, agression sexuelle). Tu le crois, tu le crois pas, c'est le même dont souffrent les soldats ayant combattu : le syndrome de stress post-traumatique. Les violences, c'est la guerre.
Lors d'une agression, le taux d'adrénaline et de cortisol explose pour mettre en place une réponse : affrontement ou fuite. Mais ces 2 hormones en trop forte quantité dans l'organisme peuvent entraîner la mort. A un certain moment, pour éviter de mourir, le cerveau fait disjoncter. Plus de sensations, plus de douleurs physiques, plus de sentiments. On ne ressent plus rien et pire que tout, les autres voient qu'on ne ressent plus rien. Alors qu'à l'intérieur, la personne est ravagée. Le processus de traitement de la mémoire est également perturbé. L'agression n'est pas traitée. Elle reste dans une partie du cerveau qui, sans prise en charge médicale, va la laisser intacte mais brouillée (dans sa chronologie, les sentiments ressentis par la victime et exprimés par l'agresseur). Et de temps à autre, cette mémoire traumatique va se réveiller et la victime va revivre l'agression seconde après seconde. Elle est pas belle la vie ?

Pour éviter ça, soit tu ne bouges plus, tu ne vis plus, soit tu trouves des béquilles : médicaments, alcool, drogues, comportements dangereux. Dans les deux cas, sans prise en charge médicale et sociale, ta vie est foutue. Merci d'être passé·es.
Rappel des chiffres : 83 000 femmes violées par an en France. 10 % portent plainte. 1% obtiennent réparation. Les autres cas sont "classés sans suite" (70%) ou "déqualifiés" en agressions sexuelles. On applaudit bien fort notre système policier et judiciaire.

Je ne regarde pas ONPC, mais j'ai regardé le téléfilm "Le viol" sur France 3 qui racontait le viol en réunion d'un couple de lesbiennes dans le sud de la France dans les années 70. Le débat qui a suivi est toujours en ligne. On découvrait le terrible parcours qu'avaient dû suivre les deux victimes : confrontation inopinée avec les violeurs le lendemain de l'agression au commissariat, comportement odieux des médecins et même comportement à gerber de la juge dont les questions les faisaient passer pour responsables de ce qui leur était arrivé. Si j'en crois le témoignage de Muriel Salmona, 40 ans après, ça n'a pas vraiment changé. Le système écrase toujours les victimes. Par exemple, un magistrat va demander une expertise psychiatrique de la victime et non pas si la victime a des troubles psycho-traumatiques. Car si elle est dingue, son cas est classé alors que si ses troubles ont pour origine l'agression, c'est une preuve ! C'est une question d'angle. Autre exemple, les confrontations victimes-agresseurs se font toujours alors que ça peut rallumer la mémoire traumatique. On va jusqu'à demander qu'un père ayant tué la mère puisse voir son ou ses enfants pour pouvoir aller mieux. Ah, ah !

Le parcours d'une victime de violences sexuelles est à proprement parler un parcours du combattant.
Survivre à l'agression, survivre au traumatisme et en guérir, survivre à nos institutions.

Survivre à tous ces gens qui vous demanderont pourquoi vous étiez dehors si tard, mesureront la longueur de votre jupe (actuellement dans quelques lycées ou collèges de ce pays, cf le Causette du mois) ou vous demanderont d'être plus précise dans la description de votre agression. Comme l'a fait Yann Moix dans ONPC. Lui n'a pas quitté le plateau. Lui n'a pas été hué. Et si la chaîne et la production sont mises en cause dans cet épisode navrant et pourtant si parlant (pourquoi couper la sortie de la chroniqueuse et garder les larmes de l'invitée ?), c'est la photo d'Angot (quelqu'odieux qu'ait pu être son comportement) qui l'illustre en majorité sur les réseaux sociaux. Ni Ruquier, ni Moix, ni Baupin, ni Barma, ni Delphine Ernotte. Juste les victimes. Alors, comment on fait ? On continue à se débrouiller ?

Liens
Le caféministe de Muriel Salmona (màj le 10.10.17)
Mémoire traumatique et victimologie
Les caféministes en vidéo
Parler (Sandrine Rousseau)

 

Posté par Gouinette à 16:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

11 septembre 2017

Chérie, j'ai jeté les gosses !

On voit parfois sur les réseaux sociaux des vidéos d'enfants tendant à démontrer la forte similitude de certains de leurs comportements avec ceux d'adultes alcoolisés. Je ne suis pas loin de penser que l'inverse est tout aussi vrai.

Je m'étais auto-désignée "conductrice d'auto désignée" pour un week-end "toi aussi, marie tes ami·e·s". Appelez-moi Sam, Sam, qui je l'ai découvert à ce propos a une signification : Sans Accident Mortel. Celle qui conduit, c'est celle qui ne boit pas et donc, les accidents avec tétraplégie, elle a le droit !

Après nous être moqué, à la mairie, des deuxièmes, troisièmes et plus si aff, prénoms des témoin·e·s de manière plus ou moins pas discrète… Au fait, tant que j'y suis, les parents ! Youhou ! Vous êtes sérieux là ? On dirait qu'après vous être pris le chou pendant des mois pour le choix DU prénom du gamin, vous avez tiré les suivants au hasard dans une sorte de grande loterie improbable du "Qui perd perd" !Tata Cunégonde est très gentille, ce n'est pas le sujet. Mais une vie gâchée n'est-elle pas amplement suffisante ? Hum ? Je vous laisse y réfléchir.

Passée la cérémonie, le lancer de pétales de roses… parce qu'il paraît que si on jette du riz, en dehors d'éborgner les mariés, on peut aussi attirer les rats et tuer les pigeons. Sauf que je ne vois pas en quoi tuer des pigeons serait un crime. Surtout vu l'état lamentable de certains bisets parisiens. On se rapprocherait alors plutôt de l'euthanasie. Bref ! Nous sommes remontées dans la voiture pour aller s'arsouiller faire bombance dans un manoir alentour. Il y a dans les mariages régionaux un côté "putain mais c'est à perpette" compensé par le versant "rooh c'est joli tout ce vert et ces vieux châteaux qu'on se croirait sur le Tour de France" non négligeable.

Quelques heures auparavant, nous avions récupéré le véhicule chez le loueur. "Vous avez été surclassée" m'annonça l'employée en me voyant froncer le sourcil devant la berline japonaise. Ah ça ! Tu te commandes une petite bagnole parce que c'est moins cher et qu'en plus, en bonne parisienne, tu ne conduis pas sauf la Twingo de manman et bim ! on te surclasse. Mais pour traverser l'Atlantique en avion sans avoir les genoux dans les dents pendant 12 heures, là, tu peux bien crever ! "Bon, je vous mets les feux en mode automatique". T'as raison, j'ai du mal avec les tableaux de bord d'Airbus. Tout ça pour dire que j'étais un peu tendue en démarrant le bouzin bien qu'aidée par la place de la morte qui régla le GPS tandis que je découvrai toute ébaubie les caméras de recul ! Rooooh, c'est beau ! Aaaaah j'ai calé au feu ! "Non, le moteur se coupe et redémarre quand tu passes en première" me rassura la copilote. Bordel de modernitude.

Lorsque nous arrivâmes au manoir au milieu des champs de tournesols morts, je commençai doucement à maîtriser le paquebot… Le ou la Parisienne en goguette a tendance à confondre le "mûr" et le "mort" car les seuls tournesols qu'il ou elle connaisse sont accrochés dans un musée ou posés sur sa table de salon Kikaé. Ce qui suivit notre entrée dans la salle des fêtes ne sera connu que des seul·es initié·es. Laissons planer un voile de pudeur sur nos diverses erreurs. Vers trois heures du matin, numéro 1, l'une des quatre passagères dont un homme s'endormant sur mon bras, je commençai la chasse aux trois autres. "Bon, allez, on rentre. Bidulette est morte. Enfin… mûre. Zou, on va dire au-revoir aux marié·es !
- Ouais, je vais pisser aux toilettes et on part après ! (n°2)
- Ouais ! (n°3)
- Hummm…" (n°4 ma raisonnable copilote)

De retour des toilettes, n°2 rejoint la piste de danse en criant "après celle-là !" Ma mâchoire se crispe tandis que n°1 sourit bêtement, debout à mes côtés. J'ai perdu de vue n°3 et 4. Le morceau s'achève et je me dirige droit vers n°2 "bon, on y va. Va dire au-revoir". Je fonce sur la mariée : "on y va. Merci pour tout, bisou". Je lance le radar à boulets puis file sur ma proie. Je tape sur l'épaule de n°3 "va dire au-revoir, on y va" et de même pour n°4. J'entraîne n° 1 tandis que je cherche le marié des yeux. Il est dehors, tant mieux, la voiture aussi. "Hey bidule, merci pour tout, super sympa tout ça machin, on y va ! On s'appelle, on se fait une bouffe ! Bisous".

Dehors, la nuit est belle, elle est sauvage. Une lune presque pleine éclaire le chemin de gravillons blancs sur lequel l'ombre des arbres s'allonge. La fraîcheur nocturne me fouette les sangs. N° 2 n'est pas loin. "GOUINEEEETTE !" entends-je hurler derrière moi. "On te voit plus !" Je me retourne. N°1 et 3 sont à une dizaine de mètres. N°3 porte encore les lunettes de soleil qu'elle n'a plus quitté depuis les 2,5 grammes environ. "C'est une trop bonne idée les soirées en lunettes de soleil". Je repars vers le parking en pensant "et merde". Je déverrouille les portes et ouvre le coffre afin que les sacs à 2ème paire de chaussures et autres trousses à maquillage rejoignent leur emplacement de l'aller. "Nan, je le garde avec moi" décident n° 1 et 3. N°2 est à monté à l'avant. Changement de copilote.

Bon sang ! Où est n°4 ??? J'entre dans la cabine de pilotage et lance les réacteurs. Ca va me laisser le temps d'entrer l'adresse de l'hébergement sur le GPS. "Faut attendre n° 4 ! Elle est pas là" me hurle-t-on depuis la banquette arrière. Car, c'est scientifiquement prouvé, l'alcool rend sourd. Saleté d'écran pas plus tactile que la Reine d'Angleterre ! "Ah ça y est ! N°4 est là !"
- Partez pas sans moi !!"

Ne me provoque pas…

"Hey on fait un selfie" s'écrit n° 2. Ça remue dans le fond pour se caler dans le cadre. Je valide l'adresse puis lance les essuie-glaces pour nettoyer le pare-brise des restes des averses de la soirée. "Ah Gouinette, bravo, tu fais la gueule sur la photo ! Merci !" Je ne réponds pas. "Hey tu veux que je conduise ?" me propose n° 2 (3,8 g). Je ne réponds pas.

"Tout le monde a mis sa ceinture ?
- Ouiiii" me répond le chœur d'arsouilles. Mais on ne me la fait pas ; je n'ai pas entendu le nombre de clics réglementaires à l'arrière. Je répète ma question à qui personne ne répond à cause du bordel ambiant dû à la surdité alcoolique. Je fais donc marche arrière puis m'avance vers la sortie et PILE COMME UNE SAUVAGE ! J'ai droit à une seconde de silence avant un concert de protestations. "Tout le monde a mis sa ceinture ?
- Nan mais je trouve pas…
- Attends je vais t'aider…
- Vous vouliez partir sans moi !
- Tu veux que je conduise ?"

Qu'est-ce que j'ai fait au bon dieu ?… Oh ça va, hein ! Ne répondez pas ! La nuit étant toujours belle mais néanmoins un peu sombre, je mets les pleins phares (comme dans la Twingo) mais ne réussit qu'à faire un appel. Merde ! C'est où encore ? J'enclenche le strabisme divergent : un œil sur la route, l'autre qui parcourt le volant et ses alentours à la recherche d'un indice. N° 3 "Une fois j'ai failli mourir dans un taxi. Il conduisait comme un taré ; je me suis dit : 'je vais mourir dans un taxi'. " Et patati et patata. Bonne ambiance. Bon, je vais laisser en feux de croisement. "On peut mettre la musique ?"

Je vais les laisser dans un fossé.

Posté par Gouinette à 15:54 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


28 août 2017

Mettre du poivre dans sa vie

Ma mère va marcher trois kilomètres tous les matins dans un bois voisin. Comme sa meilleure amie lit le journal, elle sait à quel point ce lieu verdoyant est dangereux… Selon la règle qui dit que si c'est arrivé ailleurs, ça peut arriver ici. Je le connais ce bois car j'y suis souvent allée courir le matin. Et il est vrai que j'ai croisé d'autres coureurs, des écureuils et des promeneurs de chiens, autant dire le Bronx en 1982. Mais passons sur la capacité de la PQR (j'aime bien ce sigle parce qu'il y a la destination finale de certains de ces médias) d'affoler ses lecteurs et ses lectrices.

Ma mère, depuis que les décès de mon père et du beauceron empêchent ces derniers de l'accompagner dans sa promenade, s'est équipée : un sifflet, une canne / grosse branche / vieux parapluie qui ne lui servent pas pour la marche et une bombe à poivre. Prête à bondir. Si vous la croisez, restez prudemment en retrait.

"Ah ! Tiens, au fait !" me dit-elle un matin "cette semaine, j'ai essayé la bombe. C'est vrrrai, jé né savais pas si elle marrrchait. Alorrrs, j'ai visé un arrrbrrre". Ça marrrche." Ma mère, cette guerrière. Les écureuils n'ont plus qu'à bien se tenir. La même, un peu plus loin dans la conversation : "jé sais qu'il faut enlever les roses quand elles fânent et qu'elles ne sont plus belles. Mais elles vivent si peu de temps que je les laisse jusqu'à la fin."

Ma mère.

L1030667

Posté par Gouinette à 16:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 août 2017

Et donc j'ai pris quelques jours de vacances loin de Paris

J'entre rarement dans une église. De mon plein gré, veux-je dire. Les mariages, les baptêmes, les enterrements sont les seules occasions qui me font passer le seuil de ces édifices religieux. Ainsi que l'obligation sociale d'accompagner un·e ami·e touriste. Les deux autres exceptions à ma règle "je n'entre pas dans les églises" sont : la météo et "entrer en courant en pleine messe en hurlant 'ASIIIIILE !' pour voir la réaction des gens". En ce qui concerne cette dernière, j'espère pouvoir l'accomplir avant ma mort, un rainbow flag ceint autour de la taille. Tout juste avant ma mort si je vise Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

J'entre donc dans les églises quand il fait une chaleur de gueux. Il y fait toujours frais (en tous cas, dans celles bâties avec des grosses pierres et dont les corps des ouvriers morts ont servi de mortier… quoi ?). On peut s'y asseoir sans que quiconque ne vienne vous demander ce que vous voulez boire. Virginie Despentes (cœur avec les doigts Virginie ! mais bon, le 3ème tome de Vernon, t'aurais pas dû) dit que c'est le seul lieu public où l'on peut pleurer tranquille. Hormis son canapé… qui n'est pas un lieu public… de manière générale… Bref !

Pendant mes vacances, un après-midi où le soleil cognait fort et où tous les bancs publics (bancs publics, bancs publics… dégage Brassens !) de la ville étaient ignorés de l'ombre, j'entrai dans l'église-gare Saint Lazare du centre historique et m'assis sur un banc près de la porte. Je constatai alors, comme à chaque fois, que le banc était particulièrement inconfortable. Qui fait ça ? Existe-t-il un CAP "Banc d'église qui fait mal au cul" ? Ne vous étonnez plus, ami·es catholiques, du vide de vos églises. Rester plus d'une demi-heure assise sur de pareils engins est une épreuve sportive qu'on devrait inscrire au programme des JO. C'est durissime. L'assise et le dossier sont à angle droit et je rappelle que la taille moyenne des habitants de ce pays était d'1,40 m en 1512 ! Aujourd'hui, une assise de plus de 10 cm de profondeur arrangerait bien des choses.

Toutefois, je n'allais pas ramener ma fraise sur la décoration intérieure d'un lieu de culte dont j'ai renié le baptême et au denier duquel je ne cotise pas… au-delà de la part de mes impôts qui va à l'entretien du patrimoine. J'étais au frais. J'étais bien. Et puis, un coccyx de perdu… un coccyx de perdu.

Enfin quand même, l'Eglise, au niveau de la com', déjà que tes idées sur les femmes, les pédés-gouines et les qui pensent pas comme toi, représentent l'équivalent à vendre d'un accident nucléaire, tu pourrais faire un effort pour qu'on soit bien assis, merde ! Re-bref ! J'étais au frais ! J'ÉTAIS BIEN, BORDEL !

J'étais (presque) seule surveillant du coin de l'œil les trois pigeons qui volaient d'un pilier à une statue de Marie. Les voies du Saigneur (non je ne l'écrirai pas autrement) étant impénétrables, une fiente divine eut pu punir mon athéisme bravache et suant. Dies ire, tout ça machin. J'étais au frais. J'étais bien… lorsque, baissant les yeux (vers mon portable pas pour prier), je vis une inscription sur le dossier du banc devant moi.

24

Les derniers bancs étaient réservés pour les orphelins ? Et les chaises près de l'autel pour les notables, je suppose ?

Evangile de Christ, Jésus Christ selon Mireille Mathieu (ou JJ Goldman, je sais plus) : "Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers." Mais y'aura pas de la place pour tout le monde.

Posté par Gouinette à 12:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

19 août 2017

Faut un titre ? ben… Journal ?

23 août 2017

Au réveil, ce matin, j'ai entendu Nicolas Demorand sur France Inter rendre compte de l'agression sexuelle subie par une femme marocaine dans l'indifférence générale des passagers et du conducteur du bus dans lequel elle se trouvait. Puis le journaliste a cité des militantes décrivant l'enfer quotidien des femmes marocaines. La vidéo de l'agression a fait le tour des réseaux sociaux.

C'est ballot que France Inter et Nicolas Demorand ne profitent pas de cette agression pour rappeler qu'ici, en France, les femmes subissent aussi le sexisme. Les violences, les viols et le silence de l'État. Depuis le début de l'année, 86 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Nous sommes fin août et les chiffres des violences faites aux femmes en 2016 n'ont toujours pas été publiés. On en parle ou il vous faut des vidéos ?

16 h 15 - gare de là où j'étais en vacances. Deux voies. 1 TER. Sur les écrans, les 3 départs de la journée sont affichés, matin, après-midi et soir. Les quelques voyageurs s'interrogent : "c'est le train pour Paris ?". Dans le train, une femme m'interroge : "C'est le train pour Paris ?" Je souris : "Bah, j'espère parce que c'est là où je vais et que c'est le seul train en gare". Les Parisiens… Tu les fous à Châtelet les Halles un samedi de grève, ils vont au bout du monde. Mais pour revenir du bout du monde avec un seul train, y'a plus personne !

22 août 2017

Je souffre. C'est toujours pareil ; je pars vers un coin encore non visité, en fin d'après-midi pour attendre l'heure du dîner. J'aperçois un chemin balisé de bleu. Le matin, je l'ai entraperçu sur une carte de la région. Le plus court, je crois. Combien de kilomètres déjà ? Je ne sais plus mais ce n'est pas grave. C'est joli. Ça monte. Ça descend. C'est joli. C'est vert. Vert sombre dans la forêt. Ça grimpe, dites donc. Qu'elle est jolie la ville fortifiée vue de l'autre versant. Ah ! Ça redescend. Ça gliiiiiisse. Ce ne sont vraiment pas les bonnes chaussures, ces spéciales bateau à semelles lisses pour crapahuter. Enfin… ça devrait revenir vers la droite… ah non ? À gauche ? Mais on s'éloigne là. Au moins j'ai du réseau. Qu'est-ce que je fous dans les champs ? Ça grimpe bordel. C'est officiel, je ne suis pas aux Pays-Bas. Et ça fait un moment que je ne croise plus personne. Je vais crever. Aaaaah une maison, du goudron, UNE ROUTE ! À droite, loin, la ville. Je jette un coup d'œil à la carte. Retour en zigzag sur 3 km. Fuck le chemin bleu qui part à gauche.

Alors ce matin, je suis souffrance. Je vais aller bouquiner sur un banc. Acheter une boule à neige. Dormir. 

Midi : tandis que je m'étonne de trouver des cerneaux de noix et de la crème fraîche dans mes penne au pesto, des échos de la conversation d'une table pas voisine me parviennent. Elle dit : "Non, je ne fais pas de nu. Je ne veux pas commencer par le nu. Sinon… J'en ai déjà fait avec machin, bidule et truc. Mais je ne veux pas en faire". D'accord. Plus tard, tandis que mon expresso arrive accompagné d'un ourson au chocolat (pouark !)… la même "pour parler aux gens en soirée, je bois. L'alcool me désinhibe. Sinon…"

Nan mais stop ! Je ne veux pas entendre ce que tu dis. Nan ! Nan, nan, nan ! Chut ! Va-t-en !

21 août 2017

Je me suis penchée au-dessus du muret surplombant la rivière. J'entendais l'eau couler. J'éprouve toujours un sentiment de surprise, de paix et de panique quand je suis dans une ville où l'on peut entendre les sons de la nature. Le gazouillis des oiseaux, le frottement des feuilles mortes sur le sol poussées par le vent. Dans l'eau, des poissons faisaient du surplace face au courant. De toutes les tailles et a priori de la même marque. J'ignore laquelle. Que pouvaient-ils bien attendre dans ce ballet immobile ? La bouffe, évidemment, pas le bus ! J'ai cru qu'un gros allait manger un petit, le cannibalisme étant une pratique courante chez ces gens-là. Mais rien. C'était chiant ; je suis partie. 

Je suis entrée dans un square interdit aux chiens et aux boulistes : le jardin d'Eden. Il ne manquait que le pommier. La vue sur les alentours était à couper le souffle. J'y étais seule et puis j'ai entendu le bruit d'une voiture qui se gare. Un homme est entré. J'ai attendu qu'il se dirige vers la gauche pour partir vers la droite. Mais comme c'était un square, je l'ai croisé de l'autre côté. Forcément. Assis sur un banc, dos au paysage, il fumait. Il manque un panneau aux grilles du square.

IMG_5601 - copie

20 août 2017

9 h - Ce matin, la revue de presse d'Inter m'a permis d'apprendre une information des plus intéressantes. Il paraîtrait que Neymar (vous savez, le footballeur acheté 220 millions d'euros pour planter des buts à Guingamp… le Breton est fourbe, faut s'en méfier), Neymar, donc, n'aime pas du tout, du tout les réflexions de ses camarades de casino comptes en Suisse vestiaire sur sa sœur. Je vous plante le décor : 11 mecs en sueur et à moitié à poil (non, c'est pas un porno gay, arrêtez !) qui balancent des grosses vannes bien pourries, sexistes et forcément sexuelles sur une femme. L'ambiance de vestiaire hétéro mâle habituelle. Sauf que là, c'est la sœur d'un des mecs. Qui a l'honneur sensible. À propos de sa sœur et certainement sa mère, sa femme, sa fille (je ne sais pas s'il en a une et d'ailleurs je m'en fous).
Hey, Neymar ! Tu sais ce que tu peux faire pour que tes camarades arrêtent de te chercher sur ta sœur ? Ben, dès qu'il y a une vanne sexiste sur une femme (même si elle n'est ni de ta famille, ni même de ton pays), tu lui dis de fermer sa gueule et d'être un peu plus respectueux. Tu lui dis, je sais pas moi, tu lui dis "Imagine que je parle comme ça de ta mère ou de ta sœur !"

Cet après-midi j'ai pris un TER. Au premier arrêt, le message automatique a résonné dans le train : " Nous arrivons à la gare… Sens." Je n'ai même pas eu le temps de beugler (intérieurement) sur l'absence de la préposition que le message continuait : "Nous vous rappelons que la descente doit se faire à l'arrêt et en présence d'un quai"… heu… c'est-à-dire ? 

19 août 2017

Ce matin, ma pharmacienne (je dis "ma" non pas parce que je l'ai achetée mais parce qu'elle m'est sympathique) m'accueille avec un "Bonjour comment allez-vous ?". J'ai failli lui répondre : "vu le niveau 'canicule' sur lequel vous avez réglé la climatisation, alors qu'on a une moyenne de 17° et 75% d'humidité pour août, je pense décéder d'une pneumonie en sortant d'ici".

Mais j'ai dit : "ça va merci". Puis en lui tendant mes DEUX ordonnances, je lui ai souri : "enfin, je viens ici mais dans l'ensemble, ça va merci."

Puis je suis allée faire quelques courses au Zoupermarket du coin. La caissière, qui m'avait déjà avoué son amour pour mon t-shirt affichant "Quand une femme dit non, c'est non", alors que je m'apprêtais à régler mes achats, me demanda comment j'allais. "Bien merci, je suis en vacances depuis hier." Elle m'a souri puis "Alors je vous conseille de faire une sieste cet après-midi. Pour bien commencer !"

Comme quoi il n'y a pas que des psychopathes à Paris. Bisous

20 h quelque part rue de Rivoli

IMG_5577

C'est tantrant… (je sors)

Posté par Gouinette à 13:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 août 2017

Putain de vie de merde (comme ça vous êtes prévenu·es, vous continuez à vos risques et périls)

Je viens d'avoir cinquante ans …………………………………
………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………

Hem ! Pardon. Malaise vagal.

Je viens donc de fêter mon anniversaire …………………………………
………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………

Ouh la ! Crise de larmes passagère. Ça va aller. J'inspire… J'expire… pfff… JE VAIS CREVER !!

Alors. Donc. Ma chronologie personnelle… bon, ça, ça passe… et quelques événements locaux et mondiaux m'amènent à m'interroger et à me pencher sur le demi-siècle passé…………………………………
………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………

Aaah ! Un vertige soudain…

Je reprends. Qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? Qui a fait ça ?

Je suis née au milieu des menaces de guerre nucléaire d'un monde scindé en deux blocs ennemis. Un monde raciste, un pays sortant aux forceps de sa position d'empire colonial (envahir des pays et massacrer ses habitants, c'est mal et pas seulement quand c'est l'Allemagne qui nous rend visite). Je suis née femme, homosexuelle et donc une sous-citoyenne. Mais blanche. On ne peut pas avoir toutes les qualités. Bref. Vingt-deux ans plus tard, joie, bonheur et insouciance, le mur de Berlin tombe. L'URSS et le bloc de l'Est avec. Dès 1987, durant ma formation de sous-officier, la couleur du foulard porté par les "ennemis" dans les exercices était passé du rouge au vert (écolols ou musulmans ou pas d'autre couleur disponible, mystère). L'Amérique du Sud vire ses dictateurs (presque tous). Ca avance. Le futur paraît plus sympa. Fait de partage et de mixité. Mes droits (et donc les vôtres avancent). En 2013, je deviens citoyenne à part entière (Taubira, épouse-moi !).

Quand tout à coup, 28 ans après la supposée fin de l'Histoire, deux abrutis coiffés comme des dessous de bras se menacent en agitant leur arsenal nucléaire.

Des sous-équipés en neurones s'embarquent sur un raffiot pour empêcher des ONG de sauver des êtres humains d'une mort quasi-certaine en Méditerranée.

Ces migrants illégaux en nombre ridicule ne sont (volontairement ?) pas gérés par le gouvernement (le nôtre, celui qui a un parlement élu par nous de manière tout à fait démocratique). Et là je me dis, si la France de 39 a pu gérer (enfin, il y a beaucoup à dire sur les conditions d'accueil) le demi-million d'Espagnols (dont mon grand-père) fuyant le régime fasciste, si la France de 1962 et des années suivantes a pu gérer le million de pieds-noirs et les presque 100 000 harkis de retour d'Algérie, la France (vous savez, le pays des droits de l'homme), 5ème puissance mondiale, peut gérer les quelques milliers de migrants sans voir des quartiers ou des coins du territoire transformés en infâmes bidonvilles, non ?

Pour faire le lien avec nos "identitaires" (novlangue pour dire fasciste), hier soir et ce matin, je découvre que les médias français, entre autres qualités professionnelles, ont du mal à qualifier les manifestants de Charlottesville. Alors que c'est facile, s'il ou elle brandit un drapeau nazi en faisant le salut nazi, c'est un ou une nazi. S'il ou elle brandit le drapeau sudiste, c'est a minima un ou une raciste. S'il s'agit du KKK, il ou elle est raciste, anti-sémite, homophobe et déteste tout ce qui n'est pas sa propre personne. Des gens qui défilent pour protester contre l'enlèvement d'une statue d'un général sudiste (donc esclavagiste donc raciste), protégés par une milice en treillis et équipée de fusils d'assaut (mais c'est quoi ce monde ?) peuvent être qualifiés de fascistes, racistes, nazis. Et lorsque l'un d'entre eux fonce en voiture dans la foule des contre-manifestant·es, il commet un acte de terrorisme.

Ah ! et puis, à propos des médias, je reviens sur ma marotte du langage. Dites voir les journalistes ! Ça vous arracherait les ongles d'arrêter de parler de drame conjugal ou familial lorsqu'un homme tue sa conjointe ou son ex-conjointe ? Puisqu'il s'agit en fait de violence de genre, de violence sexiste dont notre pays est malade à en crever. Sauf que seules les femmes (et leurs enfants) en meurent. 83 d'après les militantes en 2017, 0 d'après la police qui n'arrive toujours pas à sortir le chiffre des victimes de 2016. Alors, pour 2017, vous comprenez. Trop de terroristes islamistes échappés des asiles à traquer, je suppose.

Cher pays des droits de l'homme avec un petit, un tout petit, un minuscule "h", TU VEUX ME POURRIR MA FIN DE VIE !!! C'EST ÇA !?!
Tu l'auras voulu. M'en fous, j'ai plus rien à perdre ! Je suis une malade ! Sachez-le, nous sommes arrivé·es à la fin d'une chanson de Goldman :
"Et qu'on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D'avoir à choisir un camp".

Elle va vous coller au crâne toute la journée. Et je m'en fous. J'ai 50 ans. Fallait pas m'emmerder !

Posté par Gouinette à 12:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 août 2017

La lutte contre les violences faites aux femmes…

On n'est pas sorties des ronces…

Savez-vous à cette date combien de femmes sont mortes en France sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint en 2016 ? Sachant que nous sommes en août 2017. Non ? Normal, le secrétariat d'état en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes non plus. Comment je le sais ? Ben, je suis allée sur leur site. Attention, va y avoir de la capture d'écran.

Dès la page d'accueil, dans la section "Voir aussi", je découvre un encart "Parution du rapport annuel concernant les morts violentes au sein du couple". Pas de panique, c'est celui de 2015.

Je reviens au menu horizontal et je choisis "Droits des femmes" puis "Lutte contre les violences".

violences1

Dans les différentes rubriques qui s'affichent, rien qui ressemblerait à "Les chiffres des violences de genre en France". La solution est dans le dernier choix "Publications Lutte contre les violences".

violences2

Passons sur le grand vide sous le titre principal et concentrons-nous sur la colonne de droite. Bingo, le premier article est celui que nous cherchons "Les chiffres de références sur les violences faites aux femmes". Cliquons donc.

Oh surprise, sans prévenir, nous quittons ce summum de l'information pour nous retrouver sur un autre site : http://stop-violences-femmes.gouv.fr. Mais joie, nous sommes effectivement arrivées sur la bonne rubrique. Problème, les chiffres indiqués semblent dater de… 2014.

violences3

Autre étrangeté, le compte Touitère indiqué en haut de page, @Min_FEDDF, renvoie vers… un compte personnel d'un courtier immobilier montréalais inscrit en juin dernier… Mieux ! Sur le site du secrétariat d'état, 2 comptes différents cohabitent sur la même page ! Choisis ton camp camarade ! Une plainte pour violences conjugales ou un appart au Québec ?

violences5

Ne nous laissons pas déconcentrer par ces "détails" et revenons à notre quête du nombre de femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2016. Sur la page du site "Stop-violence-femmes", une phrase indique que "Pour une présentation plus approfondie de ces chiffres et d’autres données sur les violences faites aux femmes, consulter les numéros de La lettre de l’Observatoire national des violences faites aux femmes." MAIS SI TU CROIS QUE J'AI PEUR DE CLIQUER, WEBMESTRE DE MALHEUR, TU TE TROMPES ! Donc, je clique.

violences6

Bon point : je ne quitte pas le site. Mauvais point : ce n'est pas ma question. Et si les mutilations sexuelles des femmes est une violence gravissime, je pense que je peux trouver des publications plus récentes que février 2016. Et puis ce n'est toujours pas le nombre de femmes qui ont été rayées de notre carte en 2016

Pas désespérée pour un sou et je dirais même, plutôt remontée comme une pendule, je vais sur le site du ministère de l'Intérieur puisqu'en cas de meurtre, a priori, ce sont les gardiens de la paix qui sont aux premières loges… pfffff… même après l'utilisation du moteur de recherche, aucun article datant de 2017. Aucune rubrique particulière concernant ce type de violences spécifiques mais non plus pour les violences racistes ou homophobes. Comme ça, pas de jaloux.

Je retourne sur le site du "secrétariat d'état qui va perdre beaucoup de budget" et je décide de consulter les "Instances rattachées". Petite remarque : instances rattachées, c'est une expression qui parle à qui ? LE OU LA RÉDAC-CHEF DU SITE, T'ES UNE BRÈLE !

violences7

1ère instance : Le Conseil Supérieur de l’Égalité Professionnelle entre les femmes et les hommes.
Le lien renvoie à un article de présentation avec 4 pdf à télécharger. Je n'y trouve évidemment pas ma réponse.

2ème instance : Le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes
Ca s'améliore puisque dès le menu de page d'accueil, un onglet "Violences de genre" est présent. Je clique. La dernière actu date d'avril et concerne le système prostitutionnel. En colonne droite, des repères statistiques, le nombre de femmes tuées date… de 2012.

3ème instance : La mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains
J'atterris sur une article particulièrement vide ce qui n'augure rien de bon. Je clique sur "En savoir plus sur la MIPROF" (cette manie des sigles de merde de notre administration, ça me donnerait des envies d'étrangler des fœtus de chaton)… et je retombe sur "Stop-violences-femmes".

Et toujours pas le moindre chiffre des femmes assassinées en 2016. Voilà le travail.

Heureusement, il y a des militantes féministes qui, en chassant les faits divers dans la presse, pointent au jour le jour les femmes assassinées. Leur estimation pour 2016 est de 120.
Et depuis le début 2017, nous en sommes à 79.

L'État n'a toujours rien sorti. Mais l'État a décidé de baisser le budget du "secrétariat d'état à l'égalité d'arrêtez de vous foutre de notre gueule".

Elles mettent à jour (elles !) une carte des celles qui manquent définitivement à leurs familles, leurs proches et à nous toutes et tous.
Et faites tourner la pétition : https://www.change.org/p/monsieur-emmanuel-macron-f%C3%A9minicides-un-fl%C3%A9au-silencieux-qu-il-faut-rendre-visible-informons-agissons

Sur Twitter, vous pouvez aussi interpeler les différents ministères sur les réseaux sociaux :
- Ministère de l'Intérieur, son patron
- Secrétariat d'état machin bidule, sa patronne

Quelqu'un finira bien par répondre. Allô ?

Remarque : voici ce qu'il est possible de faire dans un pays de l'UE, bien moins riche que la France et également en lutte contre les violences faites aux femmes, l'Espagne.
Voici le portail statistique de la Délégation du gouvernement pour la Violence de genre. Petit outil pratique et simple d'utilisation. 1ère ligne, je choisis les "victimes mortelles". 2ème ligne, l'année. Et hop, j'ai les chiffres depuis 2003 jusqu'au chiffre de l'année en cours.

violences8

Autre remarque toute personnelle, l'Espagne est souvent qualifiée de pays machiste. Pour 2016, 44 femmes manquent à l'appel. En France, a priori, 120. Soit quasiment 3 fois plus. Or, nous ne sommes pas trois fois plus nombreux que nos voisins. Nous sommes 67 595 000 d'après Wikipédia et les Espagnols, 46 439 864.

Voilà, c'est tout pour moi.

Posté par Gouinette à 18:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]